Synesthésie

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Maxime n'aime pas trop sortir de chez lui. Faire un pas à l'extérieur de son appartement est une véritable avalanche de perceptions qui se mélangent dans sa tête, comme une salade de fruits dans laquelle on aurait rajouté des légumes et des boulons. Dans l'esprit du jeune homme, les différents sens, permettant d'interpréter le monde autour de lui, coexistent sans aucune barrière. Il voit les sons, entend les paysages, ressent les odeurs, et parvient même à goûter la musique. S'il trouve ça marrant parfois, de savoir que l'odeur du goudron après la pluie est orange et possède la texture de la peau d'un kiwi, la plupart du temps, ces aléatoires analogies qui se forment dans son cerveau, l'épuisent complètement : il a tant de mal à garder les pieds sur terre ! C'est la raison pour laquelle Elian s'évertue à lui proposer mille sorties chaque semaine, autrement, les deux compères ne se verraient jamais. Autrement, Maxime vivrait reclus de la société.

- Non, mon Maxou, tu n'as aucune excuse ce soir. J'ai étudié ton emploi du temps, et je sais que tu es libre. Sérieux, ça fait combien de temps que j'attends de te le présenter. C'est mon petit copain Max, tu ne peux pas rater ça. J'ai besoin de ta validation, c'est important pour moi. En plus, rajoute le garçon devançant les protestations de son ami, c'est juste une minuscule soirée, y'aura vraiment pas beaucoup de monde, et c'est chez moi, donc un environnement que tu connais.

- Raison de plus, ton appartement sent le chien mouillé, même s'il ronchonne encore un peu, au fond de lui, Maxime a déjà cédé.

- Comment ça ? Je croyais que tu m'associais à un paysage ensoleillé, et que c'est pour ça que tu avais tant tenu à devenir pote avec moi au lycée ?

- Brille pas trop mon soleil, où tu vas te brûler avec ton ego. Réplique Maxime en rougissant d'embarras. Jamais il n'aurait dû confier à son ami la bizarrerie que son esprit lui avait associé.
Bientôt, il se retrouve donc à préparer des cookies avec son meilleur ami pour nourrir les futurs invités, et doit admettre qu'il s'amuse vachement, malgré sa réticence première. Puis leurs amis arrivent doucement, Anaïs et Ben arrivent bientôt, suivit de près par Matthis, Théorus et deux inconnus.

Sa rencontre avec le mystérieux Manas se déroule dans une ambiance plutôt cordiale. Si le petit ami d'Elian paraît gentil, Maxime à l'impression dans sa gestuelle, qu'il contient une légère folie. Immédiatement, son cerveau indique violet et une odeur de croissant le prend au nez. Même s'il sait que les connexions dans sa tête tiennent du hasard et ne reflète absolument pas les personnalités des gens, Maxime trouve toujours rassurant d'entendre une bonne odeur et de voir une sensation agréable chez les gens, ça le rassure. L'infirmière de l'université par exemple, bien que très gentille, sonne pour lui d'un rouge fané avec des pics, après une consultation obligatoire pour remplir son dossier, Maxime n'avait plus jamais tenu à la revoir (ce qui est vachement idiot, parce que toutes les autres personnes de sa promotion saluaient son professionnalisme et sa douceur). Au moins, quand Elian le prend en aparté dans la cuisine pour avoir son avis, il peut affirmer avec un léger sourire que Manas paraît bien. Ensuite, ils retournent au salon avec des petits fours.

- Max, je te présente Sidjil, le meilleur pote de Manas, Sidjil, Maxime, mon meilleur pote. Elian l'introduit en le poussant doucement vers l'avant, en direction du second inconnu invité à la fête, afin de l'exhorter discrètement à s'asseoir dans le canapé. L'autre lui adresse un léger sourire qui évoque à Maxime du scratch. Alors ses mains dans un réflexe involontaire tremblent brièvement, comme si elles souhaitaient triturer un peu cette matière fantôme. Il porte une chemise verte sur laquelle ont poussé des marguerites : un son lointain de cloche résonne dans l'air.

