Chapitre 37: Décembre (9)

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La lune rouge illuminait le ciel nocturne comme une tâche de sang au milieu d'une feuille d'encre noire. Eloïse la contempla depuis sa fenêtre, pensive. Depuis quelques heures, une douleur sourde s'était frayée un chemin jusqu'à son crâne et lui avait embrouillé les idées. Elle s'était enfermée dans la chambre qu'elle partageait avec Miranda pour se reposer un peu, mais avait finalement passé l'après-midi et la moitié de la nuit à fixer le ciel sans bouger. Eloïse avait l'impression que son cerveau avait simplement cessé de fonctionner.

Elle s'endormit devant la fenêtre sans s'en rendre compte alors que la fatigue la gagnait enfin. Quand elle revint à elle, les soleils commençaient à percer à travers l'horizon.

Eloïse se releva difficilement, le dos engourdi d'avoir dormi sur une chaise et les pensées confuses. Sa tête lui semblait incroyablement lourde et le monde autour d'elle partiellement flou.

Elle se changea dans un état second et quitta la chambre pour arpenter les couloirs, encore déserts, du palais du Chao Ming. Sans doute Miranda et Victorien n'apprécieraient pas de la voir se promener seule, mais cela n'était pas en haut de la liste de ses préoccupations. Elle gagna rapidement le rez-de-chaussée et évita quiconque s'y trouvait à cette heure-ci en usant d'une agilité qui l'habitait rarement. A vrai dire, elle n'avait pas vraiment conscience de ses gestes.

L'entrée du palais était, comme d'habitude, gardée par des robots d'accueil, aussi immobiles que les piliers qui soutenaient la structure. Eloïse inspira un bon coup, tenta de se concentrer au mieux, puis se rendit invisible avant de quitter le palais comme une fusée. Les robots tournèrent la tête dans sa direction en sentant de la magie, mais n'intervinrent pas en voyant qu'elle s'en allait. Eloïse descendit les quelques marches en marbre blanc qui permettaient l'accès au palais et redevint visible. Elle cligna vigoureusement des yeux et s'accorda quelques secondes pour tenter de reprendre ses esprits.

En comprenant que la manœuvre n'était pas efficace, elle reprit sa route en secouant la tête. Avec ses cheveux blancs, elle se fondit parfaitement au sein de la population du Chao Ming.

Les rues défilèrent à la vitesse de l'éclair. Chaque personne que croisait Eloïse ne ressemblait qu'à une vague tâche de couleur qui s'effaçait aussitôt, remplacée par une autre et ainsi de suite. L'impression lui fit tourner la tête, comme si elle se retrouvait perdue au milieu d'un kaléidoscope. Tout autour d'elle était tangible, pourtant, cela lui paraissait absent. Elle avait l'impression d'être seule dans sa réalité, enfermée au milieu d'une bulle.

Un passant lui rentra accidentellement dedans et Eloïse se reconnecta brutalement au monde. Son mal de tête disparut pendant un instant, remplacé par une étrange lucidité.

- Excusez-moi, dit le passant. Je ne vous avais pas vue.

- Ce n'est rien, répondit Eloïse. C'est ma faute. Je ne fais pas attention où je vais.

Il esquissa un sourire désolé et reprit sa route pour se fondre dans la masse.

Eloïse se rendit alors compte du monde présent autour d'elle. Il était à peine six heures du matin, et pourtant, elle se sentait comme dans une après midi ensoleillée dans les quartiers les plus fréquentés de la Cité.

Pourquoi avait-elle quitté le palais, au juste ?

Alors qu'elle chercha un réponse à cette question, son mal de tête revint à la charge. Le monde se brouilla de nouveau. Elle reprit sa route en se massant les tempes.

La Porte des Mondes la plus proche se dessina à l'horizon et Eloïse accéléra légèrement. Lorsqu'elle arriva à proximité, elle récita la formule lui permettant de se rendre sur Terre et le décors changea aussitôt pour devenir plus verdoyant. Le parc pour enfant de son ancien quartier était illuminé par le soleil glacial de décembre.

Ancestrales 5 ~ L'heure du JugementDes histoires addictives. Découvrez maintenant