Par un soir de noël...

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Il neigeait. Les flocons se balançaient au grès du vent, se collant par moment à mes cheveux. Mon visage était rougie par le froid. Il n'y avait pas beaucoup de monde dehors par ce temps. Une couche blanche recouvrait le sol d'au moins dix centimètres. Il n'y avait pas grand chose à dire sur ce qui m'entourait. Juste que c'était au bord d'un lac, que les arbres étaient tout blancs. Seules quelques branches laissaient encore paraître leur couleur verte. L'odeur des aiguilles de pins se répandait dans l'air, me chatouillant le nez.

Il faisait vraiment froid ce soir. Ce soir de Noël.

J'aurais aussi bien pu passer ma soirée chez moi, au chaud devant la cheminée. Avec ma grand-mère et mon père préparant le diner. Mon frère sur son ordi avec des observateurs. Mes sœurs jouant avec mes cousines. Ma famille à table attendant le poulet qui devait sans doute rôtir au four. Rien que d'y penser j'en salivais.

Je poussais un soupir. N'étais-je pas sortit pour échapper un peu à ça ce soir? Ne voulais-je pas me retrouver un peu seule avec ma peine? Après tout, j'étais la seule qui avait le cœur lourd le soir de noël désormais. J'étais la seule qui aurait voulu être ailleurs. Même si j'aimais l'ambiance à la maison, même si j'étais heureuse d'être avec eux, je n'arrivais pas à oublier.

Un courant d'air me fit frissonner. J'avais beau m'être couverte bien douillettement, j'avais toujours froid. Je me rapprochais du pont qui surplombait un renfoncement étroit du lac aux travers des terres. Je laissais mes gants frôler la rambarde. Le vent agitait mes cheveux. Je fermais les yeux. Je n'entendis plus que le clapotis de l'eau.

Ça faisait deux ans maintenant. Deux ans que j'avais glissais de l'autre coté de la rambarde une nuit de Noël. Nuit où il avait essayé de me rattraper.

Il m'avait rattrapé mais à quel prix?

Je rouvris les yeux. Je m'en souvenais comme si cela s'était déroulé il y a peu.

C'était ma faute... et personne ne pourrait me faire croire le contraire.

Je poussais un nouveau soupir. Comment appelaient-ils ça déjà? Ah oui! La culpabilité.

C'était peut être elle qui me rongeait le sang depuis. Mais avouez que si je n'étais pas sortie à ce moment là, je n'aurais pas chuté. J'aurais pu rester boire mon chocolat chaud comme l'aurait fait n'importe qui. Sauf que non, il avait fallu que je veuille acheter du pain d'épice pour faire plaisir à mon frère à qui je n'avais pas trouvé de cadeau. Je ne peux pas dire que ce soit sa faute. Je m'étais arrêtée sur ce pont pour profiter un peu du paysage enneigé au claire de lune. Ce dont je ne me doutais pas c'est que j'allais glisser sur du verre-glas.

On peut penser que c'est anodin. Oui, ça l'est. Mais quand on n'arrive à se rattraper. Pas lorsque l'on tombe de l'autre coté de la balustrade.

Il faut croire que je n'ai pas de chance. Un nouveau coup de vent me fit m'éloigner un peu du bord.

Oui, j'étais ''passée par dessus bord'' à ce moment-là. J'étais tombée dans le lac. Autant dire qu'à cette période de l'année, c'est presque mortel. Les lacs par ici atteignent facilement les moins dix, quinze degrés. Si ce n'est plus. Je n'avais pas réussi à me rattraper à quoi que ce soit. Je m'étais sentie attirée vers l'eau. J'avais eu peur. J'avais fermé les yeux, les serrant aussi fort que je le pouvais, comme lorsque l'on fait un cauchemar et que l'on veut qu'il s'arrête.

J'aurais aimé avoir pu dire stop. Sauf que c'était impossible. C'est à ce moment là que j'avais senti quelqu'un m'attraper et me serrer contre lui. Je n'avais pas eu le temps de réagir. J'avais juste entendu un ''Calme toi et retiens ta respiration.''

Rien de plus avant de traverser la couche de glace et de rencontrer l'eau. De l'eau gelée qui m'avait oppressé. Je ne m'étais pas attendu à ça. J'avais rouvert les yeux d'un coup. Je n'avais pu distinguer rien d'autre que du blanc, du bleu, des lumières presque fantomatiques. Je savais qu'il y avait quelqu'un, pas très loin qui m'avait tenu avant de rencontrer la morsure de l'eau. Pourtant, même en sachant cela, je n'étais pas arrivée à nager. Mes paumons n'avaient pas retenu l'air que j'avais aspiré. D'un seul coup, j'avais rejeté mon oxygène. Des bulles avaient rejoint la surface sous mes yeux brouillés. J'avais eu la sensation d'un froid mordant s'entortillant autours de moi, finissant par me geler totalement. Mon corps s'était engourdi. Le silence avait régné autour de moi.

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