« Tu sais ce qu'est le Vilan, n'est-ce pas ?
- Oui, des galeries avec des maisons cachées et rien d'intéressant à voir..., répondit Célia d'une voix faussement ennuyée... »
Lucia sourit.
« Exactement. Comme la nôtre... Il doit y avoir une vingtaine d'autres maisons cachées. »
Elle marqua une pause, puis reprit :
« Le Vilan possède une entrée, une seule entrée, gardée par un Passeur.
- C'est quoi un Passeur ? demanda la fillette d'une voix fluette.
- C'est quelqu'un qui garde le lieu d'un passage d'un endroit à un autre. Dans notre cas là, il surveille le passage entre le Vilan et le reste du réseau souterrain qu'on appelle.... les Saufs-Conduits, termina Lucia dans un souffle. »
Célia écarquilla les yeux. Les Saufs-Conduits... Elle en avait vaguement entendu parler au cours des discussions entre son père et sa mère et avait longtemps fantasmé sur leur nature. Elle avait tantôt crut que c'était un monde empli d'éléphants, grand et plat, sans roche, tantôt elle s'était imaginé un grand espace souterrain, vide, ayant compris qu'on n'y trouvait pas d'éléphants. Cette version s'approchait plus de la vérité, mais une autre question l'intriguai :
« Le Passeur, que demande-t-il en échange ?
- Un code... ! Mais pas un mot de passe, ou un code de chiffres non... C'est un dialogue entier. Assez court, mais pas trop quand même. Et attention ! Il n'a aucun sens ! Par exemple, le Passeur peut te dire « Comment allez-vous ? » et toi tu devras peut-être répondre « Le ciel est rouge. »... »
Célia éclata d'un rire cristallin et regarda sa mère.
« C'est n'importe quoi ! pouffa-t-elle.
- C'est fait exprès, répondit Lucia avec douceur. »
Célia regarda un instant le plafond, digérant les informations, se demandant à quoi pouvait bien ressembler un dialogue de ce genre :
« Bonjour, comment allez-vous ?
- Le ciel est rouge.
- Je préfère le pot-au-feu vous savez !
- Les rats ont mangé tout mon fromage !
- Vous connaissez le dernier livre d'Arnold T. ?
- J'ai vu un feu-follet hier. »
Célia sourit dans l'obscurité, la chambre n'étant éclairée que par la lumière de la bougie posée sur la table du salon.
« Et les Saufs-Conduits... Comment sont-ils ? Quand j'étais petite et que je vous ai entendu en parler avec papa, je croyais qu'on pouvait y trouver des éléphants. »
Ce fut à sa mère de rire et elle déposa un baiser sur le front de la fillette.
« Non, il n'y a pas d'éléphant mon cœur ! Il y a des galeries. Pleins de galeries !
- Avec des maisons cachées ? demanda Célia, dépitée.
- Peut-être oui... Mais il n'y a pas que ça ! On y trouve des mines, comme celle où travaille ton père par exemple. On trouve aussi d'autres Passeurs, qui font payer le droit de sortie et d'entrée à quiconque ne connais pas le code, un dialogue lui aussi...
- C'est le même que pour le Vilan ? l'interrompit-elle, de nouveau intéressée.
- Non, bien sûr ! Pour chaque endroit, il change.
- Et tu les connais tous par cœur ?
- Tous ! affirma Lucia.
- On y trouve quoi d'autre ?
- Des mercenaires, et tout un tas de gens méchants et sombres...
- Ils sont gentils les mercenaires ?
- Oh non ! Ce sont un peu comme des assassins. Ils font des choses horribles pour gagner de l'argent. »
Célia se mordit la lèvre, écœurée. C'était méchant, en effet.
« C'est tout ? »
Elle voulait tout savoir, tout connaître du monde qui l'entourait. Elle avait quatre ans ! Elle était grande ! Elle avait le droit de savoir !
« Non... Il doit y avoir quelques auberges, des magasins sombres, un marché noir... Tu sais, il y a beaucoup de choses horribles dans les Saufs-Conduits, il faut faire très attention. »
La petite fille fronça les sourcils.
« Pourquoi on y vit alors ? Le Vilan fait bien partie des Saufs-Conduits c'est ça ?
- Oui, c'est ça. Et on y vit... Parce que tu sais, il y a aussi des choses très belles, la rassura sa mère en glissant une mèche de cheveux de sa fille derrière sa petite oreille, n'osant pas dire que c'était que les Saufs-Conduits étaient un asile de paix par rapport au monde extérieur.
- Oh... Belles comment ?
- Magnifiques. De très grandes cascades, des falaises immenses, des rivières souterraines... On peut aussi découvrir de très belles grottes, avec des stalactites. Tu sais ce que sont les stalactites ?
- Non.
- Ce sont des pics de pierres qui sont suspendus au plafond, expliqua Lucia.
- Il y en a dans la grotte devant la maison ?
- Oui, mais il serait trop dangereux d'allumer une torche dans la grotte, car la lumière pourrait passer à travers la faille et éclairer la galerie. Imagine si quelqu'un voyait la lumière ! Il aurait trouvé notre maison.
- Et ils la cambrioleraient, c'est ça ?
- Oui, peut-être. Mais tu sais, ici, si il y a bien un mot à retenir, c'est « anonymat ».
- Ça veut dire quoi déjà ? hasarda-t-elle. »
Elle était sûre d'avoir déjà entendu ce mot quelque part...
« Cela veut dire que ton visage et ton nom sont précieux, sacrés. Tu ne dois jamais les dévoiler à des inconnus.
- Ah... Mais la maison, ce n'est ni notre visage, ni notre nom, fit Célia, perplexe.
- Oui, mais cela nous appartient, donc c'est un peu pareil. Tu vois ? »
La fillette hocha la tête et bailla d'épuisement.
« Tu es fatiguée. Je peux reprendre demain, tu ferais mieux de dormir... »
Lucia se releva doucement mais Célia attrapa son bras du bout de ses petits doigts, avec la vivacité d'un serpent.
« Attends ! Je veux savoir une dernière chose.
- Qu'est-ce que c'est, mon ange ?
- Il y a quelque chose au dessus des Saufs-Conduits ? Tu as parlé d'autres Passeurs. Il doivent bien nous faire passer des Saufs-Conduits à un autre endroit. »
Célia vit sa mère se figer et les mains de celle-ci se mettre à trembler.
« Certaines sorties mènent aux souterrains. Le réseau d'égouts, si tu préfères. Les Saufs-Conduits sont en-dessous des souterrains. Mais d'autres... mènent directement au dessus. Et au-dessus..., commença-t-elle d'une voix chevrotante, il y a la surface.
- La surface ? fit Célia, les yeux écarquillés.
- Oui. C'est un endroit horrible, terrifiant, sanglant, parsemé de cadavres, chuchota-t-elle d'une voix horrifiée. La surface... est un enfer. »
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Hawk
Science FictionNous sommes en 2052. Le monde est ravagé par une maladie mortelle, qui transforme les personnes touchées en "zombies" : les Infectés. Toute le pays est ravagé. L'ordre militaire règne, et seules les villes les plus importantes de la patrie sont prés...
