Le point de rupture.
Continuer à vivre ou se laisser emporter. Devenir l'arme qu'il avait toujours souhaité que je sois. Perdre pieds, perdre conscience. Se laisser seulement emporter par cette douce chaleur qu'il dégageait. Se laisser seulement distraire d'une vie sans intérêt. Échapper à tout ce que m'entourait. Se laisser juste happer par les ténèbres qui m'oppressaient. C'était tellement simple. Tellement tentant et facile. Juste un choix, juste une décision. Simplement une envie. Un soupir, un désir. Je n'avais qu'à formuler mon souhait à voix haute. Je n'avais qu'à lui souffler ce qu'il voulait tellement entendre. Je n'avais qu'à plonger tête la première, sans regarder derrière moi. Sans me soucier de ce que j'abandonnerais, de ce que je laisserais. De ce qui ne me manquerait pas. Ou à l'inverse de ce que je ne voulais pas perdre. Je n'avais qu'à le souhaiter...
-Arrête de résister.
Sa paume couvrait mes yeux alors que son souffle parcourait ma nuque. Sa voix rauque bourdonnait à mes oreilles occultant le reste du monde de mes pensées. Son corps chaud dans mon dos. Sa présence si électrisante, si envahissante. L'odeur du feu qui recouvrait tout. Le souffle ardent de ses langues enflammées qui rasaient tout. La fumée brulante et suffocante. Le touché dévastateur de la cendre qui volait au moindre coup de vent, même le plus infime. La sensation indomptable d'être prise au piège, de ne plus avoir le choix. De mourir lentement et à petit feu. Tout cela n'avait plus d'importance. Plus rien n'avait d'importance. Plus rien n'avait d'attrait.
En dehors du sommeil éternel qu'il me promettait. Je ne désirais plus que ça.
-Laisses-toi guider. Laisses-toi submerger...
Sa voix persifflait telle celle d'un serpent voulant me convaincre. Alors que j'avais déjà abandonné. J'avais déjà renoncé. Renoncé à me battre. Renoncé à vivre. Renoncé à ce que j'étais et ce que j'avais toujours pensé jusqu'à maintenant. Et il le savait. Il m'avait trouvé. M'avait pourchassé et malmené. Mais il m'avait aussi montré la véritable face de mon monde. La véritable laideur de ce qui m'entourait, de ceux que j'avais vainement tenté de protéger. Il m'avait ouvert les yeux. Jouant comme avec Eve du fruit du savoir, il m'avait détourné de mon chemin. Il avait arbitrairement agit pour lui. Ne pensant qu'à lui. Qu'à ses intérêts... et il avait gagné.
-Après tout... tu n'es qu'un réceptacle. Alors à quoi bon lutter?
Sa présence m'encerclait alors que je le sentais presque se mouvoir dans mon dos en la bête qu'il était réellement. Les serpents sont perfides mais aussi tellement intelligents! J'avais déjà perdu la partie avant même de la commencer. Sa main toujours pressée contre mes paupières m'empêchait de détailler une dernière fois le monde que je m'apprêtais à détruire. Son autre main se resserra autours de ma taille. Une poigne agile et forte me maintenant alors que je me sentais définitivement glisser. Je n'étais qu'un réceptacle... Je n'étais même pas humaine...
Ma vie n'avait aucun sens en dehors de la destruction que je pouvais engendrer...
Et pourtant, j'avais voulu vivre. J'avais voulu rire, chanter, danser sous l'orage, entrer dans des rages folles pour rien, aimer. Juste aimer... Et détruire.
Je m'apprêtais encore à tout ravager.
Je n'avais qu'à le vouloir. Et je sombrerais enfin dans cette quiétude à laquelle j'aspirais tant. Je ne ressentirais plus rien. Je ne verrais plus rien. Je ne sentirais plus rien. Je ne serrais plus là. Je ne vivrais plus. Je serais enfin délivré du poids de tout ce passé. Je serais enfin délivré de mes ascendances. Je serais enfin seule... sans chaines, sans attaches, sans devoirs...
-Dis-le. Souhaites-le!
Son ton pressant me ramena une dernière fois à la réalité que je quittais. Il m'encourageait une dernière fois à briser mes chaines, me poussait à bafouer mes serments, me poussait à aller jusqu'au bout. Le fin souffle de vent qui m'entourait jusqu'à maintenant se désagrégea alors qu'un souffle ardent m'emprisonnait. M'emmenant à suffoquer. Cherchant à me contrer, à me retenir. Cherchant simplement à m'empêcher de commettre l'irréparable. Entravant ma voix et mes dernières pensées limpides, balayant avec lui les derniers doutes que je tentais de repousser.
