Pour ce chapitre, écoutez Skinny Love de Birdy parce que ce chapitre n'a rien d'heureux.
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Depuis l'échec de Mason, les défis ont doublé, voir triplés. Mais aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres. Nous sommes le vingt-cinq novembre.
25 Novembre.
Assise au milieu du couloir, mon regard se perd entre la chambre de mes parents et de mon frère. À minuit, je suis venue m'asseoir ici. J'aimerais sentir leurs présences mais je ne ressens rien. Pas le moindre courant d'air, pas le moindre souffle dans mon cou. Je me sens délaissé et vide. J'ai complément oublié la notion du temps. Je reste là, bloquée dans le temps, replongeant dans les souvenirs du passé. Mon corps s'allonge contre le marbre froid et mes cheveux forment un soleil autour de mon visage. Mais aucune lumière ne reflète. Le miroir au-dessus de moi, au plafond me montre anéantie et brisée. Je me souviens l'avoir mis la première année de leur départ. Et les années ont suivies et je suis toujours assise ici cinq ans après. Je dois pleurer depuis quatre heures à peu près, je compte encore les secondes, les minutes, les heures, les jours, les mois, et les années sans eux. Loin d'eux. Mon cœur cassé aimerait arrêter de battre juste pour les revoir. Mon crâne voudrait exploser pour pouvoir cesser de repenser au passé.
Ils étaient tout. Toute ma vie. Et pourquoi est-ce que je vis encore ?
Je continue de me regarder mourir intérieurement toute la matinée dans mon miroir. Je me lève et ouvre d'abord la porte de mes parents. J'essaye d'imaginer qu'ils dorment encore paisiblement dans leur lit. Qu'ils attendent leurs enfants prêts à leurs sauter dessus pour les réveiller. Que l'on rigole en famille, tous les quatre avant de déjeuner dans la cuisine. Papa lisant le journal, Maman cuisinant du bacon avec des œufs brouillés et moi et Assen qui jouent aux Monopoly à huit heures du matin. Je referme la porte et entre dans la chambre de mon cadet. Je parcoure du regard ses trophées de football américain, nos photos accrochés dans des tableaux au mur. Je me souviens de son chagrin d'amour. Elle l'avait laissé tomber pour le capitaine de l'équipe de hockey. Et je lui avais dit qu'il aurait toute la vie pour trouver la bonne, celle qui chérira jusqu'à sa mort parce que c'est ce que font les grandes sœurs. Mais je lui ai dit que de faux espoirs. Il est mort d'un accident un an plus tard, ne rencontrant pas l'amour de sa vie. Je claque sa porte et descends à la salle à manger. Je me rappelle lorsque l'on soufflait nos bougies sur cette table. Le jour de naissance était sacré. C'était simple, entre nous, tous les quatre. Tant de souvenirs qui me hantent, que je visualise à chaque pas dans cette baraque. Et dont je ne pourrais jamais vivre sans.
Je récupère mon manteau d'hiver et l'enfile. Je dois être à une heure à pied du cimetière mais j'y renonce. Le ciel est rempli de nuages et des flocons viennent se poser sur mes épaules, mes cheveux, mes mains. Finn est à sa fenêtre et il me regarde. Il me fait un petit signe de la main et je sais qu'il s'inquiète, qu'il aimerait sortir et venir me serrer contre lui. Il voudrait tant que ce jour n'ait jamais lieu, mais c'est impossible. Comme chaque jour depuis cinq ans, il reste à sa fenêtre me regardant partir parcourir les rues, seule. Mon silence lui fait horriblement mal, j'en suis consciente. Il sait qu'il ne peut rien faire pour m'aider. Il doit être simplement patient. Mais sa patience dure depuis bien trop longtemps.
Je passe devant la maison d'Anthony qui est allumée et j'aperçois sa famille qui s'amuse dans le jardin. Lorsqu'il m'aperçoit au bout d'une dizaine de minutes, il s'arrête dans ses mouvements et me salue. Ça fait tellement mal de voir les autres familles sourire et s'éclater alors que moi je n'ai plus rien. Je continue mon chemin faisant de même avec toutes les maisons de mes amis sauf celle de Tyler. Ils me saluent tous à leur façon sans m'approcher. Ils me disent de rester forte silencieusement. J'oublie encore la notion du temps même lorsque la nuit est complètement tomber sous mes yeux. Il neige toujours et je dois ressembler à rien.
