Mon souffle flotte quelques secondes dans un nuage cotonneux puis disparaît en s’atténuant dans l'air nocturne. Mon dos commence à perdre sa chaleur, absorbée par le mur de pierre derrière moi. Je me frotte les mains vivement pour me réchauffer. Mes yeux se posent sur elles. Ce sont elles qui ont tirées sur un gamin. Elles qui tenaient ce pistolet. Je ressens encore la sensation du canon sur mon crâne, mes mains moites serrant la crosse, un doigt qui appui sur la détente, le coup de feu me vrillant les tympans, le corps du garçon glisser le long du mur laissant derrière une traînée de sang. Ce n'est qu'une simulation. Je me répète cette phrase depuis ma sortie du test il y a de cela quelques heures. Est-ce que j'ai réussi le test ? Aucune idée. Je le saurai que dans une semaine. Mais aurai-je vraiment tiré dans la vie réelle ? Je me mords la lèvre. Non. On m'aurait tuée à sa place ? Oui. Je me serai laissé faire ? Non, j'aurai tuée le Purificateur.
Je serre les poings en m'imaginant pivoter et loger une balle dans la boîte crânienne de mon supérieur. Aurai-je eut du regret ? Soudain, une étrange petite voix dans mon esprit me murmure : non. Je chasse d'un revers de la main toutes pensées noires. Juste une simulation. Les Coldiens ne tuent pas sans raisons. Nous protégeons le monde. Nous ne sommes pas des meurtriers.
Je jette un rapide coup d’œil à ma montre. Vingt-deux heures. Dans une minute et cinq secondes il allait baisser sa garde. Je me trouve dans une petite rue sombre, à l'abri des Voyeurs, juste en face de la muraille séparant les Rues Blanches et les Quartiers Noirs. Je passe tous les soirs par ce passage. La muraille est réputée pour être une vraie armure impénétrable. Mais il y a un seul défaut. Entre deux tourelles qui avaient été légèrement trop espacées, les projecteurs ne se croisent pas et donc il reste constamment une zone d'ombre. Dans cette zone, une dalle de pierre a été mal fixée et elle donne sur un tuyau qui conduit l'eau jusqu'au puits au centre des Quartiers. À une heure précise, un Patrouilleur qui fait sa ronde entre les deux parties du mur part fumer une cigarette et abandonne son poste cinq minutes. En même temps, à la même heure, l'eau ne passe plus dans le conduit pendant quarante-six secondes, ainsi le champ est libre. Je peux donc me faufiler dans le conduit, passer dans l'entre-mur, emprunter une échelle et sauter de sept mètres de haut et atterrir dans un tas de neige de l'autre côté et le tour est joué. Le retour est encore plus simple puisqu'il me faut juste me faufiler dans la cargaison d'un camion, qui passe toutes les heures, qui passe la porte de passage et ainsi je rentre dans les Rues Blanches sans me faire prendre et je rentre chez moi en toute discrétion en évitant les Voyeurs.
Le décompte se termine dans ma tête. Je m'élance à pas feutré vers la plaque. Je regarde à gauche, à droite. Je plaque mon oreille sur la dalle. Le bruit de l'eau s'étouffe jusqu'à être inexistant. Maintenant ! Je n'ai que quarante-six secondes. Je soulève la plaque et glisse mes jambes puis le reste de mon corps tout en replaçant la dalle. Le tuyau est très étroit et je ne peux pas me mettre à quatre pattes, je dois donc m'aider de l'humidité des parois pour glisser sur le dos, tirer avec les talons et tortiller mes épaules pour avancer. Par chance je suis mince, mais plus j'avance, plus le tuyau se resserre. Je dois alors plaquer mes mains sur ma poitrine, croiser les chevilles et tourner mon visage sur le côté. Dix seconde. Vite, j'accélère. J'entends le gargouillis de l'eau au loin. J'arrive en dessous de la sortie, soulève la dalle et me glisse hors du trou. Deux secondes après l'eau rafle l'endroit où je me trouvais avec force.
Je me rappelle qu'une fois j'avais été trop lente et l'eau m'avait emportée. J'avais prié pour que les conduits ne se resserrent pas plus. J'avais senti l'eau s'infiltrer dans mes poumons. J'avais paniqué et j'avais échappé de peu à la mort en tombant dans le puits et ainsi j'avais pu remonter à la surface. Mais alors pour en sortir c'était une autre affaire. Le puits était étroit. À l'époque je n'étais pas très forte niveaux abdominaux c'est pour ça que j'avais eu du mal en remontant le dos contre le mur et les jambes sur l'autre en remontant. Mais j'en étais sortie.
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Rebelle
Ciencia FicciónOlivia vit dans une société coupé du reste du monde. Capturée lors d'une attaque de Rebelles, elle doit choisir dorénavant dans quel camp elle doit se battre. Elle est alors écartelée entre le refus de croire que son peuple est l'auteur de la destru...
