Il pleuvait un torrent sur le chateau. Le tonnerre résonnait encore sur des kilomètres. Il résonnait à mes oreilles comme si j'étais prisonnière à l'intérieur et non, dans le château plusieurs pieds plus bas. Le château était balayé par des courants d'air froid. Des vents qui éteignaient les bougies, ne laissant que les flammes dans la cheminée pour chaleur et lumière. Les arbres dehors se pliaient sous ce déluge. Les branches craquaient sinistrement. La pluie ruisselait sur les carreaux, contre les pierres des façades, le long des tuiles du toit, des gouttières et végétaux dévorant l'arrière-cour. Il faisait plus froid qu'à l'accoutume. Je frissonnais un peu. Les murs glacés ne m'aidaient guère. Les marches glissaient sous mes pas. J'avais l'impression que j'allais chuter.
J'allais chuter. D'une façon ou d'une autre.
Je relevais dans ma main un plie de ma robe pour pouvoir descendre plus vite. Mes boucles volaient autours de mon visage.
Il était là. Je l'avais sentis et le sentais encore. Il était là dehors. Je me précipitais pour le rejoindre. Lui. La personne à qui je tenais le plus au monde. Mais que je haïssais tout autant. Comment pouvait-on haïr quelqu'un que l'on aime? Ma raison me soufflait de ne pas le rejoindre. Je savais qu'elle était dans le juste. Je le savais pertinemment. Mais je devais le voir.
Même si c'était la dernière fois.
Mon pied glissa sur une marche humide. Je me rattrapais de justesse au mur. J'haletais. Des boucles tombaient devant mes yeux. J'étais dans la pénombre à quelques mètres de la porte ouverte sur l'extérieur, sur la pluie et ses ''clics-clacs'' incessants. J'y jetais un coup d'œil. Il n'était pas visible. Pourtant, je le sentais. J'apparus dans l'ouverture. La pluie éclaboussait ma robe, la mouillant déjà. J'inspirais un grand coup avant de m'avancer sous ce déluge. De plus en plus vite. De plus en plus près de la forêt. Les cheveux et la robe trempés par la pluie et la boue, de l'eau ruisselait le long de mon visage, de ma peau. Des gouttes se formaient sur mes bras avant de tomber comme leurs voisines. Je courais droit devant moi. Des mèches collantes obscurcissaient ma vue. Je me sentis déraper bien avant de tomber sur le sol. Je ne rencontrais pas la boue compagne de ce temps, juste une surface lisse et imparfaite sous mes doigts. La mosaïque.
L'eau la recouvrait de plusieurs centimètres. J'étais agenouillée dessus, les mains dans l'eau. Certaines de mes boucles tombaient dans l'eau transparente. J'étais trempée. La pluie dévalait le tissus le long de mon corps. Un chat sous l'eau. Cette image me correspondait parfaitement. Ma robe en mousseline mouillée recouvrait une partie de la mosaïque.
Il était là. Je le savais. Pourtant, je ne me relevais pas. Je me retournais à peine pour détailler sa silhouette dans la bruine. Il était derrière moi à seulement quelques mètres. Quelques mètres qui étaient une vraie barrière, un vrai gouffre.
Si proche et pourtant, insaisissable.
Je me tournais lentement, les mains toujours appuyées l'une sur l'autre dans l'eau comme pour me soutenir. Aucun de nous deux ne bougea plus. Il ne m'approcha pas. Je ne l'observais plus. Le regard baissé, je laissais l'eau dévaler mes cheveux, mon visage pour retomber en troublant la surface telle la pluie alentour. Comme les larmes qui je refoulais. Le vent et la pluie ne se turent pas, replaçant tout les mots que j'aurais voulu pouvoir lui lancer. Le temps s'écoula au fil de l'eau qui pleuvait sur la terre. Je dis dans un murmure à peine audible:
-Pourquoi as-tu fais ça?
Il ne bougea pas. Je levais vers lui mon visage. Je le fixais de mes yeux bleus, gris, à demi-cachés derrière des mèches blanches.
-Pourquoi?
Il n'avait pas fait un geste. Même pas un infime mouvement. Il ne me regardait même pas. Ses yeux étaient masqués par ses cheveux bruns. L'eau en coulait sur ses épaules. Il était totalement vêtu de noir.
VOUS LISEZ
Écrits en vrac
FantasyRecueil de fragments d'inspiration. Extraits d'histoires futures, de projets en attente ou juste de mots couchés sur le papier.
