La surprise se lit sur son visage en apprenant que je suis au « service de la reine », la sensation que me procure cette surprise non feinte a le goût de l'hydromel dans ma bouche, j'ignore pourquoi mais je ressens le besoin d'avoir un certain ascendant sur lui.
– Pour la reine ?
– Oui pour la reine.
– Je me poserais des questions plus tard, en attendant, avançons, avec le retard qu'on a pris il nous faudra trois jours et non plus deux pour atteindre Orion.
– Très bien allons y.
Nous marchons toute la journée durant dans un silence de mort à nous méfier l'un de l'autre. En même temps qui ferait une confiance aveugle à quelqu'un qu'il a rencontré le matin même. Seuls les inconscients, les naïfs et les imbéciles agiraient ainsi.
Une fois le crépuscule à nos portes nous décidons de nous arrêter dans une zone dégagée, le Corbeau allume un feu et commence à manger ce qu'il a dans ses petites sacoches accrochées à sa ceinture, je fais de même avec mes propres rations, je mange un morceau de brioche un peu rassis plus petit que ceux que je mangeais jusque-là, le voyage pouvant durer plus longtemps au moindre problème autant faire des réserves en mangeant.
Une fois les bruits de mastications disparus, seuls bruits brisant le silence pesant, un sentiment de gêne pris place au creux de ma poitrine, le Corbeau éteignit le feu d'un coup de pieds dans la poussière environnante tapissant le sol verdoyant de la forêt. Pour éviter l'inconfort que me provoque le silence je lui propose donc de dormir.
– Tu devrais dormir, tu t'es battu tout à l'heure contre deux ogres adultes, et on a ensuite marché toute la journée sans s'arrêter.
– Je pourrais te retourner le conseil, et si je vais dormir qui montra la garde ?
– Eh bien moi de toute évidence, t'as pluton à la place du cerveau ?
– Je suis presque certain que tu ne réussiras pas à rester éveillé, il continua sur le ton du défi, je pense même que l'on se feras attaqué dans la nuit parce qu'on dort tous les deux et que tu ne m'auras pas réveillé pour prendre mon tour.
– Tu veux parier ? lui répondais-je à mon tour sur le ton du défi.
– Et que voudrais-tu parier ? il sembla peu convaincu, comme s'il avait déjà gagné et qu'il n'y avait rien d'intéressant.
– Combien as-tu sur toi là ?
Il regarda dans sa bourse et compta les petites pièces dorées, des Astaros, jackpot ! Je jubilais intérieurement à l'idée que toutes ces petites beautés se retrouvent dans ma bourse au lieu de la sienne. Il me répondit enfin d'un air décontracté et confiant.
– Suffisamment pour vois une renarde s'effondrer de fatigue en les convoitant. Un sourire suffisant sur le visage, je voulais le lui arracher.
– Alors je te paris ma bourse que je réussirais à rester éveillée toute la nuit sans aucun problème. Déclarais-je en faisant balancer ladite bourse de droite à gauche.
– Très bien alors je paris la moitié de ma bourse que tu ne réussiras pas à tenir toute la nuit, il réfléchit une seconde et ajoute, si tu arrives en plus le lendemain à avancer sans te plaindre et sans nous ralentir alors t'auras l'autre moitié.
Découvrir une nouvelle planète ne pourrait pas m'emplir plus de joie que l'idée d'un pari gagner avant même d'avoir commencé, je suis vénale, je l'avoue. Il ne faut donc pas plus pour accepter directement cet absurde pari. Je tends la main vers lui.
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La Dernière Ruse du Renard
FantasyDécouvrez l'histoire de Céleste d'Astaroth reine tout juste couronnée, devenant le renard rouge une fois la nuit tombée. Après avoir contracté une maladie incurable elle décide d'entreprendre une quête pour trouver un remède légendaire, une histoire...