Chapitre 32

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Pvd Ryan

Lorsque mes yeux s'ouvrirent enfin, le torse de Bastien me fit face.

J'étais en petite boule, tout son corps enroulé autour du mien dans une étreinte rassurante, naturelle, tel l'étreinte d'une mère à son enfant.

À cet instant, cela faisait deux semaines que le malheur était arrivé.

Mon amoureux si protecteur avait recommencé les cours et, lorsqu'il n'était pas là, je m'ennuyais affreusement, seul dans cette petite maison.

J'étais dépressif, exténué, mais déterminé à devenir "normal" pour mon amour, mon sauveur. Sans lui, je serais mort depuis longtemps...

Mort de peur, mort de honte, mort tout court.

Mon âme aurait quitté mon corps inerte en criant à la délivrance de retrouver les cieux, tel un désespéré découvrant l'amour.

Seul Bastien m'aurait pleuré.

J'étais seul au monde, dans un désert de robots contrôlés par la société.

J'étais le rebel hors normes, rejeté et rabaissé pour une différence qui faisait de lui un être humain, mais réduis à l'esclavage par la force.

Ils m'avaient écrasé au sol si durement que j'y étais scellé, incapable de me relever.

Je me souvenais de ce premier jour de lycée. Mais à ce moment, je le voyais d'une autre façon.

Je ne voyais plus cet imbécile poser son pied devant les miens, non. Je ne voyais que Bastien me proposant de l'aide, tel le prince sauvant la princesse du méchant dragon.

Je ne voyais plus le sang autour de mon corps, non. Je ne voyais que mon chéri me faire rire.

Parce que, depuis qu'il était parti, c'était la première fois que je riais, souriais.

Bastien était tout pour  moi. Mon soleil, mon sauveur, mon amour, ma vie. Lui, il était quelqu'un. Quelqu'un magnifique, parfait.

Mais moi, je n'étais rien.

Je n'étais plud qu'un rien dans un monde de tout.

Des cicatrices aux bras, aux jambes, au coeur et à l'æme étaient le chef-d'oeuvre d'une guerre trop grande pour un si petit être.

Les mots, les sons, les coups, ses mains, mes peurs, mon corps explosait sous la pression de tant de mal-être. Ma tête explosait, exposant toutes mes craintes à la noirceur soudaine de la chambre.

Recroquevillé sur le matelas, une rivière de larmes quittait mes yeux pour atterir dans l'océan qui se  remplissait sur le sol.

Un jour ma mère m'avait dit, lorsque j'étais revenu rouge de sang et bleu d'ecchymoses, mot pour mot : " Tu sais, mon garçon. Je t'aimerai toujours, peut importe ce qui peut arriver. Tu seras toujours mon bébé à moi, et je ne laisserai jamais plus quelqu'un te faire du mal mon amour. Compris ? Jamais. Tant que je serai encore sur cette stupide Terre, il ne t'arrivera rien, promis. ". Elle avait dit ces mots en me berçant, les blessures hurlantes sur mon corps inerte, réchauffé par ses bras rassurants. Pourquoi tout le monde ment ?!

Elle me manquait. Elle, son amour pour moi d'autrefois. J'avais mal, extrêmement mal, tellement mal. Je voulais à l'enfance, dans le ventre de ma mère. Lorsque rien ne comptait, que rien n'était encore créé. Ce monde heureux, chaud, rassurant, dont on m'avait arraché si rapidement.

L'insouciance me manquait. L'insouciance de la vie, des malheurs.

Mais aussi des petits bonheurs discrets qui vous frôlent le coeur, ou alors s'enfoncent brutalement à l'intérieur, nous faisant tout oublier un instant. Un instant si pure, un instant d'amour...

L'amour... Cette chose indispensable à l'être humain. Cette chose si insensée, mais pourtant si vraie.

L'amour, cette chose que tout coeur recherche et se vend inconsciemment à l'autre.

L'amour, ce truc qui vous détruit pour vous reconstruire, un travail souvent inachevé, brisant des milliers de coeurs derrière lui.

Moi, j'avais trouvé l'amour seulement deux fois dans ma vie. Bastien et... Lui.

Lui, celui qui avait conquis mon coeur avant de le briser en fracas en le jetant du haut de cette chute.

Ce jour maudit, ce jour où tout espoir de bonheur s'était évaporé de moi avec brutalité.

Il n'était plus là depuis longtemps, mais pourtant je pourrais encore sentir la sensation de ses lèvres sur les miennes, ses mains partout sur moi.

Les gens disaient qu'on fini par oublier, que ça passe. Mais je voulais encore me rappeler chaque détails de son corps fin et magnifique, de ses yeux bleus, si bleus qu'ils pourraient illuminer le ciel de leur éclat pour l'éternité, rallumer les étoiles, se moquer du soleil et remplir les océans.

De ses mains, de ses ongles qu'il rongeait frénétiquement.

De ses lèvres pleines et roses, de son petit nez.

De ses cheveux frôlants ses boucles d'oreilles, formants une auréole violette autour de sa tête.

Son visage d'ange, ses traits féminins qui le rendait si craquant.

Et, justement, il a craqué.

Notre amour caché en était trop, l'intimidation, l'harcèlement.

Il a abandonné. Il s'était jeté du haut de ces eaux tourbillonnantes, fracassantes.

Il était mort sur le coup, pas le temps de souffrir.

Je m'en étais voulu de ne pas avoir été capable de le protéger de ce monde injuste et cruel.

Ensuite, tout s'était ensuivis.

L'enterrement, où j'étais le seul à pleurer, sa énième famille d'accueil riait. Seules mes larmes avaient coulées.

Ensuite, ses connards d'intimidateurs étaient tombés sur moi, ruinant le peu de semblant de vie qu'il me restait.

Mes parents avaient renfoncé le couteau dans la plaie en me jetant dehors et, maintenant, j'étais là.

Dans cette maison, dans le lit de mon amoureux, à me rappeler un amour passé.

Et, pour une fois depuis longtemps, depuis que je sortais avec Bastien, la lame m'entaillai le bras.

Les murs s'écroulèrent, m'enfermant là, avec ma lame.

Le sang s'écoulait de mon corps.

Les yeux fermés, je ressentais cette douleur si particulière jusqu'au plus profond de mon être. Les frissons parcouraient mon corps, me faisant sourire.

Le sang teintait le lit de rouge, et je m'écroulai dessus.

Enfin, j'étais moi.

***
1. Désolé de plus que l'énorme retard, mais les  examens de fin d'année c'est l'horreur, et je viens presque juste de les commencer.

2. Presque 1000 mots dans ce chapitre.

3. OMG bientôt 10k de vues !!! Je n'y crois juste pas ! Merci, merci, merci, je vous aime troooop !!!

~Chloé xox <33333

Alone [bxb] (Terminé)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant