Je me promenais dans la ville, les yeux rivés sur mon téléphone et les écouteurs enfoncés dans mes oreilles. Une musique assourdissante résonnait dans mes tympans, mais j'aimais cela.
Les vacances de Noël venaient de commencer et je devais encore acheter des cadeaux pour ma sœur et mes parents. C'est pour cela que je me dirigeai vers le centre-ville, mon porte-monnaie dans la poche et ma liste en tête.
Je regrettais d'être sorti avec une veste aussi légère, il faisait vraiment froid. Tout autour de moi, les vitrines des magasins regorgeaient de jouets plus tape-à-l'œil les uns que les autres. Les rues étaient illuminées de décorations électriques bleues, jaunes, rouges, vertes... Un étalage de couleurs dont je me serais bien passé.
À cette période, les rues étaient encombrées de touristes venant principalement pour admirer le célèbre marché de Noël de Strasbourg. Je me faufilai entre les groupes qui achetaient des souvenirs alsaciens, sans aucun rapport avec Noël, et ceux qui prenaient les maisons à colombages en photos, ignorant totalement la fièvre de Noël qui régnait tout autour d'eux.
Le premier magasin dans lequel je pénétrai était bondé. J'eus du mal à atteindre le rayonnage de jouets pour filles et encore plus pour me rendre à la caisse, mon article en main. Sans la musique qui taisait les cris alentour en martelant mes oreilles, je crois que je n'aurais pas survécu.
Lorsque j'eus acheté tout ce que je voulais, je me dirigeai vers un stand de crêpes, affamé. La nuit commençait à tomber et je n'avais aucune envie de me retrouver au milieu des guirlandes illuminées et des touristes pressés.
J'achetai encore quelques biscuits et pris une ruelle étroite pour rentrer chez moi sans avoir à me glisser entre les passants. Il y faisait sombre et je devais me concentrer pour ne pas trébucher à cause des déchets qui traînaient par terre.
Je retirai mes écouteurs des oreilles, lassé des chansons qui passaient en boucle. Le silence qui suivit m'indisposa mais je résistai à la tentation de me noyer dans ma musique.
Soudain, un murmure attira mon attention. Cela venait d'une impasse adjacente à la ruelle. Je m'y dirigeai avec méfiance. La scène qui se trouvait devant moi me coupa le souffle.
Une fillette d'une dizaine d'années tentait de se réchauffer devant un maigre feu de brindilles. Elle tremblait. Ses habits étaient déchirés et sa figure sale de crasse. Autour d'elle étaient disposées des marionnettes. La fillette en prit une et commença à lui parler.
- Et t-toi D-dina, qu'est-ce t-tu as c-commandé pour N-noël ?
La fillette fit bouger la tête de la marionnette et prit une voix plus aiguë.
- Moi, j-je voudrais un m-morceau de s-sucre.
- Ç-ça tombe b-bien, reprit la petite fille avec sa voix ordinaire, j'en ai un j-juste là.
Et elle plongea la main dans sa poche pour en ressortir un carré de sucre.
Malgré moi, je restai fasciné par cette scène. Je n'osai bouger de peur de l'effrayer. Elle laissa tomber le sucre sur sa langue avec un frisson. Et je me décidai.
- Hé ! M'écriai-je en avançant vers elle.
Elle tourna si vivement la tête que j'entendis les os de son cou craquer. Je m'approchai d'elle et m'assis à ses côtés. Elle me regardait, les sourcils froncés et le nez plissé. Elle ne chercha même pas à fuir.
J'ôtai ma veste et la posai sur ses épaules. Elle cessa de grelotter et me fixa, surprise. Je lui souris et lui tendis ma boîte de gâteaux. Ses yeux firent plusieurs fois l'aller-retour entre moi et les biscuits, puis elle s'empara d'un gâteau et le fourra dans sa bouche.
Un long silence s'installa, seulement interrompu par le bruit de mastication de la fillette. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, mais quand je me suis relevé, mes membres étaient tout engourdis.
La fillette me fixait de ses yeux noirs. Elle ne tremblait plus et semblait rassasiée. Elle ouvrit la bouche et hésita avant de me demander :
- Pourquoi ?
- Si on fête Noël dans la chaleur et l'abondance pendant que d'autres sont seuls et perdus, cela ne sert à rien, répondis-je en haussant les épaules. J'ai appris que Noël était la fête du partage et partager avec ceux qui ont tout est inutile.
Je m'abaissai vers elle et lui chuchota, comme si c'était un secret :
- Et ceux qui n'ont rien ? On les oublie alors ? Il faut penser à être généreux, terminai-je avec un clin d'œil.
Un sourire illumina son visage de poupée. Elle serra sa marionnette contre son cœur et lui chuchota quelque chose. Je tendis l'oreille et compris qu'elle chantait.
- Peu importe la noirceur qui t'entoure,
Crois-moi, il y aura toujours
Une bonne âme qui veille sur toi
Une bonne âme qui t'aidera...
Ces paroles me touchèrent. J'ignorais si cette chanson existait ou si la fillette l'avait inventée, mais ce que je savais, c'est que cette petite fille avait besoin d'aide.
Alors je lui tendis la main. Elle la regarda avec suspicion mais comprit très vite que ce n'était pas une blague. Elle la prit avec précaution et de son autre bras attrapa ses marionnettes.
Nous sortîmes de la ruelle main dans la main. Les lumières et les sons nous agressèrent et la fillette leva son bras pour protéger ses yeux.
Certains passants nous dévisageaient tandis que j'entraînais la fillette derrière moi. Il faut avouer que nous formions un étrange tableau : un jeune homme propre et l'air avenant tenant par la main une petite SDF sale et au regard fuyant. Elle le remarqua également et baissa la tête, honteuse. Je m'arrêtai et me baissai à sa hauteur.
- Hé...
Elle leva son visage vers moi et planta ses yeux dans les miens.
- Où est Noël ? Lui demandai-je avec douceur.
Elle réfléchit un long moment. Elle observa tour à tour la rue illuminée, les magasins décorés, les passants stressés et moi, avec mon sachet plastique à la main et habillé seulement d'un pull, ma veste toujours sur le dos de la fillette.
- Il est là ! Répondit-elle en pointant le doigt vers mon cœur.
Je souris et elle aussi. Et au milieu de cette avenue remplit de gens étrangers, pressés, invisibles, nous avons éclaté de rire.
Mayappy♪
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Divagations
Ngẫu nhiênDivagations Des histoires pour imaginer. Des poèmes pour s'envoler. Des citations pour réfléchir. Des morceaux de moi pour me définir. Des pensées pour vous toucher. Des personnages pour vous accompagner. Des divagations, éveillées de mon esprit, po...
