VII - Le salaud idéal

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Ce n'est pas sans raison si j'ai proposé de sortir, et mentionné Alexandre. Ce n'est pas un hasard non plus, de l'avoir appelé par son surnom. Je ne le fais pratiquement jamais. Un diminutif, c'est ce qu'on utilise quand on est ami.

Moi, je ne suis pas son amie.

Je dirais même que moins je le vois, mieux je me porte. Toutefois, les choses doivent changer.

Matt sait que je ne supporte Alexandre qu'à petite dose. Que je le tolère uniquement parce qu'il est son meilleur ami, chose que j'ai bien souvent eu du mal à comprendre d'ailleurs. J'ose l'appeler par son "petit nom", uniquement quand je suis de bonne humeur et que sa présence ne peut, en aucun cas, me la ternir. C'est ce message subliminal que j'ai voulu lui faire passer.

Avec l'utilisation de ce mot affectueux, je m'assure de deux choses : un, que mon petit ami n'hésitera pas à l'inviter, deux, qu'il le convaincra de nous rejoindre. Chose importante et primordiale !

Il faut à tout prix qu'il vienne, à tout prix que je le vois et que je lui parle. Avant que ma résolution et mon courage ne s'étiolent.

Il est près d'une heure du matin lorsque nous arrivons devant la boite de nuit. J'ai vraiment bien fait de tenter cette robe car le videur nous laisse entrer immédiatement. Non sans m'avoir adressé un sourire des plus aguicheurs, et reluqué longuement les fesses. Je déteste quand les hommes font ça. Comme s'ils ne pouvaient pas se retenir. De purs pervers !

En sentant le sexe de Matt toujours durci contre ma cuisse, alors qu'il me colle contre lui, je me dis qu'il ne sort pas non plus du lot.

Je devrais être ravie de voir qu'il ne me quitte pas des yeux, cherche mon contact et me témoigne son désir. Je devrais me réjouir de me trouver jolie, enfin, après des mois à me contenter - à peine - de mon propre corps. Mais quand on sait à qui il pense, qui il saute et avec quelle facilité il me ment, ma joie n'a pas le temps de s'installer qu'elle est, de suite, balayée d'un coup de vent ravageur.

Depuis que nous avons quitté la maison de mes parents, une heure avant, il me regarde avec envie. N'étant ni seuls, ni dans un endroit approprié, il se contient, mais ses intentions - qu'il a clairement exprimées en sortant de la cuisine - sont loin d'avoir disparu. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté la douche froide, en lui refusant un soulagement rapide avant de partir.

Un coup vite fait dans les toilettes de mes parents ? Avec ma sœur dans ses fantasmes ?

Sans blague ! MÊME PAS EN RÊVE !

Il est vraiment sans scrupule ce gars. C'est de ma dignité dont on parle là !

Je suis dans un état de fureur difficile à contenir. Pourtant je m'y emploie. Ayant trouvé ma solution, il n'est pas question qu'une colère mal contrôlée, fasse tout foirer maintenant.

Nous pénétrons à l'intérieur tous les quatre, les uns derrière les autres. Léa est comme une gosse, sa main accrochée à celle de son fiancé. Elle sourit jusqu'aux oreilles et transmet son entrain aux deux garçons. Leur permettre d'aller se défouler en discothèque est un cadeau de Noël avant l'heure. Je suis vraiment trop généreuse !

Je ne sais pas ce qui est le plus répugnant : se coltiner ma sœur totalement - et faussement - amourachée de son futur mari ou sentir les mains entreprenantes de Matt sur moi.

Ils ne se rendent pas compte de mon état. Ne savent pas qu'à l'intérieur ma haine pour eux a atteint son summum et que désormais, plus rien ne m'arrêtera. Que j'irai jusqu'au bout pour les faire souffrir à leur tour. Que j'offrirai volontiers mon âme pour avoir une chance d'y parvenir. Tel est le dogme que je veux suivre. Le but qu'Alexandre doit m'aider à atteindre.

Make me Bad [Publié chez Hugo Poche]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant