-"Lilith ?"
Une voix? À qui appartient elle ?
-"Lilith réveille-toi. Allez debout!"
On se demande pourquoi Ruffine se trouve dans sa chambre à 01:00 du matin, les mains rouges et humides.
-"Que se passe-t-il ?, dit Lilith, ses yeux mis-clos et aveuglés par une lampe à pétrole, étant la seule source de lumière, pourquoi me réveilles-tu de si bonne heure?"
-" L'eau sera coupée toute la journée aujourd'hui et le puit est à sec. Nous ne disposons que de quelques heures pour en approvisionner le plus possible. Tu dois prendre la relève. Allez debout, dépêche-toi!"
Alors Lilith se leva, résignée, ne cherchant même pas à protester ou à demander une explication. Dehors, la grande bâtisse était muette et les feuilles des arbres éveillées par le vent murmuraient d'étranges mélodies, effrayantes.
Une longue marche avant la source, où hommes et femmes faisaient la queue; des jerricans couleur tournesol s'entassaient près de la pompe sous la surveillance de quelques individus, de peur que l'on ne vole ne serait-ce que les bouchons. Une demoiselle qui s'appelait Régine se dissimulait dans la foule, les bras croisés. Entre ces personnes souffrant de manque de sommeil, Lilith marchait prudemment en direction de sa semblable. Elle prit sa place et Ruffine lui donna quelques consignes avant de partir:
-" Tu vas attendre toutes ces jerricans et quand elle seront toutes pleines, tu demanderas à Arsène de les transporter."
Ruffine lui montra du doigt ce jeune homme en lui donnant quelques pièces pour payer le prix des jerricans et le salaire du brave garçon.
En attendant son tour, Lilith observait les personnes qui se trouvaient autour d'elle. Elle les voyait se plaindre de tout et de n'importe quoi. D'après les conversations que ses petites oreilles indiscrètes ont entendu, les gens d'ici bas souffraient et se plaignaient des coupures d'eau et d'électricité trop fréquentes, de l'inflation, des dépravations sur la circulation mais surtout des mensonges et des promesses en l'air que certains leur faisaient avaler pendant chaque période électorale. En tout, ces personnes étaient aigries par la vie.
Croyant ne jamais en finir, son tour vint enfin. Lilith paya la totalité et ramena ses précieux trésors à la maison avec l'aide d' Arsène. Il ne lui restait plus que quelques heures pour dormir avant de continuer sa journée. Même si le sommeil titillait son être, elle se devait de rester éveillé; déjà qu'elle se trouvait dehors à étendre le linge.
Plus tard dans la journée, Iris l'invita à sortir avec elle pour faire quelques courses et elle accepta volontier. Une occasion s'offrait à elle pour rajouter un peu dans sa garde-robe et pour décorer sa chambre. C'était aussi un jour pendant lequel la moitié des séraphines était autorisée à sortir et aller à leurs affaires, oubliant leur quotidien pendant une journée. Le reste des séraphines devait donc rester pour s'occuper de la maison et des clients; leur tour serait sûrement le jour suivant et réciproquement pour ceux qui sont partis la veille.
Lilith avait économisé une petite somme que Marthe avait prélevée sur son salaire pour elle avant son départ. Elle pouvait alors se permettre de dépenser un peu plus que ses compagnes, ce qui attisa une légère envie et jalousie chez les autres.
Arrivée à la maison, les bras surchargés de cartons, Inès l'accueillit en souriant. Elle lui proposa son aide pour porter ses emplettes et elle accepta.
-" Merci beaucoup, c'est très gentil à toi." dit-elle reconnaissante
- Mais de rien...Ah au fait, quelqu'un a déposé quelque chose pour toi ce matin, durant ton absence, Inès fouilla nerveusement ses poches de peur de l'avoir perdu. Tiens! lançait-elle en sortant une enveloppe de sa poche.
-"Qui a déposé cette lettre?"
-"Je crois que c'était une domestique. Elle portait un uniforme, mais je n'ai aucune idée de l'établissement."
Dans sa chambre, elle inspecta la lettre et, sur le dos de l'enveloppe, elle pouvait lire le nom de l'expéditeur avec dégoût:
Eugénie Ursule Moore...
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Le Testament
ChickLitLilith Asplund vit et grandit dans le manoir de ses parents qui est le cocon de ses plus belles années d'enfance, aux côtés de sa mère et de son père , des riches propriétaires de La Cité des Mille. Lorsque ces derniers moururent, elle eut part de l...
