Les heures étaient passées. Après avoir allongé sa légende, feuille après feuille, formulation après formulation, et que son travail fut complet, Meyster laissa un soupir s'échapper. Il était envahi d'un sentiment de plénitude et de satisfaction, comme si tout ce dont il avait besoin avait été comblé. Mais la fatigue le rattrapa aussi vite que la nuit était tombée. Il frotta sa nuque de sa main musculeuse. Elle était raide. Il avait besoin d'air, et de voir autre chose que ses journaux poussiéreux. L'air l'appelait, alors il se leva.
L'écrivain passa une porte qui trônait entre des colonnades. Peu importe où il posait le regard, il y avait quelque chose à voir. Cette simple idée le fit sourire de satisfaction. Il avait dépensé sans compter lors de la construction des lieux, et s'était largement inspiré d'antiques architectures. Il y avait une prépondérance des motifs floraux un peu partout où un décor pouvait être intégré.
Les yeux rivés sur les plafonds voûtés, où des arches venaient se croiser pour soutenir la pierre encore nue, il avançait, laissant son imaginaire dessiner des fresques d'aventures sur les places encore vides de la bâtisse. Peut-être que ses propres épopées pourraient combler ces lieux, une fois qu'il les auraient contées.
Au fur et à mesure qu'il avançait dans le hall, se dirigeant vers la sortie, il baissait le regard le long des colonnes végétalisées par les sculptures et gravures, du chapiteau jusqu'au pied. Alors qu'il passait diverses portes, il pouvait y reconnaître des gravures historiques, copies de peintures ou gravures connues, qui donnaient par la scène choisie, l'utilité de la pièce. Mais ce qui attirait vraiment le regard, c'était la statue d'Haya, les bras ouverts, qui pouvait accueillir tous les créateurs dans le somptueux bâtiment. Alors qu'il contournait la statue, Meyster pouvait admirer les différents outils d'art, disposés comme des offrandes tout autour du pied de cette dernière.
Enfin, il porta son regard sur la large porte qui faisait office d'entrée. Assez grande pour que même un golem puisse passer, autant qu'un troll. Il poussa le lourd boisage, qui ne grinça, ni ne coinça, malgré la lourdeur de l'ensemble. Pourtant, le semi-orc ne peina pas. Après tout, sa carrure l'aidait beaucoup.
Devant lui se dessina une rue pavée, faiblement éclairée par des lampadaires plantés avec une régularité satisfaisante au regard. Bien qu'il n'était pas juste à côté de la ville, il ne marcha pas si longtemps pour arriver à la taverne. Il n'avait qu'à suivre la route, et cette dernière trônait à un croisement, juste à l'entrée du hameau. C'était un endroit qu'il avait appris à aimer. Il lui permettait de sortir, et de se changer les idées. Le calme et la solitude sont bien pour écrire, mais il faut pouvoir s'abreuver de nouveauté aussi, après tout.
Le bâtiment était simple, et sa couleur claire le rendait accueillant malgré la nuit. Il avait un lourd toit de paille qui le couvrait, et lui donnait un côté rond et moelleux dans l'obscurité.
Le conteur passa la porte de l'édifice, et se dirigea vers le bar, au moyen de quelques signes de main et de tête distribués aux fervents mécènes du lieu.
Il put s'installer sur un lourd tabouret de bois, tandis que le serveur se tourna en entendant la chaise râcler sur le plancher qui avait dû voir des jours meilleurs. Meyster posa une bourse au tissu fin qui cliqueta sur la pierre qui composait la planche du bar avant de défaire sa veste et de la poser à côté de lui. Il croisa le regard de l'être de métal, où brilla un reflet spectrale en lieu et place des orbites.
— Une coupe de vin pourpre ! lança le conteur.
— Tes gènes de vampire prennent le dessus ou as-tu quelque chose à fêter ? répondit le tenancier au masque noir cristallin.
— Je célèbre mon dernier récit, répliqua-t-il, le sourire aux lèvres. Ta suggestion de feuilleter les vieux journaux que j'ai amassés semble porter ses fruits.
— Et te connaissant, tu ne vas pas t'en arrêter là, je me trompe ? questionna l'automate tout en posant le verre rempli à son client.
— Oh non, Mero, je compte bien miner ce filon jusqu'à épuisement. Mon recueil de contes et légendes de Kentoras se vendra dans tous les mondes, c'est certain. dit-il en prenant le pied du verre entre ses doigts
— Je te le souhaite. Rien ne devrait s'opposer à ta réussite, maintenant que tu as appris de tes précédents ouvrages. insista l'être mécanique tandis qu'il rangeait sa bouteille.
— Ne sois pas médisant... Je t'ai déjà expliqué que cet échec n'était pas de mon fait. grogna le vampire avant de porter son verre à sa bouche
— Penses juste à bien expliquer ton contexte, cette fois. Je dis ça pour toi, tu sais bien que les histoires ce n'est pas mon truc.
— Je m'y attelle, mais ce serait plus simple si les gens savaient remettre les histoires dans leurs époques, avec leurs mœurs et leurs visions. Mon matériel de création provient de tout temps, et j'essaie de rester fidèle à mes sources, de refléter la vérité de l'époque dans laquelle j'écris. Je n'ai jamais décidé que ton peuple fusse mal vu par les Senesters.
— Je ne suis pas un Esgar.
— Tu es l'une de leurs créations, tu leur ressemble, de ce fait.
— Au même titre, c'est toi qui a conçu mon corps, cela signifie-t-il pour autant que je suis un orc, un nain, un humain ou même un vampire ?
— Bon. Je te l'accorde, j'ai pris le mauvais raccourci, cette fois-ci. Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas à moi de m'excuser pour la vision péjorative des Esgars qu'avaient les Senesters et que, lorsqu'on lorsqu'on écrit un histoire, elle a un contexte, une époque, une origine, et que mon rôle n'est pas d'édulcorer l'Histoire. Je raconte quelque chose pour qu'on rêve, pleure, rit et soufre avec les personnages, comme si l'on vivait à côté d'eux, avec tout notre cœur, dans le feu des passions et non pas avec un jugement, bien au chaud depuis nos petites cheminées. Je veux que mes mots valent leur pesant d'étoiles, pas leur pesant de bien-pensance.
— Tu es loin d'avoir tort, et le problème n'est pas vraiment là. Pense juste que ton lecteur est là pour prendre du plaisir, et pas forcément se casser l'esprit. Alors si tu lui offres un contexte où rire et pleurer, c'est toujours mieux si tu l'intègres de tel sorte à ce qu'il le comprenne et n'ai pas à le rechercher. Au final, c'est toujours toi qui a les clefs de ton histoire, et c'est toi qui les distribuera à ta guise.
— Et c'est ce que je compte bien faire. J'espère juste que mon lecteur trouvera les clefs en question, c'est tout ce qui me posera éventuellement problème, mais j'y croit dur comme fer,, ou dur comme toi, devrais-je dire ! répliqua-t-il dans un rire
Le tavernier ne put lâcher qu'un soupir de dépit, secouant la tête, et rangeant l'argent avancé par le semi-orc, avant de vaquer à quelques-unes de ses occupations.
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Les journaux de Meyster
FantasíaMeyster, conteur de la nouvelle ère kentorienne, explore différents journaux d'aventuriers du passé, afin de nourrir son inspiration pour les contes qu'il écrit. A travers les récits de ces personnages, il apprendra bien des choses sur la faune et l...
