Présentations

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Les cauchemars lui sautèrent presque au visage.

Un couloir sombre, une entrée gigantesque ; c'était la première fois que le père Liron l'emmenait au sous-sol de l'orphelinat après l'avoir recueillie ; petite fille grelottant de fièvre et de peur. L'impression désagréable que lui donnait le tunnel lui montait à la gorge, l'odeur du sang l'étouffait, lui rappelant des souvenirs qu'elle aurait aimé garder enfouis à jamais. Elle voulait s'enfuir loin d'ici, loin de cet endroit noir qui semblait se refermer de plus en plus sur elle, pour l'écraser, la réduire en miettes jusqu'à ce qu'elle disparaisse entièrement. Elle pleurnichait, suppliait. Le père Liron la retenait fermement par le bras, annihilant ses efforts pour se dégager. Malgré son nom de 'père', l'homme était relativement jeune, la trentaine tout au plus ; pourtant, le stress et la vie avaient laissés leur traces sur son visage parsemé de petites rides, quelques cheveux foncés tirants déjà sur la grisaille, le dos un peu vouté d'une scoliose. Seuls ses yeux bleus gardaient leur vivacité de jeune homme.

Il avait ouvert la porte, l'avait poussée sans ménagement à l'intérieur. La salle n'avait pas changé en huit ans : les murs dénudés, la paroi vitrée, les tables aux instruments et le bloc opératoire ; tout était identique. A l'exception que cette fois ci, quelqu'un était déjà allongé sous les lumières éblouissantes, une méchante ouverture à la jambe dévoilant l'os, la chair, du sang rouge foncé suintant de toutes parts.

Elle hurla.

« Hé ! Lara...euh, non, Kiara ! »

La jeune fille se réveilla, secouée comme un prunier par un Philip à l'air inquiet. Alarmée, sa première pensée fut que les blessures de Théo s'étaient rouvertes, mais celui-ci dormait comme un bébé.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle, incapable de voir d'où venait le problème. « Quelle heure est-il ?

-Sept heures et demie. » lui répondit un Kazimir dont l'expression reflétait celle de son ami. « Quand à ce qui ne va pas... tu bougeais dans tous les sens, tu criais... » Sa voix se fit hésitante.

Kiara se passa les mains sur le visage ; elle revoyait l'homme blessé à la place de Théo (c'est ainsi que ses amis l'avaient appelés), les gouttes de sang... ce sang qui la hantait depuis huit années. Depuis qu'elle avait perdu ses parents.

« J'ai juste fais un rêve un peu animé, » menti-t-elle, « n'y prêtez pas attention. Je suis désolée, je vous ai réveillé ?

-Quelle question ! Franchement, qui arriverait à dormir avec un tel boucan ? Et pourquoi je ne peux pas bouger...Aïeaïeaïeaïeaïe !! » grimaça-t-il alors que les liens l'empêchaient de se relever.

Ah. Théo était réveillé. Et vu que l'anti douleur semblait encore faire effet, elle avait bien fait de l'attacher.

« Bon ben, bonjour tout le monde. J'espère que vous avez bien dormi.

-A merveille. » fit le garçon d'un ton ironique. « Bref, sinon on est où ? Qu'est-ce qu'on fait là ? Et c'est qui, elle ? »

Philip et Kazimir échangèrent un regard un peu gêné de l'impolitesse de leur ami, mais Kiara ne sembla pas perturbée par son arrogance. Plutôt, elle avait un air un peu fatigué, comme si elle avait l'habitude qu'on la traite comme un insecte répugnant dont personne ne voudrait s'approcher.

« Vous êtes dans un petit village en plein milieu de la campagne qui se nomme Opter. Hier soir, je veux dire, ce matin, vous avez débarqué dans ma chambre couverts de sang et de verre et je vous ai laissé dormir ici. Ça te va comme résumé ? » Théo eut une expression outrée.

« Non mais pour qui tu te prends ?

-Théo. » coupa soudainement Philip. Sa voix était calme, mais la note d'alerte y était clairement reconnaissable.

Kiara: le glacierDes histoires addictives. Découvrez maintenant