L'étranger

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Le soleil de l'après-midi brûlait son visage jusqu'à l'incandescence. Il lui semblait que les rayons, devenus liquides, coulaient dans ses yeux, jusque dans les moindres recoins de son cerveau, consumant tout sur leur passage. Il n'était plus capable d'émettre la moindre pensée. Tout se mêlait dans la lumière rouge. Un filet de sueur coulait dans son dos, le collant un peu plus à la chaise sur laquelle il s'appuyait déjà désespérément dans son malaise. Il comprenait soudain le geste de Meursault sur cette plage sous le soleil trop chaud. Il se sentait capable des actes les plus absurdes, même ceux réprouvés par la morale. Plus de morale en lui, plus de pensées, juste l'idée qu'il pouvait, s'il le voulait, froidement et sans rage, planter un couteau, tirer une balle dans la tendreté répugnante d'un corps humain. Ce serait un meurtre sans mobile ni motifs, qui soulèverait la curiosité, l'incompréhension, l'effroi. Il est en effet plus facile de conjurer la peur en définissant nettement les frontières du mal (il a tué par passion) de s'en détacher en le poussant à une distance respectable (c'est un monstre, il est inhumain) que de reconnaître qu'il peut être indépendant de toute forme d'émotion, de toute raison.


Mais un nuage couvrit le soleil et il décolla son dos de la chaise en s'éventant vaguement d'une main.


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