19 - Don't call me baby

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Arrivant à sa voiture, Julia cherche ses clefs dans son sac. Il commence à peser lourd sur son épaule. Julia n'entend pas Benjamin arriver derrière. Ses clefs en mains, Julia ouvre la portière de sa vieille dame et dépose son sac sur le siège passager. Une fois le sac dans la voiture, c'est au tour de Julia d'y rentrer pour enfin retrouver son chez elle après cette longue journée. Elle prend sa bouteille d'eau restée dans la voiture est en boit tout le contenu effaçant ainsi le goût et l'odeur de son renvoi.

- Julia ? commence Benjamin de l'autre côté de la portière.

La photographe sursaute. Après un temps de réflexion, elle décide de descendre la vitre. Quant à Benjamin fixant Julia, il cherche ses mots.

- Je suis vraiment désolé. J'imagine que ce n'était pas la soirée que tu avais imaginée.

- C'est le moins que puisse dire, avoue Julia plaquant l'arrière sa tête contre l'appui tête de son siège.

Essayant de se calmer, elle souffle profondément tout en fermant les yeux. Benjamin ne cesse de la regarder. Il essaye d'analyser - comme le fait un bon journaliste - ou du moins de comprendre ces dernières réactions de colère, de fermeté, d'obstination.

- Je... J'aimerai faire plus pour t'aider. Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit ? tente-t-il après des secondes de silence.

the end. - november ultra

Soudain, la jeune femme réalise qu'il n'est pas parti et qu'il propose son aide. Ses lunettes rondes glissant sur son nez, ses yeux remplis de compassion, ses petites mèches lui tombant sur le visage et son manteau remontant sur son cou, Julia imagine soudain sa vie avec lui. La Julia rêveuse est de retour. Des soirées, en hiver, au coin du feu à ses côtés. Partageant la même couverture, partageant la même maison, partageant leur vie. Des rêveries qui ne se réaliseront sans doute jamais. Elle le sait et pourtant, ne peut s'empêcher de l'imaginer.

Tout ce qu'elle fait, tout ce qu'elle touche s'évaporent. Toutes les personnes qui la côtoient un jour ou l'autre la laisseront tomber. Tout lui glisse entre les mains, tout disparaît comme le sable qui glisse entre les doigts. Les grains de sable filent dans le vent et ne reviennent jamais ou - dans le pire des cas - pour nous brûler la rétine. Les deux sont désagréables, les deux sont dangereux, les deux font pleurer.

- Monsieur Benjamin Linus... Vous êtes un être spécial.

Un petit sourire timide se dessine sur le visage de son collègue.

- Mais, j'ai peur que vous ne puissiez rien faire mon cher ami... Dois-je vous rappeler que vous partez dans quelques jours...

Les deux amis réagissent à cette affirmation par une mine triste. Benjamin baisse les yeux. Le vent se lève et fait virevolter ses cheveux. Ces deux âmes qui se sont trouvées par hasard dans un coin de rue un dimanche matin, devront se dire au revoir. Certainement pour mieux se retrouver dans un coin de rue dans quelques années. C'est ce qu'elle peut espérer de mieux. Car oui, le vent l'emmène en France, mais pour Julia, si le vent l'emmène ailleurs avant qu'il ne revienne, il sera trop tard.

Dans l'espoir de pouvoir se dire mille choses en à peine une poignée de secondes, Benjamin lève son regard vers Julia. Ni l'un ni l'autre ose briser le silence qui est apparu, ni quitter l'autre des yeux. Et ce moment dure et dure encore comme si on met sur pause un film pour mieux y voir les détails.

Quand soudainement leur téléphone sonne en même temps. Leur échange visuel se détache petit à petit pour retrouver leur téléphone respectif.

- Allô Fern ?

- Oui, patron ?

- Fern, Fern ! coupe Julia dans l'hésitation de sa meilleure amie. Je te rappelle dès que je suis à la maison.

