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Chapitre 2: Retour aux sources

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Black Hole Sun – SoundGarden


La brume s'étend devant moi. Je distingue à peine l'horizon du port. Il n'est que 7h du matin et pourtant je sens l'énergie des employés autour de moi. Je suis censée retrouver un certain Josh, si j'en crois son profil, pour lui emprunter sa voiture. C'est dingue comme internet peut regorger de sites. Je n'ai attendu que quelques minutes pour trouver ce que je recherchais. Une aubaine. Du temps je n'en ai pas beaucoup. Plus vite je prendrais la route, plus vite je serai de retour ici. Dans cette seconde vie que je me suis construite. Je pivote sur moi-même lorsque j'entends le moteur d'une voiture. Des phares apparaissent. La voiture se gare et un homme d'une quarantaine d'année, vêtu d'une tenue de marin avec un bonnet rouge en sort. Tandis qu'il s'avance dans ma direction, je le détaille un peu plus. Il ressemble à un énorme nounours. On pourrait même lui donner le bon dieu sans confession à le voir comme cela. Mais ce n'est qu'une apparence. Comme toujours je reste sur mes gardes.

— Melle Perkins ? bredouille-t-il légèrement essoufflé.

— C'est moi, je rétorque et lui présentant ma main qu'il accepte.

Un sourire nait sur son visage bouffi et rougi par le mauvais temps.

— Je n'ai malheureusement pas le temps de papoter un peu avec vous, sinon mon boss risque de me faire la peau, mais sachez qu'au moindre problème sur ma caisse, vous pouvez m'appeler. Je vous ai laissé mes coordonnées personnelles dans la boite à gant.

Je hoche la tête. Nous procédons à la remise des clés et il part en me saluant d'un signe de la main. Je m'empare de ma valise et rejoins la voiture. J'ouvre la portière à l'arrière. J'y pose mes affaires et m'installe côté conducteur. En allumant le contact, la voix de Bruce Springsting envahit l'habitacle. J'enclenche la première et sors du port.

Les kilomètres défilent devant moi. J'ouvre la fenêtre et allume une cigarette pour tenter de calmer mon angoisse qui nait au fond de ma gorge. La première bouffée me libère légèrement de l'amertume qui me consume. Si seulement les choses s'étaient passés autrement je ne serai pas ici, dans cette voiture à rouler jusqu'aux portes de mes souvenirs. Cela fait des années, que je n'ai pas pleuré. Je n'en ai jamais éprouvé l'envie. J'ai rangé mes sentiments de tristesse et de colère dans un tiroir. Il faut croire que l'appel de tante May l'a ré-ouvert. Pourquoi Logan a-t-il fait cela ? Bon la réponse je la connais déjà. Il faut dire que passer autant de temps en prison n'est pas l'avenir qu'il a toujours voulu. Alors pourquoi avoir plaidé coupable pendant le procès ? La dernière fois que j'ai vu le rapport, il y a neuf ans, ses aveux m'avait donné mal au cœur. Mais un truc clochait. Aucune trace ADN ne lui appartenait. De simples témoignages disaient l'avoir vu s'enfuir du lieu du crime. Mon ancienne maison. La maison de mon enfance. Logan. Mon meilleur ami accusé et inculpé de doubles meurtres et de kidnapping. Cassie. A seulement, 18 ans sa vie venait de s'effondrer. Je n'ai jamais cru que c'était lui le coupable. Il n'aurait pas pu commettre cette chose horrible. Pas plus que les deux autres d'ailleurs. Andy, mon cousin dont l'avenir semblait prometteur. Et Wade Perry... A l'évocation de son nom, je nous revois tous les deux blottis l'un contre l'autre dans son lit. Les doigts emmêlés. Nos corps nus enveloppés d'un drap blanc. Ma tête reposant contre son torse écoutant les battements de son cœur. Le panneau de New Port dépassé, une onde de plénitude m'envahit malgré les événements. Je suis de retour. Chez moi. Au loin, j'aperçois les voiliers accrochés au ponton remués par les vagues de l'eau. J'avance au ralenti m'empreignant de ce moment de béatitude. Ce n'est que de courte durée. Dans peu de temps, je serai replongé en plein cœur de ce mélodrame. Les maisons ici se ressemblent toutes. Seules les couleurs peuvent les différencier. Cependant le style reste le même. Le même porche en bois, les mêmes escaliers en bois. Sur le devant de la plupart d'entre elles, une balancelle, un beau gazon vert avec arrosage automatique et une ribambelle d'enfants jouant avec un chien. Je prends une profonde inspiration et continue mon chemin. Je dois faire abstraction de ce genre de chose. Jamais je ne connaîtrai le sentiment d'être aimé par ses proches. Non, ces moments-là on me les a enlevés à tout jamais. Je me gare en face de la maison de tante May. La peinture est défraîchie. Le gazon n'est plus aussi verdoyant que dans mes souvenirs. Au moment où je monte les marches, la porte s'ouvre sur ma tante. Ses cheveux autrefois brun – acajou sont désormais parsemés de mèches grises. Sa peau est ridée par le temps. Mais ses yeux sont toujours d'un bleu azur étincelant.

Présumé coupable [ terminé ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant