Cela fait maintenant deux ans que cette histoire m'est arrivée. Depuis, j'ai beaucoup changé : j'ai grandi et je me suis affermie. Je me suis prise en main, en fait.
Souvent, je repense à ce soir tragique, et dans ces moments-là je me mets à trembler violemment et je suis obligée de me mettre en position fœtale le temps que mes spasmes se calment. Ce soir-là, j'ai été marquée par la souffrance et plus jamais je ne pourrais l'oublier.
Malgré cela, la vie - ma vie - continue. Évidemment, j'ai cherché à savoir ce qu'il s'était passé lorsque je me suis évanouie. Grâce aux récits de mon père et de la police, j'ai réussi à reconstituer le déroulement des événements. En voici un rapide résumé :
Lorsque je sortais du lycée, mon père était encore à la maison avec Nathalie à déballer les derniers cartons. Il n'a remarqué l'heure tardive que lorsque je courais pour échapper aux fous furieux qui me talonnaient. Et il n'a commencé à rouler vers le lycée que lorsque j'étais déjà évanouie. Mais je ne lui en veux pas. Ce n'est pas sa faute, il ne pouvait pas savoir. Même moi j'ai eu du mal à y croire, lorsque je me suis réveillée dans la chambre d'hôpital.
Si je connais tous ces details, c'est grâce à l'agent Karl Fink. C'est le policier qui m'a prise en charge après mon réveil. Il a été désigné pour me poser les questions de routine et assurer ma protection. Je dis de routine car ils savaient déjà tout. Enfin, je n'avais plus rien à leur apprendre, selon mon point de vue. J'avais été agressée, point. Rien à ajouter.
Mais apparemment la police était d'un autre avis. J'ai donc dû raconter encore et encore cette soirée, jusqu'à un moment où j'ai saturé : j'en ai eu marre et je suis partie de l'appartement. Ils m'ont retrouvée deux heures après, allongée sur un banc dans le parc près de l'immeuble.
Pour en revenir à Karl, il m'a raconté que lui et deux de ses collègues buvaient un café dans un bistrot pas loin du lycée lorsqu'il a reçu un appel anonyme leur demandant de se rendre immédiatement devant le bâtiment. "Faites votre boulot" avaient été les mots exacts à la fin de l'appel. Légèrement surpris, les policiers n'avaient cependant pas attendu plus longtemps, car la voix semblait affolée. Ils étaient arrivés dans la rue du lycée vers 17 heures 30, selon Karl. Malgré moi, j'ai ressenti une pointe de fierté lorsqu'il m'a annoncé cela ; j'avais tout de même tenu un quart d'heure avec les cinglés !
En parlant d'eux, j'ai réussi à découvrir leur identité. Pas que cela m'intéresse, mais je tenais à savoir qui ils étaient. Pour essayer de comprendre pourquoi ils m'avaient fait ça.
Le gars au gilet de sport, celui qui m'avait parlé en premier (c'était aussi celui qui s'était moqué de moi en classe), il s'appelle Zack Matthieu. Sa copine, la tarée qui m'avait coupé la paume, c'est Estelle Blanco. Le gars qui m'avait tordu le poignet, Louis Stephen. Parmi les autres, je n'ai retenu que les noms de Léo Drett et Joey Guérin.
Finalement, connaître leurs noms n'a rien changé. Je n'étais pas plus informée que cela. Donc j'ai décidé de ne plus y penser. Enfin, jusqu'au jour où je suis sortie de l'hôpital.
Il faisait beau, un peu froid mais ça allait. Mon père était venu me chercher et malgré le fait que je n'ai été que deux jours à l'hôpital, il était aussi nerveux que si on venait de lui annoncer mon accident. La première image que j'avais vue en me réveillant avait été mon père et Nathalie assis sur une chaise, appuyés l'un contre l'autre, en train de dormir. Ils étaient si mignons que je n'avais pas eu le cœur de les réveiller pour m'expliquer ce qu'il s'était passé. Mais ce jour-là, je me souviens que cette nervosité m'avait énervée. C'est vrai quoi, je n'étais pas morte !
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Divagations
De TodoDivagations Des histoires pour imaginer. Des poèmes pour s'envoler. Des citations pour réfléchir. Des morceaux de moi pour me définir. Des pensées pour vous toucher. Des personnages pour vous accompagner. Des divagations, éveillées de mon esprit, po...
