Chapitre 12

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Une semaine lui restait. Une semaine pour finaliser complètement sa formation, trouver des vêtements digne d'un nouvel emploi, faire le tri parmi ses bijoux: à laisser ou à emporter, et dire au revoir à Marthe. Elle faisait le tour des friperies de la ville avec sa gouvernante, loin de ses grandes boutiques de luxe. Quand elle se regardait dans le miroir, elle voyait la toute nouvelle facette d'elle-même, du moins, ce qu'elle va devenir. Cela lui faisait étrange, mais encore une fois, avait-elle le choix? La tante Eugénie l'emmenait souvent visiter le restaurant avant qu'elle ne commence vraiment à travailler en lui répétant à chaque fois ses 10% qui malheureusement, était un mensonge.
Une semaine restait avant que Lilith ne disparaisse complètement de la vue du Manoir Asplund.

Aujourd'hui, elle se retrouve devant le portail d'une nouvelle ère, d'une nouvelle vie qui l'effraie énormément, mais qu'elle doit affronter. Après tout, sa tante a tout fait pour la persuader qu'elle ne pouvait qu'accepter. Trois semaines d'harcèlement et la voilà aujourd'hui.

"Et le plus important pour survivre parmi elles, tu ne dois jamais leur trahir ou leur faire de la peine. Tiens toujours tes promesses et soit prudente et discrète. Bon et bien, bonne chance!"

C'était le dernier message de la tante Eugénie avant de la laisser seule devant ce portail. Quel secret renferme donc un si beau lieu où les fleurs, le calme et la joie de vivre semblaient régner en maître.
Lilith rassembla ses forces, endossa son courage, s'armant de la minuscule lueur d'audace en elle; chaque main sur le trolley de chaque valise, un sac bandoulière s'agrippant à son cou, elle s'avança sur le chemin d'une nouvelle aventure. Serait-elle calme ou périlleuse? Elle le saura bientôt.
Lilith entra dans le restaurant, posa ses bagages et s'adressa à la caissière de l'autre fois:

-" Bonjour, je voudrais voir Mme. Johnson s'il vous plaît."
-" Votre nom je vous prie?"
-"Lilith Asplund."
-"Ah, je vois. Vous êtes la nouvelle recrue?"
-"Oui."
-"Attendez un instant."
La jeune femme passa un coup de fil rapide puis raccrocha, et cria en direction d'une petite entrée derrière la caisse:
-" Inès, viens me remplacer!"
Une charmante blonde aux yeux verts apparu. Ronde et joufflu, elle prit la place de la caissière. Cette dernière dit ensuite à Lilith:
-"Il semble que Madame ne soit pas disponible pour l'instant, mais je m'occuperai de toi."
Elle lui demanda de la suivre vers la porte où Inès est entrée et elle accepta sans protester. Elles montèrent les escaliers et s'arrêtèrent dans un long couloir tapissé d'une moquette rouge à motif japonais. Il y avait plusieurs porte en bois de sipo qui étaient sûrement des chambres. Entre deux ou trois portes se trouvaient des petites étagères en bois vernis qui portaient des livres de cuisine et de conte de sorcière, des vases de fleurs, quelques bibelots ici et là et une petite lampe à huile très ancienne. Seule une suspension en verre noir transparent qui s'allumait à peine était censée éclairer le couloir. Un décor assez simple et quelque peu effrayant mais stupéfiant pour Lilith.
-" Ta chambre est ici, dit la caissière en ouvrant une des portes, pour ce soir tu n'auras qu'un lit, une table de chevet et deux bougies, les nouveaux meubles arriveront demain. Ça ira?"
-"Oui d'accord."
-" Pose tes affaires et suis moi. Et n'oublies pas, seule les employées ont accès à cette pièce."
-"Compris!" répondit elle comme un bon petit soldat.
Elles quittèrent la pièce et la demoiselle l'emmena encore une fois, mais cette fois-ci pour sortir du portail principal:
-"Nous allons commencer depuis le début. Lilith c'est ça?"
-"Oui vous pouvez m'appeler ainsi."répondit Lilith en souriant.
-"Enchantée Lilith, moi je m'appelle Ruffine. Bienvenue chez Les Séraphines, dit elle en indiquant la plaque en bois, aujourd'hui, je vais te faire visiter notre domaine."
-" Enchantée Ruffine. Ma tante m'a emmené pour visiter la semaine dernière, je connais déjà certains endroits."
-" Oui mais la semaine dernière tu n'avais pas accès à tout les services ! Viens je vais te montrer."

Elles entrèrent par le gigantesque portail noir. ''Là, tu marches sur l'allée principale." dit Ruffine, Lilith regardait vers le bas et voyait bien ses pieds écraser une allée de dalle en granit noir avec des motifs de cristaux. Un aspect sophistiqué et moderne, mais qui ne déplaisait pas du tout à Lilith, au contraire, elle aimait ce nouveau décor.
Celle-ci était bordée par de grands pots en terre cuite rectangulaire avec une innombrable variété de plante et de fleur comme l'œillet de l'Inde, les bidens, l'anthémis et le gaura. Mais pas que, les plantes basiques comme la rose, la lavande, le calendula, la capucine et la verveine se dressaient sans gêne dans toute leur beauté. Coupant le centre du jardin, l'allée s'embranchait de chaque côté par des sentiers fait en rondelles de bois s' enfonçant soigneusement dans la pelouse.
Un embranchement menait vers le potager où l'on trouvait les brèdes, les laitues, les céleris et les persils s'aligner en bataillon. C'était une grande exploitation dont les six mètres carrés étaient consacrés à la plantation du Pakchoï, du tissam, du bémol, du choux de chine, du ravimbomanga, du anamadinika et du anamalaho. De l'autre côté, les tomates s'entremêlaient et s'accrochaient péniblement à leurs tuteurs, protégeant ainsi précieusement leurs fruits sous peine de s'écraser sur le sol. Un peu plus loin, dans un coin du jardin, un prunier s'exposait de toute sa grandeur, ses bras s'élançaient très haut comme pour vénérer le soleil. On imaginait déjà les prunes bleus violacées humide sous la brume condensée du soir. Par sa lumière puissante, la lune faisait jaillir de gros diamants qui tromperaient les phalènes en leur faisant frapper lourdement la tête contre eux.

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