Stiles avait toujours été très bon pour cacher son mal-être mais ce soir-là, il fut un piètre comédien. Il se donna néanmoins à fond, comme toujours, même si c'était plus difficile que d'ordinaire. Parler ne lui avait vraiment pas fait du bien et c'était là la conclusion à laquelle il était arrivé lorsque Peter et Isaac avaient finalement daigné partir après une discussion interminable pleine de conseils qui lui paraissaient complètement stupides. Stupides car, à ses yeux, irréalisables. Il avait l'impression qu'ils sous-évaluaient la gravité de la situation, de la déchéance sinistre de Derek et de l'autodestruction silencieuse d'Eli.
Alors qu'il préparait le dîner – il avait déjà jeté un peu de ce qu'il avait fait tant il était peu satisfait de sa préparation –, Stiles songea à leur proposition, celle sur laquelle ils s'étaient tout de suite mis d'accord... Et qu'il trouvait complètement stupide. Il avait là une preuve supplémentaire du fait qu'Isaac et Peter étaient hors réalité.
Non parce qu'ils pensaient sérieusement que partir en vacances aiderait Derek à guérir, changerait les idées d'Eli et resserrerait leurs liens avec lui, Stiles.
Il soupira. Des idiots. Adorables et dévoués, certes, mais des idiots quand même. Il fut alors surpris par une réaction instinctive de son corps qui le fit se figer un instant. Lorsqu'il se reprit, il agit pour faire disparaître la preuve de ce qui n'était rien de moins qu'un moment de faiblesse dû à ces confessions qu'il n'aurait pas dû faire.
Car maintenant, les vannes étaient ouvertes et elles ne semblaient pas prête à se refermer. Il s'agissait d'une complication supplémentaire dont Stiles se serait bien passé.
Alors voilà pourquoi il s'essuya les yeux de façon si vive : parce que des larmes témoignant de sa détresse y avaient élu domicile. Par chance, il réussit très vite à stopper ce qui, s'il n'avait rien fait, se serait transformé en un torrent dangereux.
Aux alentours de vingt heures, le repas était prêt mais Stiles dut faire face à un nouveau coup contre lui lorsqu'il vit Derek dormir, encore. Eli lui conseilla distraitement de le laisser se reposer et de le faire manger plus tard. C'est donc uniquement avec son fils que l'hyperactif passa un petit moment. Petit, parce qu'Eli sortit vite de table. Ces temps-ci, il faisait en sorte de se dépêcher pour retourner dans sa chambre. Officiellement, c'était parce qu'il avait des choses à faire, du travail pour le lycée.
Mais Stiles savait que la vérité, c'est qu'il voulait simplement s'isoler et, de ce fait, s'éloigner de lui. Sans doute Eli pensait-il retrouver le bonheur ainsi, ou du moins quelques-unes de ses miettes. Stiles considérait qu'il avait tort mais fort de son désir de lui faire plaisir, il passa une nouvelle fois l'éponge à la différence que cette fois-ci, sa peine fut trop dure à retenir.
C'est les mains tremblantes qu'il débarrassa la table et rangea la cuisine. Ces activités-là, qui avaient tendance à le détendre puisqu'elles lui occupaient autant l'esprit que le corps, lui apparurent plus difficiles que d'ordinaire. Était-ce parce qu'il avait la gorge serrée ? Que ses yeux s'embuaient à nouveau ? Qu'un poids étrange mais massif semblait s'abattre progressivement sur lui ? L'homme ne saurait définir exactitude la raison de ce changement pesant. Le fait est qu'il s'efforça d'aller vite pour cacher sa peine à son fils si celui-ci venait à revenir à la cuisine pour une raison quelconque.
Vers vingt-deux heures, il allait mieux, du moins en apparence. Disons qu'il avait retrouvé un contrôle passablement satisfaisant et que ses yeux ne brillaient plus – ils n'étaient pas non plus rouges. Cela lui suffit pour réveiller Derek et faire en sorte de lui faire manger un morceau de la part du repas qu'il avait gardée pour lui. Mais contrairement à d'habitude, Stiles ne fit pas son maximum pour être parfait. Il était las, fatigué, peut-être même épuisé... Et relativisait en se disant que de toute façon, Derek allait bien trop mal pour remarquer ce genre de futilités le concernant.
