Le poids des liens

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Chapitre 5 : le poids des liens

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« Grande sœur ? » Sa voix était tremblante, hésitante, comme si elle n'osait pas y croire elle-même.

« Que fais-tu là ? » balbutiai-je en jouant nerveusement avec mes doigts, tentant de masquer l'inconfort qui me gagnait.

Elle me regarda, ses yeux se remplissant de larmes. Puis, d'un seul souffle, elle lâcha les mots qui allaient tout bouleverser.

« Je suis enceinte... » Sa voix se brisa. « Aide-moi, je t'en supplie, Kya. Je n'ai plus que toi. »
Ces pleurs se multiplient.

D'autres auraient pris leur sœur dans leurs bras, mais pas moi. Non, mille questions tournaient en boucle dans ma tête, comme un murmure incessant qui me rongeait de l'intérieur. Je regrettais déjà d'avoir eu un élan de compassion pour cette fille, que j'avais d'abord prise pour une inconnue. Comment avais-je pu me tromper à ce point ?

« Comment tu es arrivée ici ? » demandai-je, mes doigts tremblants jouant nerveusement l'un contre l'autre. J'étais dépassée par la situation, l'esprit en ébullition.

Elle ne me répondit pas, se contentant de me fixer avec des yeux froids et insondables. Tout cela sentait mauvais, terriblement mauvais, comme un piège invisible qui se refermait autour de moi.

« Bon, dis-moi, qui est le père ? Et les parents, tu les as prévenus ? » Je pris une inspiration avant de poursuivre, la voix dure. « Écoute, je vais te prendre un billet pour rentrer en France. Tu iras les voir, eux sauront quoi faire. Moi, je ne peux rien pour toi. »

Elle secoua la tête, et sa voix trembla d'un ton implorant : « Non... j'ai besoin de toi, s'il te plaît, aide-moi. »

Mon cœur se durcit. « Alors là, n'y pense même pas. » Je sentais mes anciennes blessures remonter, le pourquoi de mes décisions passées me rappelant que je n'avais pas besoin de ce fardeau supplémentaire.

Elle me lança un regard sombre, ses traits se durcissant. « Pourquoi tu refuses de m'aider ? » Son ton était empli d'incompréhension et d'amertume.

« J'ai des choses à faire, désolée, » répondis-je, cherchant déjà la sortie de cette situation absurde.

Son regard se fit tranchant, son visage se durcit en un masque de mépris. « Eh bien, puisque tu n'écoutes que la manière forte... Tu crois que je ne sais pas ce que tu fais ici ? J'en sais plus que tu ne le penses. Tu aimes l'argent, n'est-ce pas ? Et tu caches bien ton jeu... Mais un mot à la mauvaise personne, et tout le monde saura que tu es ici. » Sa voix, teintée de haine, était un poignard bien affûté.

Je laissai échapper un ricanement sec. « Tu crois me faire peur avec tes menaces à deux sous ? Allez, appelle qui tu veux, ça m'est égal. Moi aussi, je peux appeler papa. On verra qui il préfère sauver ici. » Je lui lançai un dernier regard froid avant de me diriger vers la sortie, le cœur battant.

« Kya ! T'es pas obligée de faire ça ! On pourrait rentrer ensemble... je suis ta petite sœur, après tout ! »

Je m'arrêtai, la fureur me montant à la gorge. « Ma sœur ? Vraiment ? » Ma voix résonna plus fort que je ne l'aurais voulu, emplie de colère et de douleur.

Elle baissa les yeux, surprise par ma réaction. « Je ne rentrerai pas sans toi, » murmura-t-elle, presque inaudible.

Je la fixai un instant, mon cœur glacé par la rancœur et les souvenirs. « Fais ce que tu veux, mais ne viens pas m'implorer. Quant à ton enfant, j'espère pour toi que son père n'est pas cet incapable de Nathan. » Je laissai ces mots flotter dans l'air avant de quitter les toilettes, abandonnant ma sœur et son ventre rond derrière moi.

En sortant, je retrouvai l'atmosphère du centre commercial, comme si rien de ce qui venait de se passer n'avait existé. Avais-je manqué longtemps ? Peut-être que les filles avaient remarqué mon absence. Mes liens familiaux n'étaient pas des plus parfaits, mais les nouveaux étaient-ils meilleurs ?

À peine arrivée à la table, Kheira leva un sourcil, un sourire taquin aux lèvres. « Tu t'es perdue, ma belle ? Vingt minutes aux toilettes, j'étais à deux doigts de venir te chercher ! »

Je soupirai. « Je viens de croiser ma sœur, » dis-je sèchement, évitant tout regard direct.

Elle cligna des yeux, surprise. « Ta sœur ? »

« Rien d'important, » tranchai-je, et elle comprit de ne pas insister.

Elle changea de sujet avec légèreté. « Bon, assez bavardé, mangeons, le boulot nous attend. »

Nous étions rentrées ensuite, et tout au long du trajet, mon esprit ne cessait de retourner les événements en tous sens, comme un puzzle dont les pièces manquaient. De retour dans notre logement, chacune s'occupait : Kheira s'appliquait à ses ongles, d'autres choisissaient de nouvelles tenues, et Samirah fumait dehors, silencieuse. J'étais là, seule avec mes pensées, hantée par cette rencontre et par ce que j'avais laissé derrière moi.

Soudain, mon téléphone vibra. Je le saisis d'une main impatiente.

Message : "Kya, 23h en bas. Une voiture viendra te récupérer et te déposera là où tu dois travailler."

Je regardai l'heure : déjà 22h. Je me préparai en vitesse, et avisai les filles en passant.

J'optai pour un corset kaki fleuri et un pantalon cargo assorti, complétés d'une paire de talons noirs. Un chignon serré, des boucles d'oreilles qui dansaient le long de mon cou. Une dernière vérification, et je descendis.

En bas, une voiture noire aux vitres teintées attendait, son moteur ronronnant dans l'obscurité. Je n'eus aucun doute : c'était pour moi. Je m'approchai et montai rapidement, sentant l'atmosphère feutrée et étrange de l'habitacle.

« Désolée pour le retard, » murmurai-je d'un ton calme, refermant la porte derrière moi.

La voiture démarra dans un silence pesant, nous emportant vers la nuit et tout ce qu'elle dissimulait.

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