Chapitre 2 : entre secret et Rivalité
________________________
— Samirah ne l'a jamais gagné, c'est pour ça que tout le monde se déchire pour ça. C'est complètement stupide, renchérit Khéira avec une moue dédaigneuse.
Samirah leva les yeux au ciel en soupirant.
— Amen ! Enfin quelqu'un qui comprend... Mais méfie-toi des autres, et d'ailleurs... pourquoi t'es là, toi ?
Leurs regards se posèrent sur moi, scrutant mon visage, attendant que je dévoile enfin les raisons de ma présence ici, dans cet univers où les jeux de pouvoir et de séduction semblaient n'avoir aucune limite.
Le silence fut ma seule réponse. À la question de Samirah, lourde comme un coup de massue, je n'avais rien à dire. Elle me scruta un instant, un sourire rassurant aux lèvres.
— Un jour, tu nous le diras, j'espère, sans crainte, lança-t-elle doucement, comme si elle comprenait déjà plus que je ne voulais en dire.
— Après tout, on est un groupe... un peu amis, dit Khéira en mimant des guillemets avec ses doigts, un sourire en coin.
Cette tentative de me détendre fonctionna ; je ne pus m'empêcher de rire. Mais le silence retomba bientôt, et ce n'était que de courte durée.
— Samirah, ralentis un peu ! hurla Khéira.
Elle n'avait pas tort. La conduite de Samirah avait quelque chose de chaotique, un mélange de témérité et d'insouciance. Moi, je ne disais rien ; après tout, je venais à peine de les rencontrer et n'avais pas envie de jouer les rabat-joie.
— Eh bien, prends le volant, ma belle ! Ici, c'est l'Amérique ! lança Samirah en haussant les épaules, insensible aux critiques.
— Franchement, j'aimerais savoir où t'as eu ton permis, juste pour pouvoir lancer une pétition pour fermer l'endroit, répondit Khéira en éclatant de rire.
— Tu vois ça, Khéira ? répliqua Samirah en lui adressant un doigt d'honneur dans le rétroviseur.
Nous éclatâmes de rire, et une question me brûla alors les lèvres.
— Les filles, j'ai une question...
— Vas-y, lâche-la, mais vite, on arrive, répondit Samirah, intriguée.
— Pourquoi créer une compétition entre nous ? C'est insensé, non ? demandai-je, un peu perdue, en croisant leurs regards.
Elles échangèrent un sourire entendu.
— Simple comme bonjour, répondit Khéira. Ici, on mange argent, on dort argent, Kya. C'est la règle du jeu.
Ma curiosité satisfaite, la conversation dériva vers des plaisanteries, et le trajet jusqu'à la maison close se fit dans les rires.
Le Soir
La nuit était tombée, enveloppant la maison close dans une aura de mystère. De l'extérieur, cette demeure, aux allures de vieux manoir, pouvait sembler austère, mais à la nuit tombée, elle se transformait en un lieu vibrant. Ce soir-là, les portes s'ouvraient pour accueillir les SUGAR DADDY habituels, ainsi que quelques nouveaux venus.
La patronne nous avait prévenues plus tôt : un jeune futur marié fêtait ici son enterrement de vie de garçon. La soirée promettait d'être mouvementée. La maison close se divisait en deux espaces distincts : d'un côté, les clients habituels, et de l'autre, le salon VIP, réservé aux grands noms. Malheureusement, ce soir, nous étions affectées au côté "Ehpad", comme l'appelait Samirah.
— Je n'arrive pas à croire qu'on doive servir des grands-pères, dit-elle en ajustant sa robe légère.
— À cette heure-ci, ils devraient être au lit, grommela Khéira, les sourcils froncés, en se préparant.
Je ne pus m'empêcher de sourire en les voyant râler.
— De l'autre côté, c'est la fête avec les VIP... Et nous, on a l'Ehpad, dis-je en attachant mes cheveux en une queue de cheval.
— J'espère qu'ils sont au moins chauds, histoire de bien rigoler, répliqua Samirah pour nous taquiner, un sourire moqueur aux lèvres.
Khéira roula des yeux, faussement écoeurée.
— Je rêve, Samirah. Tu dis vraiment n'importe quoi.
Je ne pouvais retenir mon rire en voyant la tête de Khéira, choquée.
Depuis que je les côtoyais, ces deux-là me faisaient rire, et un léger sentiment de nostalgie me traversa, mêlé d'un étrange apaisement.
SAMIRAH
Alors que les autres filles dansaient avec leurs clients, je profitai d'un instant d'inattention pour m'éclipser discrètement. Je longeai le couloir rouge, ce passage qui traversait toute la maison close et où seules les filles étaient supposées passer. Certains soirs, il me permettait de respirer, de m'éloigner du vacarme et de retrouver un peu de calme.
Alors que j'avançais, j'aperçus une silhouette au bout du couloir, un homme, grand, bien bâti, adossé au mur, qui semblait m'attendre. C'était rare de voir des hommes ici, surtout dans cette aile réservée. Intriguée, je m'approchai, mon pas léger.
— Désolée de vous déranger... Que faites-vous ici ? demandai-je doucement, hésitante.
Il ne se retourna pas, mais sa voix grave résonna.
— Je viens fumer.
Il restait dos à moi, et je ne pouvais voir que la ligne de ses épaules, tendue. Curieuse, je tentai ma chance.
— Je peux vous accompagner ?
— Non.
Sa réponse fut sèche, tranchante. Visiblement, je le dérangeais.
— Encore un qui a des préjugés sur nous, murmurais-je assez fort pour qu'il entende.
À cette remarque, il se retourna enfin, et je restai un instant sans voix. Ses traits étaient marqués, ses yeux sombres et pénétrants. Il était incroyablement beau, mais quelque chose dans son regard était indéchiffrable.
— Je n'ai aucun préjugé sur les filles de cette maison, dit-il d'un ton sec.
— Ah bon ? J'aurais pensé tout le contraire, répondis-je, en soutenant son regard.
Il me fixa un instant, comme s'il allait ajouter quelque chose, mais une sonnerie de téléphone interrompit notre échange. Il décrocha, et je pris cela comme un signe pour m'éclipser et retourner au travail.
De retour dans la salle principale, je retrouvai mon "petit papy fou". Il était tout sourire, ravi de cette soirée. Je devais reprendre mon rôle, endosser mon personnage.
Je m'appelle Sirah, mais ici on me connaît sous le nom de Samirah. J'ai une vingtaine d'années, et cela fait maintenant des années que je vis en Amérique. Comme toutes les filles ici, j'ai une histoire. Une histoire que je garde pour moi.
Mais si j'ai un conseil, méfiez-vous toujours de ceux qui franchissent la porte de cette maison... surtout des SUGAR DADDY.
VOUS LISEZ
SUGAR DADDY ET MOTHER
RomanceElle avance dans la pénombre des salons feutrés, dissimulant derrière chaque sourire le fardeau d'un secret qu'elle tente d'oublier. Son passé la poursuit, sombre et insistant, mais ici, sous les regards de ces hommes, elle n'est qu'un visage parmi...
