Être à l'apogée de son cancer et y survivre miraculeusement... N'est-ce pas trop beau pour être vrai... ?
Un petit roman à première vue simple et sans importance mais qui cache au fond un réel secret.
Eden, un jeune cancéreux de 17 ans survie miracu...
Je pris une longue douche, celle qui te laissait des plaques rouges sur le torse et qui rendait tes doigts fins et pâles tout fripés, celle qui faisait que tu suffoquais tant la buée embaumait la pièce, couvrant les miroirs salis par les vieilles traces de doigts et les vitres jaunis par la fumée des toxicos d'en bas, celle qui faisait grimper la facture d'eau à en faire gueuler ma mère, les douches où tu t'asseyais dedans sans voir le temps passer mais emplissait ton corps d'endorphines.
Je descendis les escaliers en bois de sapin craquant sous nos pieds à chaque pas et remarquai la présence de ma mère. Elle avait ses traits du visage fatigués par le travail et semblait un peu dans la lune. Elle me sauta dessus en me voyant et me serra dans ses bras en me partageant son bonheur de me voir. Ses deux grosses boucles d'oreilles reflétaient l'éclairage du luminaire au plafond.
"Eden ! Ça va mieux depuis ce matin ?
-Oui ne t'inquiète pas maman. Fis-je avec un faux sourire avant de me dégager de son emprise.
-Je m'en veux tellement de ne pas avoir pu rester avec toi aujourd'hui. Déclara-t-elle en passant ses doigts sur mes épaules frêles avec une petite moue.
-C'est pas grave.
-Tu as pris tes médicaments ?
-Oui maman.
-Et tu as mangé ?
-Oui maman.
-Mytho. Cracha ma sœur qui était affalée sur le canapé, les pieds sur les coussins noirs et le téléphone plaqué au visage.
-Eden ! Il faut que tu manges sinon tu vas finir la peau sur les os.
-Je sais, je mangerai mieux ce soir."
À vrai dire je n'avais pas beaucoup d'appétit voir pratiquement aucun certains jours. Je lui déposai un baiser sur la joue et pris mon téléphone qui était posé sur la table basse parmi plusieurs brimborions. Je m'affalai sur les jambes parfaitement rasées de Stella et regarda les quelques notifications sur mon téléphone. J'en avais reçu une sur Grindr, un mec plutôt beau gosse me chattait depuis hier. Je parlai quelques minutes avec lui avant de recevoir une dickpic bien dégueulasse de sa part. Je balançai mon téléphone à l'autre bout du sofa orange en grimaçant de dégoût puis souffla en lâchant ma tête en arrière. Encore un de ces pédophiles qui se faisaient passer pour un ado de dix-sept ans. Je fermai les yeux et sentis la tonne de parfum que ma sœur avait mis et le nombre de chewing-gum mangé afin de camoufler l'odeur de la cigarette. Elle chantonnait une chanson old school en bougeant ses orteils. Je grognai en lui demandant d'arrêter ce mouvement régulier qui me gênait et elle m'envoya bouler.
J'avalai difficilement, ma gorge lacérée donnait un goût d'hémoglobine à ma salive puis tournai la tête vers la droite, ma mère coupait les carottes les yeux perdus dans le vide. Je me levai et parti l'aider en me disant qu'il fallait que je fasse une bonne action étant donné que mes jours étaient comptés. Soudainement une douleur me paralysa me faisant perdre l'équilibre avant que je ne me rattrape. Ma tête me tournait et ma respiration sifflait avant qu'elle ne soit étouffée par une affreuse toux. Mon corps me lâcha et je me retrouvai au sol en crachant du sang. J'essayai de me relever sans succès et retomba à plat ventre sur le carrelage. Je vis ma mère et ma sœur se précipiter pour m'apporter de l'aide. Pneumonie de merde. Mes douleurs intercostals étaient si violentes que chaque toux me donnait l'impression d'être transpercé par des couteaux qu'on aurait plongés dans du jus de citron. Le sol blanc était taché de la pluie de sang qui s'échappait de ma gorge. Je tentai de prendre une bouffée d'air, juste une seule, juste un peu d'oxygène mais je ne pouvais pas, du moins mon corps ne voulais pas.
Il ne voulait plus.
***
J'ouvris lentement les paupières, elles étaient lourdes, ma tête me faisait mal et mon corps était courbaturé de partout. J'avais un truc sur la bouche qui m'aidait à respirer. Il y avait plein d'infirmiers qui étaient autour de moi, ils me transportaient dans un brancard en paniquant tous comme s'il y avait le feu. J'étais totalement perdu et une lumière forte m'aveugla arrachant agressivement ma rétine.
"Eden vous m'entendez ?" Demanda un chirurgien.
Je bougeai faiblement ma tête qui me semblait peser des tonnes pour acquiescer tandis qu'il mit des gants en latex bleus.
"Nous devons vous opérer en urgence. Ça va bien se passer d'accord ? Anesthésiant s'il vous plaît."
Je ne pus dire un autre mot qu'il m'endormit dans les secondes qui suivent, une torpeur calme et apaisante, sans douleur me plongeant dans une ataraxie. Un profond vide, sombre, mais dégageant la plus chaleureuses des noirceurs. Infiniment grand et pourtant, je mis sentais à l'étroit, oppressé entre le bien-être et le silence. ___________________________________________
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