Chapitre 10 : Ombres et facture
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PDV Kya
Je pris une douche rapide, essayant d'effacer l'appel de la veille de mon esprit. Mais les mots résonnaient encore, comme un écho cruel. En sortant, j'enfilai un jogging noir, un pull à capuche sombre et des baskets assorties. Une tenue parfaite pour disparaître, me fondre dans la masse, m'effacer complètement. Quelques minutes plus tard, je descendis les escaliers, mes pas précipités trahissant un mélange de colère et de tristesse. J'hélai un taxi, le cœur battant à un rythme irrégulier.
À peine installée à l'arrière, mon téléphone vibra dans ma poche, mais avant que je ne puisse y jeter un œil, la voix du chauffeur me glaça.
Je levai les yeux, et le choc fut immédiat. Nathan.
Je devinai son sourire moqueur avant même de le voir.
— "Que fais-tu là ?", lâchai-je, fatiguée, comme si mes forces m'abandonnaient déjà.
Il haussa les épaules en pointant sa casquette de chauffeur.
— "Je joue au taxi, ça ne se voit pas ?"
Je roulai des yeux.
— "Ils devraient penser à vous augmenter vos salaires," dis-je, cynique. Puis, plus froidement : "Parle."
Il n'avait jamais besoin d'invitation pour se justifier, mais cette fois, sa voix était calme, presque douce :
— "Moi et Keylly... on attend un bébé. J'ai besoin de toi, Kya."
Je ricanai, un rire amer qui se coinça dans ma gorge.
— "Moi, Kya, je dois venir au secours du couple parfait Nathan et Keylly ? La blague de l'année."
Nathan ne répondit pas. Il glissa un morceau de papier vers moi, sa main tremblant légèrement, puis ouvrit la portière.
— "Voici notre adresse. Fais ce que tu veux, mais voilà. Bonne chance, Kya."
Il sortit sans un mot de plus. Je restai figée un instant, le bout de papier froissé dans ma main. Pourquoi avais-je cette impression désagréable qu'il venait de poser un poids supplémentaire sur mes épaules ?
Sans réfléchir, je glissai l'adresse dans mon sac. Peut-être par curiosité. Peut-être pour me donner une raison de ne pas oublier que ma sœur, Keylly, faisait toujours partie de ma vie, même si cette relation nous tuait à petit feu.
Le taxi s'arrêta quelques rues plus loin. Nathan avait disparu, remplacé par un vrai chauffeur cette fois. Quelle mascarade. Avec un peu d'argent, on pouvait tout acheter, même des silences.
Je fixai un instant la vitre, laissant mes pensées me noyer. Ce n'est pas que je n'aime pas ma sœur, mais entre nous, c'est compliqué. Toxique, même. La confiance n'existe pas. Tout est jeu, manipulation, rancune. Et pourtant, elle reste ma sœur.
Lorsque j'arrivai enfin à l'appartement, une ambiance électrique m'accueillit. Les filles discutaient bruyamment de clients dans le salon. Je traversai la pièce, espérant atteindre ma chambre sans encombre, mais une dispute éclata soudain derrière moi.
Je me retournai, irritée.
— "Écoute-moi bien, Kelie, ne t'approche plus de MES clients !" hurla Kheira, rouge de colère.
Kelie éclata de rire, provocante.
— "Sinon quoi, grosse bouffonne ?"
Les insultes fusaient, chaque mot plus acéré que le précédent. Une bataille de regards furieux. Kheira s'approcha dangereusement, levant un doigt menaçant.
— "Pauvre fille. T'es qu'une ratée."
Kelie se redressa, défiant.
— "Viens, on va régler ça. T'as peur, hein ?"
Le spectacle était ridicule. Une bataille pour un client, un homme probablement marié et milliardaire, comme d'habitude.
— "Vas-y, arrache-lui les yeux, Kheira !" cria Samirah en riant.
Je soupirai.
— "Tais-toi, Samirah. Aide-moi plutôt à les calmer avant que leurs extensions volent dans toute la pièce."
Elle haussa les épaules, amusée.
— "Regarde bien, je vais leur couper la dispute net."
Samirah se tourna vers les filles et lança d'une voix forte :
— "La mère a envoyé un message."
Un silence tomba aussitôt. Kheira et Kelie se figèrent, leurs regards braqués sur le téléphone que Samirah posa sur la table.
— "Un nouveau client, Kelie. Robert, le milliardaire de 59 ans."
La tension retomba aussitôt.
— "Beurk," marmonnai-je en m'éloignant.
Tout ce vacarme pour un vieux "sugar daddy". Lasse, je suivis Samirah dans la cuisine.
— "Tu veux fumer ?" demanda-t-elle.
— "J'en ai besoin."
PDV Kheira
L'appartement devenait étouffant. Après la dispute, je me réfugiai dans ma chambre, changeai rapidement de vêtements et sortis.
L'air froid de la soirée me fit du bien. Les rues étaient calmes, presque apaisantes, mais je savais que mon âme ne le serait pas. En réalité, j'en avais assez. Assez de vendre mon corps à des hommes pour m'en sortir.
Cela avait commencé quand j'avais seize ans. Aujourd'hui, à vingt-deux ans, je me sentais vieille. Chaque jour, un peu plus de ma dignité s'effritait, remplacée par une rage sourde, un désir de vengeance contre la vie elle-même.
Je marchai longtemps avant d'arriver sur la célèbre plage de Miami Beach. Les lumières des hôtels de luxe scintillaient au loin, et les vagues caressaient doucement le rivage. Je m'assis sur un banc blanc, fixant l'horizon.
— "Célèbre plage, hein ? Quelle blague. Célèbre pour les touristes," murmurai-je à haute voix, amère.
Une voix masculine, grave, me répondit derrière moi :
— "Je suis d'accord avec toi."
Je sursautai légèrement et me retournai. Un inconnu, grand, à l'air étrangement calme, se tenait là, un sourire en coin.
Et pour la première fois depuis longtemps, je ressentis autre chose qu'un simple vide.
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SUGAR DADDY ET MOTHER
RomanceElle avance dans la pénombre des salons feutrés, dissimulant derrière chaque sourire le fardeau d'un secret qu'elle tente d'oublier. Son passé la poursuit, sombre et insistant, mais ici, sous les regards de ces hommes, elle n'est qu'un visage parmi...
