13 : Leçon de morale nocturne

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Si l'Élite avait toujours eu un aspect un peu sinistre de l'extérieur, ses membres savaient à quel point ses lieux restaient accueillants, empreints d'une atmosphère à la fois d'entraide et de volonté de se dépasser. Cela n'en faisait pas pour autant l'un des lieux les plus agréables où l'on pouvait vivre, mais il y avait assez de confort, notamment au travers des lits particuliers, des multiples fauteuils ou sofas dans plusieurs pièces, pour s'y sentir à l'aise.

Pourtant, Morgane avait froid dans le dos en regardant les galeries qu'elle avait pourtant vu la veille sans trembler. Elle qui était rarement nerveuse sentait pourtant sa peau devenir moite face à la pesanteur qui semblait régner sur les visages des Élitiens, et à cause de la présence du fil d'or.

Elle remonta celui-ci, jusqu'à la tour qu'elle se souvenait être celle du docteur Soupont. Du moins, jusqu'à ce qu'elle arrive face à une grille fermée au milieu de l'escalier.

– Euh... J'ai besoin d'un soutien psychologique, vous pourriez m'ouvrir ? demanda Morgane à la nymphette du fil d'or la plus proche.

Celle-ci ne lui répondit pas, et la fausse humaine attendit quelques minutes que quelqu'un vienne lui ouvrir, ou au moins s'approcher de la grille. Ne voyant personne en dehors d'elle et les nymphettes, Morgane mit un violent coup de pied dans la grille, dont les gonds sautèrent aussitôt, alors que la pré-Élitienne se congratulait de sa force.

Jusqu'à ce que le fil d'or s'illumine, et qu'elle ait juste le temps de durcir sa laide avant qu'un Cœur noir ne la plaque contre un mur.

– Que faites-vous ici ?

– J''étais venue pour voir le docteur Soupont... Mal de gorge.

Elle toussa trois fois, de manière si peu convaincante que même un enfant aurait vu clair au travers de son mensonge. Néanmoins, le Cœur noir la relâcha, sortant d'une sacoche un miroir argenté scintillant joliment ciselé, et elle vit son reflet dedans avant qu'un grand éclat n'illumine brièvement l'escalier en colimaçon.






Quand elle retourna dans la bibliothèque où les Prétendants avaient élu domicile, la première chose que Morgane fit fut de râler en voyant que quelqu'un avait visiblement ouvert les rideaux de son lit et fouillé les draps, à la recherche de quoi ? Elle n'en savait rien. Mais l'imagerie l'agaçait prodigieusement, ce qui ne s'arrangea pas quand Mathieu Hidalf arriva vers elle avec un air déterminé.

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Qu'est-ce qu'il y a chez le docteur Soupont ? demanda l'un des Prétendants blonds.

La fausse humaine ouvrit la bouche, comprenant brutalement qu'elle n'en n'avait aucune idée, et qu'il ne lui restait aucun souvenir entre les deux fois où elle était passée devant le miroir argenté. Elle savait que le temps avait passé, ayant simplement croisé une horloge, et parce que Julius Maxima l'avait sévèrement réprimandé en lui rappelant qu'il était inutile de perturber un médecin pour de faux prétextes.

— Je... Je ne me souviens pas, admit-elle avec réluctance, je crois que je suis passée devant le miroir d'oubli. Mais c'était certainement important pour qu'on m'oblige à le faire, et les Cœurs noirs sont postés en haut de la tour. Si vous essayez d'y aller, vous serez juste repoussés, c'est même pas la peine d'essayer.

— Bon, tant pis, soupira l'un d'eux. Je vais me coucher, si l'un de vous se souviens d'avoir permis au sortilège de Ronces de se déployer, qu'il n'hésite pas à me réveiller, fit-il savoir à ses camarades.

La pré-Élitienne cachéeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant