Chapitre 1

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Ses petits pieds frappaient le sol avec instance, tandis qu'un sourire malicieux se peignait sur le visage de la petite fille.

Elle était la personne la plus rapide au monde !

En fermant les yeux très forts, elle se sentait presque pousser des ailes.

Retenant un petit rire, elle rabattit un peu plus la capuche de sa cape sur sa tête et continua sa course effrénée. Elle filait dans le couloir rocheux, marchant de temps à autre dans une flaque d'eau, mais peu lui importait. Rien ne comptait plus en ce moment même que son objectif : arriver à la maison avant son père qui rentrait du travail. C'était un petit jeu, entre eux.

Elle remonta la galerie souterraine à toute vitesse, dans une obscurité quasi-totale, sans qu'aucune fois elle ne ralentisse, car elle connaissait toutes les galeries du Vilan par cœur. Son ouïe, sembla capter une pulsation lointaine, qu'elle assimila aux pas lents de son père.

Zut ! Elle allait perdre !

Elle prit appui sur ses deux pieds et bondit vers la pointe d'une saille rocheuse qu'elle attrapa d'une main afin de se balancer d'un petit mètre en avant. Elle roula au sol en grimaçant, reconnaissant que sa technique n'était pas parfaite, et, se promettant de l'améliorer dès le lendemain, se remit à courir.

A présent, elle entendait clairement les pas de son père résonner dans tout le tunnel et sprinta. Elle pouvait encore le faire ! Elle passa tel un ouragan devant son père en pénétrant dans la discrète faille de la galerie qui débouchait sur une petite grotte.

« J'ai gagné, j'ai gagné ! cria-t-elle, excitée. »

Elle entendit son père entrer à son tour dans la grotte, qui était comme une « antichambre » à la vraie porte d'entrée. Heureusement d'ailleurs, car si la porte s'était trouvée directement dans le mur de la galerie, on aurait tenté de la cambrioler. C'était comme ça ici, tout devait être caché, bien dissimulé.

« Bravo ! répondit la voix grave de son père. Tu as gagné. »

Rayonnante la petite fille s'éloigna en sautillant vers le centre de la grotte. Elle posa la main sur la paroi et la laissa glisser dessus quelques secondes avant qu'elle ne se referme sur une poignée de pierre. La porte d'entrée était en pierre, cette même pierre qui composait toute la grotte, et si on ne savait pas qu'elle se trouvait là, on pouvait être sûr de la rater.

Son père déverrouilla la porte et l'entre-ouvrit, mais à peine l'eut-il fait, que sa fille passa en coup de vent devant lui et bondit dans la maison pour s'écrier :

« On est rentré ! »

Elle traversa la grotte qui composait le salon à toute allure pour aller se jeter dans les bras de sa mère.

« Célia ! s'exclama celle-ci, amusée, en la pressant contre elle. »

Célia sauta des bras de sa mère et se dirigea vers la vieille table en bois qui trônait au centre de la pièce.

« Qu'est-ce qu'on mange aujourd'hui ? demanda-t-elle tandis que son père refermait la porte et enlevait son manteau de cuir.

- Du ragoût ! sourit sa mère en déposant une casserole sur la table.

- Chouette ! »

Célia ouvrit un tiroir et en sortit assiettes et couverts qu'elle disposa dessus.

La bougie, qui était l'unique source de lumière du salon-grotte, déformait les ombres des aspérités rocheuses des parois et la jeune fille s'amusa à y trouver des formes. Ainsi, le canapé creusé dans la pierre devint un éléphant – elle savait ce que c'était uniquement parce que sa mère lui en avait dessiné un pour ses trois ans –, les niches, elles aussi creusées dans les murs, devinrent les entrées de nouvelles galeries, et les quelques figurines de bois qui gisaient sur un tapis miteux devant le canapé devinrent une poignée de rats.

Célia n'aimait pas vraiment les rats, mais ils faisaient partie des seuls animaux qu'elle pouvait voir au Vilan, seule partie de ces souterrains que sa mère appelaient « Saufs-Conduits » où elle l'autorisait à se promener. Elle rêvait de sortir du Vilan, car il n'y avait pas grand-chose à voir ici. Juste d'interminables tunnels où étaient dissimulés ici ou là des entrées d'autres maisons, bien que Célia n'en ai jamais trouvé aucune, elles étaient toutes bien cachées.

Lorsque sa mère eut fini de servir le repas, Célia s'assit sur une chaise et commença à manger.

« Il est trop bon ! s'exclama-t-elle de sa petite voix enfantine. »

Sa mère, Lucia, pouffa.

« Mange avant qu'il ne refroidisse ! »

Le reste du repas se passa en silence, et Célia se demanda pourquoi. Matthew, son père, passait souvent la main dans ses cheveux chocolat, comme si quelque chose le stressait, le dérangeait. Quand à sa mère, elle fixait sa soupe avec un regard résigné. Célia fut peinée de les voir ainsi mais ne dit rien.

Ce fut Lucia qui brisa finalement le silence :

« Ma puce, tu as pris ton bain ce matin ?

- Oui !

- Bon, c'est l'heure de se coucher maintenant... »

Célia soupira. Pff... Le sommeil n'était qu'une perte de temps, c'était évident, mais elle ne protesta pas.

Elle se leva et alla dans une pièce adjacente via une arche creusée dans la pierre. Elle se glissa sous une couverture posée sur un matelas de fortune. Ils dormaient tous dans la même pièce. Ses parents, sur le grand lit, et elle, à côté. Elle ne leur en voulait pas parce que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, sa pièce de tissu rembourrée de plumes était très confortable.

Sa mère entra dans la pièce à son tour, et s'assit près de sa fille, puis commença à border le lit, du mieux qu'elle put.

« Maman, j'ai quatre ans ! Je peux m'occuper de mon lit toute seule ! protesta Célia.

- Bon bon..., fit sa mère un petit sourire. Tu veux une histoire ?

- Et bien ce soir... Je voudrais plutôt que tu m'explique... Ce qu'il y a hors du Vilan... Je veux y aller maman ! »

Lucia soupira et la regarda tendrement.

« D'accord, nous irons, mais peut-être pas demain, d'accord ? Si je commence à t'expliquer maintenant... Tu ne crois pas qu'il faudrait que je t'explique tout d'abord ? »

Célia hocha la tête, enthousiaste tandis que sa mère entamait son récit.

HawkOù les histoires vivent. Découvrez maintenant