- Enchanté mec. Sa voix à la même odeur que la lavande. Tu as l'air tout stressé, ça va ?

Délicatement, Sidjil pose une main sur son épaule. Le contact est bleu ciel. Maxime sursaute. Tout son être entre en résonance avec cette nouvelle connaissance. Voilà bien la première fois que sa perception du monde est aussi déboussolée, Sidjil est spécial. D'ordinaire, deux ou trois sens se mélangent au maximum dans sa tête, là, c'est tout son corps qui semble réagir à l'être entier de son voisin. Comme brûlé, Sidjil retire sa main de l'épaule de sa nouvelle connaissance en s'excusant. Il s'explique : ses mains sont baladeuses, dans le bon sens du terme, le gars est juste très tactile avec tout le monde, si ce n'est pas le cas de Maxime, aucun problème, il évitera à l'avenir.

- Je suis synesthète ! Maxime balaye les excuses de son interlocuteur d'une exclamation. Elian lui adresse un regard inquiet depuis l'autre côté de la table basse. Cette information sur lui, généralement reste secrète un moment face aux récentes rencontres.

- Ah d'accord... Sidjil fronce les sourcils, hésitant, il imagine une grille de maladie et pathologie de la plus grave à la plus anecdotique, en vain : il ne connaît pas ce terme scientifique. Maladroit, il demande : c'est grave ? Elian pouffe de rire, Manas qui n'est pas au courant, rejoint son meilleur ami dans l'incompréhension, tandis que tous les autres autour de la table secouent la tête en souriant.

- C'est juste intense.

- Ok ? Sidjil se contente de ça.

Autour du duo, les conversations reprennent, il paraît évident que Sidjil ne va pas fuir en courant ou se mettre à frapper Maxime. Elian offre un baiser sur la joue à son petit ami et le monde continue de tourner. Parfois, Manas essaye de monter le son de la musique d'ambiance pour encourager les corps à se trémousser, mais presque immédiatement, Matthis récupère le téléphone de ses mains et remet le volume au minimum avec un regard bienveillant en direction de Maxime. À un moment, Sidjil annonce qu'il va fumer, immédiatement, Maxime se lève et enfile son manteau pour l'accompagner.

La fumée âcre qui sort de la bouche de Sidjil enveloppe le synesthète comme dans une couverture chaude.

- En fait, je me demandais... Sidjil brise le silence après sa deuxième taffe, synesthète ça veut dire quoi. Je ne veux pas te vexer ou te forcer à parler d'un truc si tu n'as pas envie, mais juste, je me sens idiot. Le fumeur est si sincère dans sa démarche que Maxime fond, puis conte l'histoire. À la fin, son homologue se mord la lèvre et l'observe comme un alien.

- Ce n'est pas des conneries, hein. Nerveux, Maxime se sent obligé de préciser.

- Je sais, trop stylé. Donc ma voix sent la lavande ? Quand tu as sursauté tout à l'heure, le toucher provoque aussi des hallucinations ? Le dernier terme est utilisé avec tendresse. Ça change des autres fois où Maxime l'a entendu.

- Ouai, mais tu as retiré trop vite ta main, je n'ai pas eu le temps de bien voir. Le murmure provoque des frissons à Sidjil. Il s'agit d'une invitation à recommencer, il le lit dans les yeux du plus petit. Doucement, il saisit le menton de Maxime pour l'embrasser. De manière pragmatique, le jeune homme goûte les restes de la cigarette sur ses lèvres. Pourtant, c'est le ciel bleu qui vient de s'offrir à lui, complètement. Quand Sidjil recule, Maxime est sous le choc.

- Alors ?

- Je... Tu peux réessayer ? Pour être sûr ?

Sidjil rigole, réitère l'action, et accepte le mystère sous les paupières de Maxime. Il a tout le temps du monde pour essayer de deviner. Oh ! Comme Maxime remercie Elian d'avoir insisté. 

C'est un capDes histoires addictives. Découvrez maintenant