Chapitre 1 : Un doigt dans l'engrenage

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Repères chronologiques : cette scène s'insère comme une scène coupée de The Umbrella Academy, saison 1, épisode 1, autour de 09:25 (environ au moment où Viktor - lse dernier - apprend par la télé que Reginald Hargreeves est mort).

Soundtrack suggérée : The Kinks - Picture Book ; Lindsey Stirling - Phantom of the Opera.

TW : référence à des usages de drogues et d'alcool.

Note additionnelle : je ferai toujours référence au personnage d'Eliott page en tant que Viktor, même en écrivant autour de la saison 1.

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Samedi 23 mars 2019, 23:02

La pluie avait quelque chose de mélancolique, ce soir, je ne saurais pas expliquer pourquoi.

Peut-être parce que j'ai fait seule la fermeture de la quincaillerie où je travaille, peut-être parce que la journée a été difficile. Il y a des jours comme ça, où absolument tout le monde semble avoir besoin d'écrous calibre 12. Ou alors, peut-être parce qu'Argyle Park était déjà fermé, et que j'ai dû prendre le bus pour rentrer.

C'était une pluie lourde, oui, comme il tombe souvent sur The City. Cette ville des lacs : glaciale en hiver, pluvieuse au printemps, humide toute l'année. Où les hauts gratte-ciel du quartier des affaires surplombent des nuées géométriques d'immeubles bas de pierre grise et de briques. Edouardiens, Arts-and-Crafts. Ou plus quelconques, comme le mien.

Une à une, les marches de l'escalier défilent sous les semelles usées de mes bottes de combat, dans la lumière au néon. Ma famille vit ici depuis mon enfance, et l'odeur de cette cage d'escalier n'a jamais changé en plus de vingt-cinq ans : celle de la soupe de la voisine du premier étage, du détergent de ménage, de la graisse des rouages de l'ascenseur que je n'utilise jamais, mais que j'aime sentir comme une créature familière.

Un pallier de plus, presque douloureux dans ma fatigue. Je suis tentée un instant d'aller plus vite, pour atteindre mon lit : il me suffirait d'un battement de paupières et d'un craquement d'air, c'est un fait. Mais je réprime ma pulsion de me téléporter. Voyez-vous, il y a certains 'détails' sur ma vie que les nouveaux voisins ne connaissent pas encore, et je souhaiterais que ça reste ainsi.

Au quatrième étage, ma clé tourne dans la serrure, et la porte de l'appartement s'ouvre sans protester sur l'entrée éteinte. C'est le jour où ma grand-mère joue sa partie de bridge hebdomadaire : l'une des rares activités à lui faire éteindre son poste de télé. Je trouve d'instinct l'interrupteur qui déclenche le plafonnier vintage, et je jette mon trousseau dans le bol à clés.

Je m'apprête à retirer ma veste sous laquelle mon badge clame mon prénom - Rin - mais quelque chose attire mon regard sur la console : le clignotement discret du petit voyant rouge du répondeur automatique, alors que personne ne nous appelle jamais. Je me penche, j'appuie sur le bouton. Et mes yeux s'écarquillent à la première respiration que j'entends.

'Uh, Rinny... Je suis désolé, je me sens comme un flan sans ramequin'.

Klaus. Putain, qu'est-ce qui lui est encore arrivé.

'Ce n'était pas au programme, mais...'

Je connais le crépitement du téléphone qu'il utilise. Ce n'est pas une cabine publique : c'est le combiné du couloir du manoir où il a grandi. Il s'arrête un moment, bien trop long, même à son échelle lorsqu'il est défoncé. Et puis il lâche avant de raccrocher :

'Mon père est mort. Viens te crasher ici un moment.... S'il te plaît ?'.

Je reste un instant figée, comme si les rouages de mon cerveau venaient de s'arrêter. J'écoute à nouveau le message, qui n'a bien sûr pas changé.

Une courbure de l'espace-temps (Saison 1) - The Umbrella AcademyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant