Le trajet jusqu'à la maison est silencieux. Pas un mot, pas un regard échangé avec mes parents. L'air est lourd dans la voiture, comme si chaque respiration pesait une tonne. Je fixe la fenêtre, regardant les paysages défiler sans vraiment les voir. Rien ne semble réel. Rien ne semble m'atteindre.
Quand nous arrivons, je monte directement dans ma chambre sans attendre. Je m'affale sur mon lit, encore fatiguée, le bandage autour de mon poignet me picotant légèrement. Je voulais juste... disparaître. Mais me voilà encore ici. Vivante. Contre ma propre volonté.
Un peu plus tard, mes parents montent me voir. Leur expression est difficile à décrypter, quelque part entre la tristesse et l'inquiétude.
— Éliséa, me dit ma mère doucement. Prépare-toi, on doit retourner à l'hôpital pour un examen.
Je les regarde, déconcertée. Un examen ? Pourquoi ? Mais je n'ai pas l'énergie de poser des questions. J'acquiesce simplement et me lève lentement pour les suivre.
Le trajet est tout aussi silencieux que le précédent, mais quelque chose me semble étrange. Ce n'est pas le chemin habituel pour aller à l'hôpital. Pourtant, je ne dis rien. Peut-être qu'ils savent ce qu'ils font, eux.
Quand la voiture s'arrête, je relève les yeux. Ce n'est pas un hôpital. C'est un petit bâtiment beige, sans grande enseigne, avec juste une plaque discrète près de l'entrée.
— Où est-ce qu'on est ? je demande, une pointe de panique montant dans ma voix.
— Éliséa, commence mon père, essayant d'adopter un ton rassurant. On veut juste que tu parles à quelqu'un. Quelqu'un qui peut t'aider.
Je reste figée. Une psy. Ils m'ont amenée chez une psy.
— Je n'ai rien à dire, je murmure, la gorge nouée.
— Essaie, s'il te plaît, insiste ma mère. Ce n'est qu'un rendez-vous. Si tu n'aimes pas, on n'insistera pas... mais fais-le pour toi.
Fais-le pour toi. Ces mots résonnent en boucle dans ma tête alors que je descends de la voiture, les jambes lourdes.
À l'intérieur, la salle d'attente est étrangement calme, presque oppressante. Les murs sont couverts de photos de paysages apaisants, mais ça ne fonctionne pas. Je me sens comme une étrangère, un intrus. Mes parents remplissent un formulaire à l'accueil pendant que je reste assise, immobile, le regard perdu dans le vide.
Quelques minutes plus tard, une femme aux cheveux courts et au sourire doux apparaît à la porte.
— Éliséa ?
Je lève les yeux vers elle, mais je n'arrive pas à bouger. Ma mère me touche légèrement l'épaule pour m'encourager. Je me lève enfin, les jambes tremblantes, et je la suis dans une petite pièce.
La pièce est chaleureuse, avec des coussins colorés et des étagères remplies de livres. La femme s'assoit dans un fauteuil face à moi, me laissant le choix de m'installer où je veux.
— Bonjour Éliséa. Je m'appelle Nathalie. Tu peux t'asseoir où tu te sens le mieux.
Je m'assois sur le bord d'un fauteuil, les mains serrées sur mes genoux. Je me sens si petite, si insignifiante dans cette pièce.
— Est-ce que tu sais pourquoi tu es là ? me demande-t-elle d'une voix douce.
Je secoue la tête, incapable de répondre.
— Tes parents s'inquiètent pour toi, continue-t-elle. Ils veulent que tu aies un espace pour parler. Un endroit où tu peux exprimer ce que tu ressens, sans crainte de jugement.
Je baisse les yeux, les larmes me piquant.
— Je ne sais pas quoi dire, je murmure enfin.
— Ce n'est pas grave, répond-elle avec patience. On peut commencer doucement. Tu peux me parler de ce que tu veux, ou de rien du tout.
Le silence s'installe. Un silence lourd, pesant. Mes pensées s'embrouillent, se bousculent. À quoi bon parler ? À quoi bon expliquer ce que je ressens quand je ne le comprends même pas moi-même ?
— Parfois, j'ai l'impression... de ne pas être vivante, je finis par avouer d'une voix cassée.
Elle ne dit rien, mais je sens son regard attentif sur moi.
— Comme si tout autour de moi était flou. Comme si... je ne faisais que traverser les jours sans vraiment exister.
Les mots sortent, malgré moi. Je ne sais même pas pourquoi je les dis. Peut-être parce que c'est plus facile de parler à quelqu'un qui ne me connaît pas.
— Ça doit être très difficile, dit-elle calmement.
Je hoche la tête, incapable de répondre.
— Éliséa, tu es ici parce que tu comptes. Parce que ta vie a de la valeur, même si tu ne le vois pas en ce moment.
Ces mots me frappent comme une vague. Je voudrais les croire. Mais c'est difficile.
Quand la séance se termine, je sors de la pièce, épuisée, comme si j'avais couru un marathon. Mes parents m'attendent à l'accueil, et je lis l'espoir dans leurs yeux.
Mais moi, je me sens toujours perdue. Toujours vide.
De retour à la maison, mes parents ne disent pas un mot, mais je vois leur détermination. Ils montent dans ma chambre, me demandant de rester dans le salon. Une demi-heure plus tard, ils redescendent.
— Nous avons retiré tout ce qui pourrait te blesser, dit mon père avec gravité.
Ma mère ajoute, plus doucement :
— C'est pour ton bien, Éliséa. Pour que tu sois en sécurité.
Je ne réponds pas. Je me sens encore plus vide. Ils ne comprennent pas que ce n'est pas une question d'objets, mais de ce que je ressens à l'intérieur.
Je monte dans ma chambre, le cœur lourd. Tout semble si différent, si dépouillé. Il ne reste que mon lit, mes livres, et mon téléphone. Je m'assieds sur mon lit et, sans réfléchir, je prends mon téléphone.
En ouvrant l'application Pronote, je vois une note en rouge : Absente le lundi 10 novembre.
Je reste figée en lisant ces mots. Une absence. Pourtant, ce n'est pas une simple absence. J'aurais préféré que ce soit ma dernière. J'aurais voulu qu'ils écrivent autre chose, quelque chose comme définitif.
Mais non. C'est juste une absence. Comme si rien n'était vraiment arrivé. Comme si je n'avais pas essayé de partir.
Je repose le téléphone et m'allonge sur mon lit, le regard fixé au plafond. Le vide m'envahit à nouveau, plus fort que jamais.
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Rien à perdre
Teen FictionÉliséa, accablée par le harcèlement, se rend dans une forêt, prête à tout arrêter. Mais quand elle se retrouve face à un garçon étrange, ses certitudes vacillent. Pourquoi Jian l'a-t-il sauvée ? Et pourquoi, pour la première fois, elle doute de sa d...