Stiles retourna dans la cuisine par habitude mais ne trouva rien de constructif à faire, pour la simple et bonne raison qu'il était ailleurs. Il monta alors à l'étage s'enfermer dans son bureau – qui était accessoirement aussi celui de Derek. La pièce était composée d'une très large bibliothèque courant sur les murs. A gauche, l'espace du loup-garou. A droite, celui de l'hyperactif. Voilà où ils s'installaient lorsqu'ils avaient à travailler sur différents projets. Ils aiment beaucoup s'y retrouver parce qu'ils pouvaient faire ce qu'ils avaient à faire tout en se regardant, leurs deux bureaux se trouvant l'un en face de l'autre. Il s'agissait d'une disposition particulière qui leur convenait parfaitement – ils n'en changeraient pour rien au monde. Assis sur sa chaise ergonomique, Stiles fixa son homologue vide de la présence de son époux. Quand reviendrait-il s'assoir ici ? Quand retrouveraient-ils cette complicité si singulière et leurs habitudes les plus ridicules ? Et à nouveau, alors qu'il ne les attendait pas, les larmes se frayèrent un chemin jusqu'à ses joues. Elles étaient peu nombreuses, mais pas moins puissantes dans leur symbolique. Il craquait désormais à la moindre pensée tournée vers l'hier qu'il convoitait tant.
Mais l'hier en question faisait partie du passé et le passé n'était jamais présent.
Finalement, ce furent plus que des larmes qui vinrent perturber l'humain. Les sanglots s'invitèrent dans la danse, secouant son corps sous des assauts indésirés durant un moment si long que Stiles eut du mal à y croire lorsque cela daigna enfin s'arrêter, pour reprendre de plus belle un moment plus tard. Cette fois, il se retenait moins et ce, de façon conscience : il était à l'étage et les murs étaient épais... Justement pour éviter que le moindre bruit dérange l'ouïe sensible de Derek et d'Eli. La maison avait été pensée de façon logique et l'isolation sonore, renforcée, en particulier à l'étage.
Un peu plus tard dans la soirée, Stiles sortit du bureau. Il avait cette fois les yeux un peu rouges, mais après s'être regardé dans le miroir de la salle de bain, il considéra que ça allait – on pouvait confondre ce phénomène avec une simple sècheresse oculaire. Il se brossa rapidement les dents et prit la direction de la chambre qu'il partageait avec Derek. Alors qu'il descendait les escaliers, il songea à Isaac et Peter. Ils étaient mignons, gentils, ils avaient cru bien faire... Mais Stiles se rendit compte qu'il avait vraiment eu tort de les écouter, même momentanément. Tort de laisser sa propre peine prendre le dessus. Il fallait qu'il se reprenne vite, sinon... Le rôle qu'il se devait de tenir perdrait de son cadre, de sa crédibilité. Et puis l'intégralité du château de cartes s'effondrerait.
Mais Stiles savait se montrer positif, lorsqu'il trouvait une chose possible. Alors, il se convainquit du fait qu'il pouvait y arriver. Il prit alors son problème à l'envers, de sorte à l'arranger de la façon qui lui plaisait le plus. Il se dit donc qu'il avait craqué, que c'était humain, certes. Maintenant, c'était fait : le trop-plein était évacué même s'il l'avait fait contre son gré. Il était donc temps qu'il se remette en selle. Il lui fallait juste une bonne nuit de sommeil auprès de son homme, car même si Derek n'était plus complètement présent, le simple fait qu'il soit vivant le motivait à avancer et rendait son calvaire personnel un peu moins dur.
Stiles ressentit toutefois une appréhension inhabituelle lorsqu'il se retrouva devant la porte de la chambre. Mais fort de sa résolution de mettre ses doutes et faiblesses de côté, il s'efforça de l'écarter d'un revers de pensée. Il jeta un coup d'œil à son homme : il dormait toujours. Tant mieux, pensa-t-il, soulagé malgré lui. Ainsi, il se déshabilla rapidement et se glissa sous les draps avant d'éteindre la lampe de chevet qu'il laissait toujours allumée en son absence. Derek avait besoin de lumière, lorsqu'il n'était pas à ses côtés, pour reprendre pied avec la réalité à la sortie d'un cauchemar.
Sauf que cette fois-ci, c'est de l'obscurité que le loup-garou se servit. Parce qu'à la seconde où elle envahit la chambre, il ouvrit les yeux.
Si la lumière était allumée et si Stiles n'était pas dos à lui, il aurait vu dans ces prunelles claires une peine incroyablement lourde. Lourde, parce que Derek la retenait depuis des heures et qu'elle n'avait fait que s'accentuer ce soir-là. Etouffante, aussi.
Parce que même si Stiles ne pleurait plus depuis un moment, il entendait encore ses sanglots de l'après-midi déchirer ses entrailles et ceux de la soirée, les ronger en profondeur.
VOUS LISEZ
Us
FanfictionHISTOIRE POST FILM Beaucoup de choses ont changé mais les souvenir continuent de vivre... Même après la mort. (Sterek) CREDITS : - TW = Jeff Davis - Histoire = moi - Header = moi