-DIS-LE!!!
Je reconnus à peine ma voix lorsqu'elle m'échappa. Je l'entendis à peine à travers les bruits alentours. Le feu dévorait toujours tout et redoubla d'enthousiasme à mon appel. Le vent brisa l'étreinte qu'il m'avait toujours accordé. J'avais chaud. Je brûlais littéralement alors que mon élément dévastateur m'échapper. Ma rage destructrice avait invoqué la partie la plus sombre et la plus dangereuse de mon autre-moi. Nous étions contraires comme complémentaires.
-Que mes faiblesses soient reconnues. Que l'échec de mon Père retentisse sous notre ciel. Que ma rage meurtrière balaye tout. Que la fin des hommes soit écrite comme le simple fait de ma volonté. Que le soleil reste à terre, que la nuit gouverne tout!
Me cramponnant à la prise du serpent, mon corps et ma conscience m'échappaient déjà alors que je n'avais pas fini mon serment. J'avais déjà suffisamment provoqué de catastrophes. Et ce que j'annonçais était encore bien pire que tout ce que la Terre avait connue jusqu'à maintenant. Mais je ne pouvais plus me retenir. Je ne pouvais plus contenir mon sang qui bouillonnait dans mes veines. Je ne pouvais plus retenir mes envies sanguinaires, mon besoin de destruction. Des cris me parvinrent de loin alors que je me rattachais une ultime fois à ce que je faisais. Les voix qui m'appelaient, m'assaillaient, m'ordonnaient d'arrêter, me suppliaient d'attendre encore un peu avant de tout bouleverser. Ces cris épouvantés par mes actes...
Tous, je les balayais. Je les repoussais. Ne les écoutant plus, je me redressais maladroitement dans les bras de mon ennemi. Bientôt...
-Nuit étends tes griffes acérées sur le monde. Retients toute âme que te croisera, trompes, châties chaque être que tu jucheras indigne de profaner ton ombre. Serpent à qui je me soumets, retiens mes dernières volontés, offre moi le repos que tu m'as promis. Que par ma disparition, le Soleil ne voit plus le jour. Que par ma volonté, tu puisses régner jusqu'à la fin des temps.
C'EST MON SOUHAIT!
-ARRÊTES!
-Et le mien.
Je devinais le sourire qui se gravait sur son visage alors que l'être que j'avais le plus repoussé me retournait dans ses bras. Simple poupée de chiffon, j'avais abandonné toutes envies, toutes possibilités de fuir, d'agir. Je n'avais plus qu'à fermer définitivement les yeux...
J'avais cédé et il avait enfin ce qu'il voulait. Un dernier cris me parvint alors qu'il posait ses lèvres déjà milles fois souillées sur les miennes. Le goût du sang se répandit dans ma bouche alors que je m'affaissais inerte dans ses bras. Des minces larmes carmins clissèrent sur mes joues comme autant d'éclats de verre traçant leur sillons dans ma peau. Les flammes devaient leurs donner une teinte irréaliste. De toute façon, tout cela était irréaliste. J'étais l'objet de ma propre perte. Et de la perte de ceux qui avaient compté pour moi. Je venais tous de les trahir.
Je ne ressentis plus qu'une explosion de pouvoir dans mon corps. Je ne sentis qu'une décharge remontant le long de tout mes membres, le longs de chacun de mes muscles tendus, parcourant chaque parcelle de ma peau avant d'éclater. Les lèvres de l'homme qui me tenaient disparurent alors que je sombrais dans les ténèbres tellement recherchées, tellement souhaitées. Tout s'effaça autours de moi. Il n'y avait plus rien. Alors que mon corps explosait en milliers de particules de lumière. Le déferlement de mon pouvoir balaya tout sur son passage. Annihilant toutes formes de vie. Détruisant tout... Par l'explosion d'une supernova.
Le feu, l'eau, l'air et la terre n'avaient plus d'importance. Tout les éléments fondateurs venaient d'être bouleversés par ma trahison. Je venais moi-même de rompre l'équilibre du monde. Je venais moi-même de choisir de tout raser.
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Écrits en vrac
FantasíaRecueil de fragments d'inspiration. Extraits d'histoires futures, de projets en attente ou juste de mots couchés sur le papier.
