Le frère de Pony (suite)
Pony regarda ses parents tour à tour. Ses yeux passaient de son père à sa mère et de sa mère à son père. Le temps semblait s'être arrêté. La jeune fille ne bougeait pas d'un cil, ne prononçait pas la moindre parole. Le silence s'était installé, tranquille, rassurant. Un silence que l'adolescente se sentait incapable de briser, de peur que ce ne soit qu'un rêve et qu'elle se réveille dans son lit.
- Pony ?, demanda timidement sa mère. Tout va bien ?
Elle avait peur que sa fille n'accepte pas la nouvelle. Pony avait toujours été une fille très extravertie et la voir ainsi immobile et silencieuse l'inquiétait. Peut-être allait-elle exploser, leur dire qu'elle n'avait jamais voulu avoir de petit frère ou petite sœur ? Peut-être n'allait-elle pas comprendre, allait culpabiliser en se disant qu'elle ne suffisait plus à faire leur bonheur, à elle et à son père ?
Mais la jeune fille ne fit rien de tout ça. Au contraire.
- C'est trop génial !, s'exclama-t-elle. C'est trop bien, c'est trop bien, c'est trop bien !
Elle sautillait sur place, tapant des mains, un grand sourire sur le visage.
Ses parents se dévisagèrent, stupéfaits. Ils s'attendaient à tout, sauf à ça.
Pony les observa alors, étonnée de leur attitude, l'air suspicieuse.
- C'est pas une blague au moins ?, demanda-t-elle d'une voix incertaine.
Son père la rassura d'un geste.
- Non, bien sûr que non, répondit-il d'un ton calme. Nous ne ferions jamais ça.
L'adolescente sauta alors dans les bras de ses parents, posant mille et une questions :
- Est-ce que c'est une fille ou un garçon ? Je voudrais trop un garçon ! Il va naître quand ? Depuis quand vous savez ça ? Est-ce que...
- Stop !, la coupa gentiment sa mère.
Son ton était toutefois assez ferme pour que Pony se calme.
- Nous venons d'apprendre la nouvelle, reprit-elle, alors tu te doutes bien que nous ne savons absolument pas si c'est une fille ou un garçon...
- Et arrête avec toutes ces questions, renchérit son père, tu risques d'affoler le bébé.
Il termina sa phrase en passant une main sur le ventre de sa femme, avant de l'embrasser.
Pony baissa la tête, penaude. Cependant, elle se reprit rapidement et partit en trombe dans sa chambre, saisissant son sac au passage.
- Faut que j'avertisse Lisa, lança-t-elle comme explication. Et Ella, et Valentin, et Matthieu, et...
Elle s'immobilisa dans les escaliers menant au deuxième, l'air songeuse.
- Ah non, c'est tout, déclara-t-elle avant d'éclater de rire.
Puis la jeune fille continua sa course et une fois arrivée dans sa chambre, s'affala sur son lit avec tant de discrétion que ses parents, restés au rez-de-chaussée, entendirent un « boum », suivi d'une plainte aiguë. Ils en déduisirent que, comme à son habitude, leur fille s'était tapée le petit orteil contre le bord de son lit.
Marie sourit, l'air à la fois attendri et réprobateur.
- Quand se décidera-t-elle à grandir un peu ?, soupira-t-elle.
Malgré ses mots, un grand sourire étirait les traits de son visage.
Son mari ne répondit pas, l'air perdu dans ses pensées.
- Tu crois que le petit nouveau sera aussi exubérant qu'elle ?, demanda-t-il enfin.
Marie et lui se toisèrent quelques instants avant de s'exclamer à l'unisson :
- Impossible !
Puis, imitant leur fille, ils éclatèrent d'un rire heureux. Ce fut à cet instant que Pony se décida à revenir et, voyant ses parents hilares, fronça les sourcils avant de marmonner entre ses dents, d'un air qu'elle tenta de rendre menaçant :
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Vous mijotez contre moi dans mon dos ?
Ses parents sursautèrent en entendant sa voix.
- Tu as déjà prévenu tous tes amis ?, s'étonna sa mère.
- Oui, mais ils ne m'ont pas encore répondu, dit-elle un peu déçue.
Son père sourit.
- Ils ne sont pas aussi accro que toi à leur téléphone portable, voilà tout.
- Mais euh !, se plaignit la jeune fille. Personne ne me comprend ici...
Elle avait terminé sa phrase d'un ton boudeur. Son chien se mit alors à aboyer, comme pour marquer son désaccord. Pony se baissa alors pour le caresser et lui murmura avec un grand sourire :
- Sauf toi, bien sûr !
Son père croisa les bras, d'un air faussement fâché.
- Je me sens ignoré, déclara-t-il d'un ton à la fois fier et rieur.
- Oh, pauvre petit papa...
Marie, les mains sur les hanches, interrompit leur petite discussion :
- Quand vous aurez fini de jouer aux bébés, vous pourrez peut-être m'aider à préparer le souper, non ?
- Mais..., rétorquèrent les deux « bébés » en chœur.
- Pas de mais ! Pony, tu mets la table.
Pony s'exécuta sans broncher, ce qui était une première.
- Et moi ?, demanda son père d'un ton naïf bien trop exagéré, qu'est-ce que je fais ?
Marie sourit.
- Eh bien, prépare le souper avec Pony comme je viens de le demander. Et pendant ce temps, je vais me reposer.
Marc écarquilla les yeux en voyant sa femme étouffer un bâillement avant de s’allonger sur le canapé du salon. Il se dirigea alors vers sa fille et lui murmura à l'oreille :
- Pâtes sauce tomate, ça te dit ma chérie ?
Pony sourit, se rappelant ce talent indéniable que son père possédait pour la cuisine.
- Aucun soucis ! Et euh... essaye de pas les faire cramer cette fois !
Son père fit mine de se fâcher avant de se diriger vers la cuisine.
- Tu viens m'aider ?, lança-t-il une fois arrivée à destination.
- Désolé papa, mais j'ai des devoirs !, répondit Pony qui monta les escaliers quatre à quatre avant que son père ne puisse protester.
Marc resta un instant immobile, debout seul dans la cuisine, puis saisit une casserole, la remplit d'eau et la posa sur le feu. Il prit ensuite un paquet de spaghettis tout en marmonnant :
- Ah les femmes..., soupira-t-il. J'espère que le petit nouveau sera un garçon, cela rétablira l'équilibre dans cette maison !
Elijahlamagicienne
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Divagations
AléatoireDivagations Des histoires pour imaginer. Des poèmes pour s'envoler. Des citations pour réfléchir. Des morceaux de moi pour me définir. Des pensées pour vous toucher. Des personnages pour vous accompagner. Des divagations, éveillées de mon esprit, po...
