L'heure était venue.
Doucement, Morgane se laissa guider par les vagues jusqu'aux récifs, se griffant un peu le bras contre un rocher pointu alors qu'elle sortait péniblement de l'eau, peu aidée par son corps actuel. Sa queue de sirène qui lui avait tant facilité ses nages était à présent un fardeau à traîner contre la pierre mouillée, les coraux et les galets. D'un coup de nageoire, elle bondit enfin hors de l'eau, se réceptionnant maladroitement sur la plage, rampant sur le sable en s'éloignant de l'eau.
Elle se coucha sur le dos et admira un moment les étoiles, savourant leur faible lueur après tant de temps passées dans les grottes les plus obscures et les plus lointaines de la côte.
Un siècle à patienter était long, même pour une sirène. Mais Morgane n'avait pas imaginé revenir plus tôt. À sa taille, le vieux sac en bandoulière contenait les derniers fragments de la période qu'elle avait passé à la surface, et elle se sentait le besoin de retrouver le vent et le soleil sur son visage, ainsi que l'herbe sous ses doigts de pied.
Il fallut plusieurs heures à son corps pour qu'il se dessèche assez à son goût, et elle but la fiole qu'elle avait difficilement négocié auprès des siens. Sa couleur dorée avait quelque chose de surnaturel, mais rien de bien inattendu puisque la magie se trouvait dedans.
La sirène retira le bouchon d'algues durcies, et avala le liquide entre ses dents pointues, le goût lui évoquant le miel sur sa langue. Le reste de son corps vécut sa transformation avec bien moins de plaisir, la sensation d'être coupée en deux la laissant raide sur la plage, le temps que ses écailles ne se séparent de son corps et que deux jambes se forment à partir de sa queue de poisson. Les ongles de ses mains se cassèrent de manière inégale, sa musculature se modifia pour lui donner des épaules plus larges et sa poitrine fondit peu à peu.
Morgane ne s'attarda pas sur ces détails, les ayant déjà vécu une fois. Elle s'empressa de sortir de son sac ses maigres affaires, et l'arbre doré sur sa luide scintilla enfin. L'enfiler fut d'une facilité déconcertante, si bien que la sirène se demandait pourquoi tous les habits humains n'étaient pas aussi faciles à mettre, et aussi confortables à porter. La seule difficulté, ce fut de mettre les bottes, qui lui enserraient trop les pieds à son goût. À peine retrouvait-elle des jambes que déjà elle devait les couper du sol avec des semelles.
Elle fit un geste pour se redresser et s'affala sur le ventre, étouffant un grognement d'agacement entre ses dents plates. Se mettre debout l'épuisa, mais la sensation fière de pouvoir visiter de nouveau le monde lui donna l'énergie de marcher un moment, au hasard des lieux.
Peu lui importait d'avoir des ampoules à ses pieds si nouveaux.
L'essentiel, c'est qu'elle allait retourner à l'Élite.

VOUS LISEZ
La pré-Élitienne cachée
FanfictionLes filles sont interdites à l'école de l'Élite. Pourtant, Morgane est devenue en quelques années l'une des élèves les plus doués de sa génération. L'utopie se brise lorsque six camarades assassinent brutalement trois sirènes vivant dans l'école, po...