8 : La mort n'est pas La Mort

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Mes yeux s'ouvrirent sur deux billes vert prairie. Un garçon blond se tenait au-dessus de moi, impassible, une lame sur ma gorge. Lorsqu'il remarqua que je reprenais conscience, il desserra momentanément l'emprise qu'il avait sur son couteau, se demandant ce qu'il devait faire.

J'étais plutôt sonnée mais il ne me faisait pas peur, son visage me paraissait rassurant. Et puis, vu l'état dans lequel je me trouvais, j'étais incapable de faire quoique ce soit.

J'osais remonté mes orbes vers son visage, comme une enfant grondée. Les larmes picotants mes cils, je murmurais consciente que ma vie ne se jouait plus qu'à un fil :

- Je... Ne sais pas qui je suis, ni pourquoi je suis là, répondant ainsi à sa question muette.

- Tu ne mens pas... Mais tu ne dis pas la vérité non plus.

Le soulagement qui venait de m'envahir était redescendu en flèche.

Confuse, je murmurais une autre fois :

- Je ne comprends rien. Plus rien du tout.

Étrangement, la lame ne m'effrayait pas plus que ça. J'étais tout simplement vidée.

- Rien n'arrive par hasard, fait-il en s'éloignant de quelques pas tout en croisant les bras, ce qui eut pour effet de faire ressortir ses muscles. Surtout pas Sterbern. Et tu n'es pas là sans raisons.

Je me tue, apeurée. Il était spécial, comme l'environnement d'ici.

Peut-être était-il rester ici depuis trop longtemps ?

Prise d'un courage inattendu, je lui demandais, hésitante :

- Comment t'appelles-tu ?

- Tu crois vraiment que tu es en bonne position pour poser des questions ? dit-il d'un calme effrayant.

Je secouai négativement la tête, reprenant mes esprits. Qu'avais-je fais ? À la moindre contrariété, il pouvait me poignarder et rien ne pourrait plus me défendre.

Il sourit progressivement puis me tendis la main :

- Claimen

- Pa... Pardon ?

Claimen ? LE Claimen ? Claimen d'Émily ? Son frère ? Impossible et pourtant...

- Je m'appelle Claimen.

- Aimily est ici ? demandais-je précipitamment.

Ses yeux s'éclairèrent soudainement, bon ou mauvais signe, témoignant de sa lucidité instantanée.

- Je me rappelle de toi ! s'exclama-t-il. Tu faisais partie de leurs cadavres.

Ce mot déclencha des frissons de peur pure chez moi. La mort. Je l'avais frôlé et j'étais toujours en vie.

Étais-je plus forte que la mort ? Non. J'étais faible. Et Elle le savait. Elle m'avait laissé en vie juste pour ça. J'avais croisé Ses yeux juste un instant, un court instant et Elle avait su que rien n'aurait pu me faire plus mal que de me laisser en vie. Elle s'amusait avec moi, je peux être sûre de L'entendre chaque fois que la peur me submergera, me laissera entre la vie et Elle et me refusera au dernier moment, parce que la mort n'est pas La Mort.

La mort n'est que son action, pas Elle. La mort n'est rien, Elle est tout.

La Mort, c'est Elle que tout le monde craint. Elle que chaque Homme qui va se coucher chasse de son lit, sachant quand même que Elle viendra tôt ou tard. La Mort parvient toujours à ses fins et ni La Vie ni L'Amour ne peuvent l'en empêcher.

- Tu vas bien ? Est-ce que tu te rappelles du manège ? Les cadavres ? Aimily ?

- Non...

Je ne savais pas à quelle question je répondais, je savais seulement qu'Elle me souriait. Maintenant que j'avais compris Son jeu, elle aller encore plus se divertir, La Garce...

- J'ai la tête qui tourne, murmurais-je sans réfléchir. Je crois que je deviens complètement folle.

- Melhanye ! fit le frère d'Émily à côté de moi. Viens elle fait encore une crise.

Encore ? Quelle crise ?

Je n'ai jamais fait de crise de ma vie ! Pourquoi j'en ferai ? Je suis normale.

- J'ai pas d'maladie moi, hein ! J'suis pas une tarée moi hein ! hurlais-je soudainement. Qui a dit que j'étais folle ? Le chat à la souris ? Non ! C'est un vieux matou crasseux ! Il ment et il sent le poisson !

Une jeune fille blonde entra alors dans la salle, accompagnée d'un simple chariot. Aussitôt, Claimen s'empressa de l'aider. Enfin, plus précisément, de l'amener jusqu'à un des nombreux fauteuil vert de la pièce.

- Melhanye ! Pourquoi t'es-tu levée de ton fauteuil ? Tu pouvais très bien rouler non ?

La jeune fille regarda Claimen dans les yeux et se mit à bégayer des paroles plaintives inintelligibles. Je saisissais surtout le son "a", et je compris à cet instant-ci. J'étais déjà venue ici, et je m'étais échappée. C'est pour cela que le garçon et la fille ne me semblait pas hostiles, pour l'instant.

Melhanye était une jeune fille très belle. Ses longs cheveux blonds cascadaient en boucles épaisses jusqu'à ses reins. Ses yeux bruns à l'éclat rieurs s'étaient perdus dans ceux de Claimen, ses lèvres pâles murmuraient à présent des paroles, toujours incompréhensibles, mais douces. Son nez fin et long bougeaient au son de ses chuchotis, recouvert de tâche de rousseur.

Claimen, agacé de ne rien comprendre, la souleva une nouvelle fois et sortis de la pièce sans un mot pour moi.

Bien... Que devais-je faire à présent ? Aucune idée ne me vint à l'esprit. Je me contentais alors de fixer le plafond, fissuré par l'humidité.

Quelle crise avais-je fait ? Que s'était-il passé entre le moment où je m'étais noyée et le moment où j'avais atterri ici ? Pourquoi ne me souvenais-je plus de rien ? Quand est-ce que cette migraine horrible me quitterait ? Que faisais-je ici ? Que faisais-je ici, à Sterbern ? Pourquoi n'avais-je pas peur de ces gens-là ? Qui était l'homme qui m'avait poursuivie ? Où se trouvait ma faux ? Qu'est-ce qu'il se passait dans le monde extérieur ?

Qui était-je ? Abeeghaïl, certes. Mais ce n'était qu'un étiquette collée sur une personne. Alors quelle personne étais-je ? Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes réponses. Je ne savais rien et quelque chose se tramait, je le ressentais au plus profond de moi. Quelque chose d'énormément déplaisant, quelque chose de mortel, pour moi et tout ceux qui me suivrait.

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Hey ! Alors ce chapitre ? Des réactions ?

Je pense finalement le mettre dans Thriller/Mystères et rajouter Horreur en mot clé qu'en pensez-vous ?

SterbernOù les histoires vivent. Découvrez maintenant