Assis sur l'herbe, à côté de sa tombe, je lui raconte ma journée comme tous les jours depuis son départ. Je l'informe de ce qui se passe pour tous ses proches, et ce qui se passe pour moi, surtout au garage, mon nouvel emploi. Malheureusement, je suis interrompu par Jared, et même si au début je ne décroche pas, je fini quand même par lui répondre, après son troisième appel.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demandais-je en décrochant.
- Eden est à l'hôpital !
- Quoi ? Comment ça ?
- Elle va accoucher Embry ! Elle est arrivée aux urgences hier, Paul nous a appelé pour nous dire que c'était prévu pour maintenant.
- D'accord j'arrive.
- Fais attention a toi.
- À tout de suite, dis-je en raccrochant. Je suis désolée mon coeur, je reviens très vite. Je t'aime.
Je replace les fleurs sur la stèle de ma femme, lui dit un dernier aurevoir et cours jusqu'à ma voiture afin de rejoindre l'hôpital le plus vit possible. Courant dans les couloirs, je rejoins rapidement les garçons et leurs compagnes dans la salle d'attente. J'embrasse les filles, et sert la main des garçons que je n'ai pas vu ce matin. Jared me tient au courant de toutes les nouvelles que j'ai manquées, grâce aux messages que lui envoie Paul. Regardant la salle d'attente sous tous les angles, je ne peux m'empêcher de repenser à la dernière fois où j'ai du venir ici. Me voyant paniquer, Emilie vient me serrer contre elle, me rassurant de sa présence.
En attendant l'arrivée du nouveau né, je prends place sur la chaise libre aux côtés d'Ezequiel, le papa d'Eden.
- Bonjour Monsieur Marshall, dis-je en m'asseyant.
- Salut Embry, tu vas bien ? Eden m'a dit ce qui était arrivé a ta femme, toutes mes condoléances.
- C'est pas la grande forme, mais je me dois de tenir, pour ma femme et, surtout pour ma mère.
- Tu as raison, ta maman ne s'en remettra jamais si tu venais à te laisser aller, à lâcher prise. À la mort de ma femme, j'étais comme toi. Je croyais que j'allais en mourir, que je ne pourrais jamais me reconstruire, parce que j'avais perdu ma moitié, mon âme-sœur. Moi non plus je n'avais pas le droit de flancher, parce que j'avais ma fille. Je devais être fort pour elle, pour qu'elle puisse pleurer sur mon épaule en toute sécurité et pour être là quand elle aurait besoin. Mais tout à changé, le jour ou elle a tenté de se suicider.
- Quand je me suis retrouvé seul avec Lou, j'avais peur qu'on perde cette complicité qu'on avait toujours eu tous les deux. Alors j'ai fait deux fois plus d'effort pour lui montrer et lui prouver que quoiqu'il arrive j'étais là pour elle. J'avais tellement peur que ma fille perde son seul autre parent que j'ai oublié que c'est moi qui pouvais la perdre... Cette nuit-là, quand je suis rentré chez moi, je me suis saoulé, j'avais cette voix en moi qui me disait que j'avais tout foutu en l'air, que c'était ma faute, que j'avais tout perdu. Je revois encore le visage de ma femme, elle était tellement déçu que j'avais l'impression de la perdre à nouveau. J'étais tellement alcoolisé que j'ai voulu prendre une boite de somnifère, pour être tranquille l'espace d'un instant. Mais je suis tombé sur une photo de nous trois, et tout m'est revenu d'un coup. J'ai jamais autant pleuré de toute ma vie.
- Qu'est-ce que vous avez fait ?
- Je me suis repris, et je me suis souvenu d'une promesse que j'avais faite à mon épouse le jour où Eden est venue au monde.
- Celle de ne pas faire de bêtises si jamais un de vous venait à disparaître ?
- Je vois que tu as passé la même promesse, dit-il avec un petit sourire.
- Comment on fait pour vivre après ça ?
- Je ne sais pas si on peut appeler ça vivre, pour moi ça ressemble plus à de la survie. Tout ce que je sais, c'est simplement qu'avec le temps la douleur, certes, ne disparaît pas mais elle va s'atténuer. Et j'aimerais vraiment te dire qu'on s'habitue, mais pour être franc, je n'en suis pas sûr.