- D'accord... Je suis sur place dans... Dix minutes, conclut Benjamin.

Les deux amis doivent se quitter maintenant et une fois pour toute.

- Bon, il semblerait que nous ayons des... Obligations.

- Malheureusement oui.

- Allons-nous nous revoir, madame Harris.

Comme pour se souvenir de leur première rencontre officielle, Adam tend sa main à travers la voiture. Julia suit du regard la main de l'homme qui se tient en face d'elle. Ses yeux, devenant de plus en plus humides, se posent sur cet homme qui aurait pu remplacer tous ses malheurs par des somptueux bonheurs. Sa main attend une réponse et l'oblige à réagir, mais Julia ne pense qu'à une chose. Elle ouvre la portière et sort du véhicule.

Le vent souffle. Les arbres dansent intensément. Face à lui, Julia fait un pas pour se rapprocher de Benjamin. L'envie irrésistible de l'embrasser la dévore. Toutefois, elle se ravise et se contente de l'étreindre fortement. L'embrasser signifiait tellement de choses. Leur vie ne serait plus la même. Leur carrière non plus. Rien que tous les deux dans le tumulte de la vie.

Versant une larme sur son trench coat, Julia sent Benjamin la serrer contre lui. Son eau de Cologne lui chatouille le nez, mais Julia résiste. Elle s'habituera à cette odeur.

Il ne peut s'empêcher d'enfouir son visage dans le creux de la nuque de son amie. C'est un moment à chérir, car il ne se reproduira pas avant un bon moment, voire jamais. Cette seule pensée fait verser à Julia un torrent de larme sur le manteau de son ami.

Presque calmée, dans un sanglot refoulé, Julia se persuade que le mieux est de lui dire adieu, à lui aussi. Elle ne peut pas le retenir indéfiniment, ni maintenant, ni quand il partira pour Paris. Son monde change et les personnes qui l'entourent vont et viennent. Elle doit continuer d'avancer coûte que coûte.

- Ne m'appelle pas, s'oblige-t-elle à demander.

À ces mots, ressentant le cœur de son ami battre plus vite, percevant l'étreinte de plus en plus forte de son ami, Julia respire une dernière fois l'odeur de son journaliste moustachu préféré. Elle s'enhardit et se détache de son étreinte à contre cœur.

- Comme tu veux Julia. Comme vous vous voulez, madame, termine Benjamin la mâchoire serrée, se retenant toute émotion et restant fort malgré la tempête.

Malgré ses efforts pour cacher ce qu'il ressent, Julia perçoit le visage triste de son cher ami.

Remontant en voiture, qui a toujours la vitre baissée, Julia démarre le contact, et comme par hasard, sa voiture qui a toujours du mal à démarrer, fait chauffer le moteur d'une traite. C'est l'heure. C'est l'heure de dire adieu, pourtant Julia ne le souhaite guère. Pour son bien et pour celui de Benjamin, c'est pourtant la meilleure solution qui lui viennent en tête. Pour éviter de créer plus de liens, plus de distance est nécessaire. Alors oui, la perte de Benjamin lui brise tout espoir retrouvé, mais, c'est la meilleure chose à faire pour continuer d'avancer, pense-t-elle.

Une fois le demi tour fait, la photographe jette un dernier coup d'œil dans son rétroviseur. Elle y voit Benjamin, son long manteau virevolte au vent, lui faire timidement signe puis remonter ses lunettes.

En réalité, Benjamin ne fait pas que remonter ses lunettes, il essuie aussi une larme qui vient de lui couler sur la joue. Puis, passe sa main de sa joue à sa moustache. Lui, le journaliste qui aime bien plus cette fille que n'importe qui d'autre, il aime son histoire, ce qu'elle est devenue. Ce qu'elle est. Ne le sait-il pas encore ou ne l'ose-t-il pas l'avouer, mais Benjamin tombe amoureux de cette femme.

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