Quand je rentre à la maison, il fait presque nuit. Le ciel est rouge-orangé, mais je ne le vois même pas vraiment. J'ai l'impression d'être dans une bulle. Vide. Comme si le monde avançait sans moi. Je referme la porte derrière moi, et l'air chaud de l'intérieur me frappe. Ça devrait être réconfortant, mais ça ne l'est pas.
Je pose mon sac lourdement dans l'entrée et m'avance jusqu'au salon. Ils sont là, comme d'habitude : ma mère, concentrée sur son tricot, et mon père, perdu dans son téléphone. Ils ne me remarquent même pas au début.
— Euh... Je peux vous parler ?
Ma voix est faible, comme si elle n'était même pas la mienne. Ma mère relève les yeux, surprise, et mon père pose son téléphone.
— Bien sûr, qu'est-ce qui se passe ?
Ils ont l'air sérieux maintenant, un peu trop peut-être. Ça me met encore plus mal à l'aise. Je m'assois sur le bord du canapé, les jambes serrées, les mains moites. J'hésite un instant. Je devrais peut-être juste laisser tomber, remonter dans ma chambre et faire comme si de rien n'était.
Mais non. Il faut que je le dise.
— Je vais pas bien, je commence, les yeux baissés.
Un silence. Je sens leurs regards sur moi, mais je ne les regarde pas.
— À l'école, ça se passe mal. Enfin, non, c'est pire que ça. Je... je me fais harceler.
Ma voix craque sur le dernier mot. C'est comme si tout explosait d'un coup. Les images, les mots, les rires moqueurs, tout remonte à la surface.
— Ils m'insultent, ils rigolent, ils me poussent. Et les profs s'en foutent. Personne ne fait rien.
Ma mère lâche son tricot, et son expression change. Mon père, lui, devient tout rouge.
— Et ça fait des mois que c'est comme ça. J'ai plus d'amis, plus personne. Je vais à l'école, je rentre, et c'est tout. Y'a rien d'autre.
Ma voix s'éteint, et je me rends compte que je tremble. Je lève les yeux et je vois que ma mère a les larmes aux yeux. Mon père, lui, serre les poings.
— Pourquoi tu ne nous as rien dit ? demande ma mère, d'une voix tremblante.
Je hausse les épaules, incapable de répondre.
— Parce que... Parce que je pensais que ça changerait rien.
Mon père se lève d'un coup, énervé, et commence à marcher dans la pièce.
— Ces gamins... Ces petits cons ! Et les profs, franchement, c'est quoi leur problème ?!
Il passe une main dans ses cheveux, agacé. Je reste là, immobile, à attendre que ça passe.
— Je veux tout recommencer, je dis d'une voix basse, mais ferme.
Ils se tournent vers moi, surpris.
— Comment ça ? demande ma mère.
— Je veux partir d'ici. Changer de ville, changer d'école. Je peux plus rester là.
Mon père se fige, et ma mère échange un regard avec lui. Comme s'ils savaient déjà quelque chose.
— En fait, commence mon père, on a déjà réfléchi à ça.
Je plisse les yeux, pas sûre de comprendre.
— Quoi ?
— J'ai eu une proposition de poste dans une autre ville, il y a quelques semaines. À Lyon. On en a parlé avec ta mère, mais on n'était pas sûrs... On avait peur que ça te fasse de la peine de quitter tes amis.
Je ris. Un rire amer, presque cruel.
— Des amis ? J'en ai plus.
Ça sort plus brutalement que je ne le voulais, mais c'est la vérité. Mon père soupire et se rassoit à côté de moi.
— Bon, écoute. Si c'est ce que tu veux vraiment, on peut partir.
— Sérieusement ?
— Oui. Ce sera un appartement, par contre. Ce sera plus simple d'être au centre-ville.
Je reste silencieuse, essayant d'imaginer cette nouvelle vie.
— On pourra chercher un appartement dès la semaine prochaine, ajoute ma mère.
Je les regarde, presque incrédule. Tout ça me semble irréel.
— Ça veut dire qu'on déménage vraiment ?
— Oui, confirme mon père. Si c'est ce que tu veux, on part.
Je hoche doucement la tête. Je ne sais pas trop quoi ressentir. Du soulagement, peut-être ? Une part de moi a encore peur. Et si ça ne changeait rien ? Et si je restais cette fille brisée, même ailleurs ?
Mais je veux essayer.
Quand je monte dans ma chambre, je me regarde dans le miroir. Mon reflet est toujours le même: fatigué, terne. Mais ce soir, il y a quelque chose. Une petite lueur, un espoir.
Peut-être que Lyon sera différent. Peut-être que ce sera enfin le début de quelque chose.
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Rien à perdre
Подростковая литератураÉliséa, accablée par le harcèlement, se rend dans une forêt, prête à tout arrêter. Mais quand elle se retrouve face à un garçon étrange, ses certitudes vacillent. Pourquoi Jian l'a-t-il sauvée ? Et pourquoi, pour la première fois, elle doute de sa d...
