Quand Elian annonça à Maxime qu'il rejoignait la résistance, et qu'il comptait sur son soutien, il fut incroyablement déçu de constater que son meilleur ami ne voulait pas quitter son maigre confort et risquer sa vie pour son pays. Alors, après une brève étreinte fraternelle remplie de rancœur, Elian disparut complètement de la circulation. Bien sûr, on posa des questions à Maxime, comme les deux larrons passaient leur temps collé l'un à l'autre, mais même sous la pression, le jeune homme ne trahit jamais son camarade. De toute façon, il n'y avait rien à trahir : certes, Maxime savait qu'Elian avait rejoint les forces de l'armée secrète, mais la milice tenant le village aussi, sinon, il n'avait aucune information à dévoiler.
Deux mois plus tard, alors que le jeune guide de montagne ramenait un groupe d'Allemands effrayés au village qui affirmait avoir vu se balader, entre les arbres du flanc nord, une créature mi-homme mi-loup : la bête décrite dans le folklore traditionnel de la région, (Maxime était d'avis que la veille laitière avait raconté trop d'histoire horrifique à ces soldats ivres, mais secrètement, il jubilait et leur disait que seule la chance les avait gardés du massacre.), un bruissement dans les fourrées attira son regard. Maxime crut reconnaître la silhouette d'Elian se mouvant dans la nature. Mais se reprit, la chose était tout bonnement impossible. Une ombre, simplement, faisait l'illusion. Le soir arriva vite, et le guide quitta la compagnie de militaire qui buvait encore pour oublier la journée atroce et les horreurs des combats.
De retour dans sa petite maison de campagne, Maxime soupira bruyamment : Combien il haïssait travailler à la botte de l'ennemi ! D'un autre côté, personne ne méritait vraiment de se perdre dans l'environnement dangereux que représentait la haute montagne, et ces soldats, bien que symboliquement représentant tous les problèmes de la France, ne restaient que des hommes obéissants. Soudain, on frappa à la porte. Étonné, légèrement inquiet, Maxime ouvrit et tomba sur une scène glaçante. Elian et un inconnu portaient un corps, masse lourde, inanimée. Sans réfléchir, il s'effaça dans l'entrée pour les laisser passer et s'empressa de débarrasser sa table à manger pour qu'on puisse y déposer le troisième homme, mal au point. Pendant que Maxime s'occupait de lui, les deux autres se disputaient dans la cuisine.
- Tu l'as vu comme moi cet après-midi, faire ami ami avec ces stupides boches ! Tu confies la vie de Manas à un saleté de collabo.
- Je lui confierai la mienne sans hésiter une seule seconde ! Rétorqua farouchement Elian, les joues rouges de colère. Djilsi semblait oublier que s'il était le meilleur ami du blessé grave, lui en était l'amant. Bien sûr qu'il savait ce qu'il faisait : tout pour le sauver, pour lui éviter la mort. Maxime, tout tremblant, se dévoila dans l'encadrement de la porte, fixa l'inconnu d'un air déterminé et annonça fébrilement :
- Je suis peut-être un lâche, mais un collabo, certainement pas, jamais. Les yeux d'Elian brillèrent de fierté et de reconnaissance.
- Comment va-t-il ? Murmura le résistant en espérant que le changement de sujet calmerait l'animosité présente dans l'atmosphère.
- Je ne sais pas, avoua-t-il honteusement, mes connaissances en médecine s'arrêtent à cette formation de guide de montagne que nous avons suivi au collège... Mais j'ai désinfecté la plaie comme il semblait bon de le faire, et je l'ai ensuite bandé pour éviter que de nouvelles bactéries n'y pénètrent. Maintenant, il se repose, nous verrons demain.
- On ne reste pas, c'est trop risqué, glacial Djilsi affirma. Il craignait trop que le plus petit ne les dénonce.
- Pour aller où ? Sid, réfléchis s'il te plaît, on ne peut pas encore déplacer Manas, ses plaies vont s'ouvrir à nouveau et on ne sait pas s'il survivra en perdant plus de sang, raisonna le meilleur ami de Maxime.
Finalement, l'autre capitula, non sans râler longtemps. Les retrouvailles avec Elian furent agréables, malgré les grognements de mécontentement de son camarade de maquis. Maxime leur proposa la chambre de l'étage, car la fenêtre donnait sur le toit en pente de la grange et leur assurait une sortie de secours en cas de perquisition de la maison de Maxime. Il s'agissait de la chambre d'adolescent du garçon, Elian et lui avaient souvent fait le mur pour rejoindre des soirées entre amis plus jeunes. Alors Djilsi se laissa convaincre.
Toute la semaine, les trois résistants restèrent cachés chez le guide de montagne. Il continua à travailler comme d'habitude pour ne pas éveiller les soupçons des Allemands et décida d'entamer ses provisions secrètes qu'il conservait au cas où la situation empirerait pour nourrir la bande plutôt que de risquer de se faire prendre à voler une quantité plus grande au magasin que celle lui étant autorisée.
Manas se réveilla le vendredi, toujours profondément blessé, il n'arrivait pas à prononcer une seule phrase complète, mais la vie dans ses yeux suffit à ses camarades pour être rassuré. Ils ne le perdraient pas ! Après le réveil de son ami, Djilsi s'adoucit face à Maxime. Une reconnaissance silencieuse qui se traduisait donc par des gestes : le résistant aidait pour les tâches quotidiennes tant qu'elles ne l'obligeaient pas à se mettre en danger. Ainsi, il faisait la vaisselle et aidait parfois à préparer le repas, mais ne sortait jamais étendre les draps pour ne pas se faire voir.
Bientôt, trop tôt, le trio dut repartir. Maxime sentit une pointe de tristesse l'envahir. Comme il se sentait seul dans cette maison sans Elian, il ne s'en rendait compte que maintenant qu'il s'apprêtait à perdre son ami une nouvelle fois. Et il s'était senti si utile cette semaine ! Maxime n'hésita pas, sur le seuil de chez lui, à affirmer qu'il voulait prendre part à la résistance maintenant. Il comprenait l'importance de l'engagement. Elian hocha la tête avec enthousiasme, prêt à lui indiquer de les suivre, mais Djilsi réfréna sa joie et ordonna à Maxime de continuer à agir comme avant. À l'oreille d'Elian, il murmura quelques mots sur ses compétences de guide de montagne et la présence de la frontière si proche du village, le regard du meilleur ami de Maxime s'illumina de compréhension. Il acquiesça dans un sourire et promit à Maxime qu'il recevrait bientôt son ordre de mission. Un frisson ébranla la posture droite du guide de montagne, mélange de fierté et de beaucoup d'appréhension tandis que Djilsi lui offrait un sourire tendre d'au revoir.
L'espoir est une chose dangereuse mais nécessaire.
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C'est un cap
फैनफिक्शनIl existe un cap que Maxime apprécie énormément. *** J'ai décidé de rassembler tous mes textes sur Maxime Biaggi et Djilsi ici. Bonne lecture.
