Le vent soufflait fort. Pendant un instant, le sable de l'air l'aveuglait. Elle frottait ses yeux. Quand elle les réouvrit le portail noir qui se trouvait devant elle semblait plus immense. Elle regardait un peu plus en haut et découvrit une plaque en bois avec un nom qu'elle ne connaissait que depuis peu et qui restera gravé dans sa mémoire à jamais. Elle hésitait encore à y entrer, mais avait-elle le choix? Serait-elle debout devant ce portail possédant un bel arc de rose au-dessus et un pot de jonquilles de chaque côté, si sa tante n'avait pas débarqué chez elle il y a environ trois semaines?
Trois semaines plus tôt
Lilith s'est réveillé un peu plus tard le matin après la lecture des testaments. Elle est tout de suite descendu dans la cuisine pour voir Marthe et l'enlaça directement.
-"Pardonne-moi pour ce que je t'ai dis hier, je...je ne le pensais pas, j'ai perdu le contrôle et..."
-''Je t'aime mon enfant. Je voudrais tellement t'aider d'une manière ou d'une autre." dit Marthe en embrassant son front.
-''Merci Marthe, tu as toujours été là pour moi, depuis mes premiers pas jusqu'à présent.''
Lilith se sentait bien. Son étreinte était réconfortante. Elle aimait sa gouvernante. Elle était à la fois sa deuxième mère, sa meilleure amie et sa confidente depuis longtemps. C'était elle qui lui a tout appris. Hélas ce doux moment fut interrompu par un énorme fracas venant de la porte principale. Depuis le salon, on entendait des voix féminines:
-"Où sont elles ?!" criait la venue dévergondée
-'' Madame vous ne pouvez pas entrer comme cela !" criait une autre
-"Je vous signale que tout ceci est à moi désormais."
Lilith et Marthe s'interrogeait du regard, mais Lilith avait déjà sa petite idée en tête, et quand elle vit une monstrueuse chevelure flamboyante apparaître devant la porte de la cuisine, son idée fut justifiée.
-"Bonjour Lilith." disait-elle à travers un sourire narquois et des lèvres aussi rouge que ses cheveux. Lilith lui répondit d'un léger bonjour.
"Marthe", suivi la tante Eugénie d'un petit signe de tête.
Marthe lâcha Lilith et lui répondit bien plus courtoisement. La tante Eugénie enleva ses grandes lunettes et les toisa de haut en bas, mais regardait Lilith particulièrement.
-"Lilith j'ai à te parler mais tu n'es pas encore prête à ce que je vois. Je te donne une heure.Hum, le temps pour moi de visiter ma propriété."
Marthe restait bouche bée. Après ses dernières paroles, la tante Eugénie quitta la pièce et s'alluma une "clope".
-" Cette femme n'est vraiment pas comme votre défunte mère."
-"Je ne me suis pas trompée, c'est bien ma tante.''
-" Elle a vraiment du culot de venir et d'agir comme cela.''
-" Oui, c'est bien son genre de venir sans tambour ni trompette, mais bon c'était à prévoir, soupira t elle. Je vais te laisser, je vais me doucher et me changer."
Une heure plus tard, Lilith et sa tante étaient assises face à face dans le petit hall d'en bas. La tante Eugénie fumait encore les jambes croisées sur l'accotoir et la tête tournée vers la grande baie vitrée. Lilith la regardait, se demandant comment pouvait elle vivre avec tant de cupidité et méchanceté. Était-ce à cause de la perte de son mari et de son unique fils il y de cela plusieurs années? La tante Eugénie était déjà un phénomène dès sa jeunesse. Juste pour le coup d'un soir, elle a trouvé l'amant idéal de type "Barrow"*, et eût sa première descendance. Quand elle a su qu'elle était enceinte, elle a tout fait pour retenir le père. Ensemble ils formaient la nouvelle génération "Bonnie and Clyde". Elle a ensuite perdu son mari lors d'un braquage, et par la même occasion son fils dans une fausse couche. Elle a ensuite fuit et continué sa route seule et il lui a fallu cinq ans pour devenir la personne qu'elle est aujourd'hui: une escroc très habile et malhonnête.
Eugénie enleva finalement ses lunettes en laissant place à deux grands yeux méchants.
-" Comme je te l'ai dit, j'avais à te parler. Je ne vais pas te répéter ce que tu sais déjà concernant ta position dans ce manoir."
-"Que voulez-vous me dire ma tante?"
-"C'est simple. Je veux juste savoir, quand vas-tu partir d'ici?"
Cette question lui faisait l'effet d'une gifle pris d'un grand élan. Elle était choquée mais ne pouvait pas répliquer. Sa tante voulait vraiment se débarrasser d'elle. Que va devenir le Manoir Asplund en son absence?
-"Ne me regarde pas comme ça enfin! Ce n'était pas un caprice de ma part, ce sont ma sœur et mon beau frère qui ont décidé ainsi. Autrement dit, bah, tes parents."
-"Mais vous vous réjouissez quand même pas vrai? Puisque tout est dorénavant vôtre, même pour une durée limitée."
La tante Eugénie ne s'attendait pas à cette réponse. Elle lui semblait plus frêle et ne possédant pas plus de cran autrefois. Elle eut un petit sourire et expira une grosse fumée blanche que sa nièce n'appréciait pas du tout. Lilith fit exprès de tousser en guise de signe de son agacement.
-" Tu as bien grandi à ce que je vois, elle tapota sa cibiche dans le cendrier, tu as changé, tu n'es plus là petite fille qui se cachait sous les jupons de Victoria, dit-elle en ricanant.
-" Venez-en au fait ma tante." Sur son visage, elle essayait de ne pas afficher aucun sentiment même si elle éprouvait beaucoup de répugnance envers sa tante.
-" Écoute, je sais que tu t'inquiètes beaucoup en ce moment car tu ne t'es pas préparer à ce genre de chose. Et puis, soyons honnêtes, tu ne sais même pas qu'elle est la principale activité de la société de tes parents (ce qui était vrai). Cependant, moi aussi j'ai quelques petits problèmes tout comme toi. Donc si nous nous aidons mutuellement, on pourra régler ces problèmes.
Bien sûre financièrement."
Elle eut un petit rictus à la fin de sa phrase. Lilith se méfiait mais avait elle vraiment le choix?
-"Que dois-je faire?"
La tante Eugénie se penchait un peu plus vers elle avec le même sourire que Lilith ne connaissait que trop bien.
-" C'est simple ma chérie, très simple."
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*Barrow: Clyde Barrow.
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Le Testament
ChickLitLilith Asplund vit et grandit dans le manoir de ses parents qui est le cocon de ses plus belles années d'enfance, aux côtés de sa mère et de son père , des riches propriétaires de La Cité des Mille. Lorsque ces derniers moururent, elle eut part de l...
