Chapitre XII- L'attaque

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La peur est un sentiment aussi vieux que la vie sur Terre. Elle se manifeste en la présence d'un danger. Le cœur s'emballe, les yeux s'écarquillent, les muscles se contractent, la respiration s'accélèrent, le corps est secoué de tremblement, une irrépressible envie de crier nous gagne, l'adrénaline enflamme les veines, les poils se dressent, la peau devient pâle, la bouche devient sèche, la sueur perle sur l'épiderme. Tout se fige soudainement. Notre cerveau agit comme une LED rouge clignotante pour nous avertir de la menace. Le corps est figé. Il ne sait plus quoi faire. L'ouïe et la vue s'accentuent. Les oreilles sifflent. Puis...

Mes jambes foulent le sol sans attendre. Les passants, assaillis par la même émotion, se mettent à courir. La pluie me fouette le visage et m'aveugle, m'obligeant à m'essuyer en vain les yeux et de plisser les paupières. Un hurlement enragé et animal se répercute dans le stade.

Les habitants du stade me bousculent. Je suis bientôt prise dans un torrent d'être humain apeurés. Je ne peux même plus courir tant je suis compressée entre les corps. Les gens sont trop nombreux et le fait qu'ils se précipitent tous en même temps dans les souterrains provoquent forcément un bouchon. Ils poussent de plus en plus derrière. De nouveaux cris de vélocicarius. La panique gagne le troupeau et une vague de peur le secoue. Les gens se montent dessus pour passer. Les vélocicarius approchent.

Je me fais secouer dans tous les sens, ne sachant plus trop où donner de la tête. On me frappe, on me marche sur les pieds, je suis expulsée. Tous mes espoirs d'être en sécurité s'écroulent en un clin d'œil. Je dois trouver un lieu où me faufiler.

Je tourne la tête dans tous les sens. J'essaye de sortir de la foule mais je suis constamment refoulée vers les souterrains. Je retente ma chance une énième fois. Je me retrouve propulsée vers la fin de la queue. Un homme, prit par le désespoir, me prend les épaules et m'éjecte hors de la foule. Je chute dans la boue. J'essaye de me remettre sur pieds, mais d'autres personnes arrivent et me heurtent.

Je cligne plusieurs fois des paupières pour essayer de distinguer l'autre bout de la rue. Je suis prise d'un violent élan d'affolement qui me pousse en arrière. Mon hurlement sort sans crier gare de ma gorge.

Au bout, avançant à une vitesse effroyable entre les ordures constituant les maisons, les lézards s'avancent dans un unique mouvement commandé par l'envie de tuer. Leurs yeux rouges sang brillent d'un éclat meurtrier sous les éclairs.

Mon cri les a alerté. Ils s'étaient faufilés jusqu'à nous en silence mais maintenant qu'ils savent qu'ils ne sont plus incognito, les bêtes se ruent vers nous dans des rugissements. La foule s'affole et se retrouve prise dans un guet-apens.

Je me précipite sur ma droite, droit dans une habitation de fortune. Mes mains enfoncent les planches de bois qui font office de porte. Je referme derrière moi en la claquant. Mon muscle cardiaque palpite contre mes côtes comme jamais. Je peux même entendre chaque « boom-boom » frénétique. Ma respiration est trop rapide. Il faut que je me calme mais mon corps est secoué de spasmes si violents que mes dents claquent.

La bâtisse est tout en longueur. C'est un dortoir collectif à en juger les matelas et lits de camps entreposés en rang contre les murs. Il fait sombre et ma vision met un moment avant de s'accoutumer à l'obscurité. Le toit, fait de taule et de planches, est retenu par des poutres de bois ou en métal. Des filets d'eau ruissellent entre les trous de la toiture.

Le massacre commence. Je sursaute lorsque les premiers cris d'agonies de la population me vient aux oreilles, surmontés des rugissements affamés des vélocicarius. Je m'approche, les jambes vacillantes, près de la porte. Je me penche vers un orifice me permettant de voir à l'extérieur. Pourquoi suis-je poussée à regarder ? C'est comme si une force étrangère me l'ordonnait et je n'avais que d'autres choix d'obéir. Ce fut un supplice. Je déglutis même si ma gorge est asséchée.

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⏰ Dernière mise à jour : Nov 08, 2015 ⏰

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