Mon corps s'arrête à l'angle de la rue de chez Tyler et Jensen. Je distingue rapidement leur maison éclairée. Ils sont tous assis autour d'une table et doivent être huit. Je les regarde rire, se taper amicalement, se chamailler, se sourire. Mais je ne m'approche pas. Je continue de porter ma douleur, seule.
Je fais demi-tour et passe devant l'église de Memphis. Celle où j'ai dit adieu à ma famille. Il doit rester trois heures avant que le vingt-cinq novembre soit remplacé le vingt-six. Je cours à travers le givre des trottoirs et m'arrête devant le cimetière. Étant fermé l'hiver et surtout le soir, j'escalade à mon habitude le petit portail cassé et j'avance entre les tombes pour m'arrêter devant trois tombes à mon nom. Je m'écroule à genou contre la roche et je m'en fiche bien d'être ouverte aux genoux. Je m'en fiche de pleurer toutes les larmes qui me restent sur leurs tombes où leur corps ne sont pas loin de moi. Et je m'en fiche encore plus d'être encore en deuil même si cinq ans ont continué à passer. Tout le monde à continuer à vivre sauf moi. Je suis la morte parmi les vivants.
- Revenez-moi bordel. Je vous en supplie.
Mes pleurs se transforment en sanglots et je reste les bras cachant mon visage, couché à moitié contre le marbre des tombes et le sol rocheux.
- Je vous aimes tellement que mon cœur n'arrive plus à battre sans vous.
Et pourtant il bat encore pour quelques-uns.
- Je veux revoir ma famille.
Tu la verras en moins de temps que tu ne le penses.
- Aidez-moi.
Mes paroles deviennent des murmures, des demandes incomplètes.
- Je vous aimes tellement...
Mon état ne changeait rien. Je passais les dernières heures du vingt-cinq novembre à dormir près d'eux. Et les premières du vingt-six. Comme les années précédentes, la voix douce de Finn me réveille.
- Anyssa. Hey... Viens, dit-il en tendant sa main vers moi. Il fait froid. Tu reviendras.
J'attrape sa main et il m'aide à me lever. Derrière nous, nos amis sont tous présents, comme d'habitude. Mais pour Jensen et Tyler, c'est une première. Je les salue tous d'un signe de tête et je me retourne vers mes tombes familiales. Je sors de la poche intérieure de mon manteau une rose rouge et un cadre photo. Je me baisse pour y poser à côté du quatrième cadre et je cale la rose contre.
- Ne m'oubliez pas. Je vous en supplie.
Je baigne de nouveau dans les larmes et je tombe contre Finn qui me serre contre lui comprimant ma douleur entre nous.
- Revenez-moi putain. Je n'en peux plus de la douleur.
Je perds tout contrôle et une nouvelle cicatrice s'ajoute sur mon cœur. Je reste contre Finn qui me tient de peur que je m'écroule et nous escaladons en silence le portail. Finn tente de m'approcher de sa voiture mais je décline.
- J'ai encore besoin de temps.
Il hoche la tête.
- Merci.
Et je recule de deux pas avant de courir le plus vite possible vidant mon esprit. Je cours encore et encore jusque chez moi sans m'arrêter. Et Finn m'attend comme toujours dans ma chambre. Je cours dans ses bras et continue de pleurer contre lui. Je ne pourrais plus jamais changer le passé. Mais mes actions, mes paroles, mon amour pour eux peuvent continuer de vivre. A quoi bon ? Je suis déjà à moitié morte.
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L'IMMORTEL
Teen FictionUne fille détruite par sa famille décédée, un incorrigible, intelligent et musclé, une garce qui te fait vivre un enfer, un timbré qui consomme du lait comme si sa vie en dépendait, une fumeuse mais aussi une pro pour hacker, un joueur de football f...