- Je vous trouve courageux, vous en parlez avec tellement de facilité, je vous envie. A chaque fois que j'essaye de parler d'elle ou de prononcer ne serait-ce que son prénom, j'explose.
- Tu y parviendras Embry, pas maintenant, peut-être même pas dans 5 ans, mais un jour tu parleras d'elle avec un sourire sur les lèvres.
- Elle vous manque ?
- Plus le temps passe, plus elle me manque.
- Est-ce que pour vous c'est pareil ? Est-ce que vous aussi, être ici vous angoisse ? Demandais-je les larmes aux yeux. J'ai l'impression de revivre son départ à chaque seconde qui passe.
- J'ai toujours détesté les hôpitaux, j'ai vu ma moitié s'éteindre et j'ai vu ma petite fille se battre pour vivre, c'est un endroit qui m'apporte tellement d'anxiété que cela me donne envi de vomir. Et toi, Embry, tu vis la même chose, tu as perdu ton épouse ici même, c'est normal ce que tu ressens.
- Excusez-moi de vous déranger mais je viens chercher Monsieur Marshall et Monsieur Call, interrompt le médecin. Messieurs vous êtes attendus en chambre 271.
- Pourquoi moi ?
- Viens mon garçon, allons chercher les réponses à la source, dit-il en me souriant, un bras autour de mes épaules.
Ezequiel entre en premier dans la chambre de sa fille, quant à moi je reste un peu en retrait, préférant laisser le papi découvrir son petit fils. Eden me sourit, en me demandant de venir vers elle, je la prends dans mes bras la félicitant du beau travail qu'elle a fait. Elle embrasse ma joue et m'encourage à prendre son fils dans mes bras.
- Prends le, me dit Paul, son fils collé à lui.
- Je peux ?
- Bien sûr que tu peux.
- Il est incroyablement beau ce petit, dis-je en le prenant dans mes bras.
- Tout le portrait de son père.
- Pas du tout, il ressemble à son papi. Un pur Marshall.
- Alors, comment vous l'avez appelé ?
- Lou, il s'appelle Lou Sam Lahote.
- Lou ?
- Je voulais rendre hommage à ma meilleure amie, et à la plus belle personne que j'ai rencontrée.
- Ça lui va bien, très bien. Elle aurait peut-être trouvé ça niais, mais elle aurait adoré l'idée.
- J'ai pensé pareil. Mais j'avais besoin de faire quelque chose pour elle, pour qu'on se souvienne d'elle, qu'elle reste à jamais auprès de nous.
- Je trouve que c'est une bonne idée..
- Bon c'est vrai que la situation est un peu ironique, vu qu'il se prénomme Lou et qu'il a des gênes Quileutes mais ce n'est qu'un léger détail.
- Un léger détail que Jared se fera un malin plaisir à lui rappeler, lui dis-je en rigolant.
- Vous aviez pas autre chose à lui dire à ce jeune homme ?
- Papa..
- Il a raison, Eden et moi on voulait te demander si tu accepterais d'être son parrain ? Sa personne de confiance.
- Vous avez pensé à moi ?
- Bien évidemment, en plus, il n'y a pas d'Embry sans Lou. C'était une évidence pour nous.
- Alors tu acceptes ?
- Carrément !
Je donne le mini Lahote à son grand-père, pour serrer Paul dans mes bras avant de faire pareil avec ma meilleure amie. Je les remercie encore et encore d'avoir pensé à moi pour ce rôle mais surtout d'avoir pensé à Lou, à lui rendre hommage de la plus belle des manières. Elle aurait trouvé la situation hilarante.
Je veux que tu saches mon ange, que ce petit bonhomme connaîtra tout de toi, et je sais qu'il t'aimera autant que nous l'avons fait.
On ne t'oublie pas, jamais.
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Le temps de vivre
FanfictionLou a toujours su qu'elle mourrait jeune, alors quand le médecin lui a déclaré un cancer du pancréas, elle a simplement hoché la tête en affichant un petit sourire. Elle n'a jamais eu l'espoir de dépasser sa vingtaine mais lorsqu'elle fait la rencon...
