NORA
Toute nue, uniquement couverte par ce drap, j'écoute attentivement Alan qui me raconte ses frasques d'enfant. Main sous la joue, tête posée sur le coussin, je suis couchée sur le flanc, complétement captivée par ses histoires. Ses bras bougent énergiquement dans tous les sens au fur et à mesure de son récit.
Si bien que le matelas remue légèrement à chacun de ses gestes. Son regard rieur rivé sur le plafond se pose régulièrement sur le mien. En cet instant, il est à mourir de rire. Plus je le regarde, plus je me mets à croire qu'il est impossible de ne pas craquer pour cet homme.
C'est le genre de personne qui attire les autres tels des aimants. Il est beau certes mais ce n'est pas son physique qui le rend si particulier. C'est le charisme qu'il dégage qui fait toute la différence. Dans cette chambre, coupés du monde entier où il n'y a que lui et moi, je suis totalement sous son charme.
Lorsque nous sommes que tous les deux, j'oublie avec une facilité déconcertante qu'en dehors de ces quatre murs réside une toute autre réalité. La vraie vie. A l'extérieur de cette pièce, Alan reste un séducteur, un homme à femmes et un homme d'affaire aux manigances douteuses.
Au fond de moi, je sais parfaitement ce qu'il tente de faire. Je sais qu'il attend que je me livre à mon tour. Mais à quoi bon ? Il est évident qu'il connaît le rôle à tenir dans ce genre de relation dites "sans attache", bien plus que moi. Peut-être est-ce pour ça qu'il n'éprouve aucune difficulté à se confier...
Quant à la novice que je suis, la tâche s'avère de plus en plus compliqué. En effet, il n'est pas évident pour moi de faire correctement la part des choses. Cette carapace que je me suis imposée me gêne tout autant qu'à lui mais elle est fondamentale. Je ne veux pas tomber amoureuse de ce genre de gars inaccessible.
Plus le temps passe, plus la spontanéité et le naturel prennent le dessus entre nous. C'est pourquoi je me dois de rester vigilante car je risque fort de devenir déraisonnable, je me risque à aimer. Une de mes méthodes consiste à ne pas m'éterniser. Lorsque les premiers signes de fatigues se font sentir, je m'en vais et ne traine jamais plus que de raison auprès de lui.
Enfin sauf aujourd'hui, je n'arrive pas à me résoudre à partir. Pourquoi ? Parce qu'il essaie, il fait son possible pour me mettre à l'aise. Il tente d'ouvrir le dialogue et ses efforts vont se révéler payants.
Je comprends vite que John est plus qu'un simple associé. Il est son meilleur ami et ce, même depuis l'enfance. Il me parle de toutes les âneries qu'il a fait subir à sa petite sœur Mila. J'apprends qu'elle est mariée et qu'Alan a un neveu et une nièce.
De mon côté, je lui explique mes plus grandes bêtises accomplies avec Vanessa et mon cousin Emil. Je lui avoue aussi avoir taquiné ma petite sœur Sara par le passé. Ma langue se délie rapidement et il finit par apprendre suffisamment d'anecdotes sur mon entourage.
Je lui parle énormément de Vanessa qui exerce un rôle important dans ma vie. Je lui dévoile des choses mais j'évite avec le plus grand soin, d'en dire trop sur moi. Cet échange me plait autant que tout le reste et ceci me conforte encore plus dans l'idée que je dois me montrer particulièrement prudente avec lui.
— Je pense qu'enfant, je me serais bien entendu avec ton cousin Emil, admet-il.
— Il n'y a pas de doute !
— Vous êtes parents du côté paternel ou maternel ? me demande-t-il.
— Paternel.
Cette question s'approche dangereusement d'une conversation que je ne souhaite pas avoir dans l'immédiat avec lui. Je me crispe et je devine à la façon dont soudain ses yeux me contemplent qu'il a compris. Mieux vaut ne pas poursuivre sur ce terrain-là. Lorsque tout à coup, Alan me prend au dépourvu avec une nouvelle question.
— Comment as-tu rencontré ton ex Daniel ?
Je me rend compte qu'il a commis une erreur et qu'il vient d'ouvrir une brèche sur un sujet que je voulais aborder avec lui depuis un certain temps.
— Daniel ?
— Oui Daniel, celui que j'ai eu l'honneur d'entendre au téléphone.
— Hum... je n'ai pas le souvenir de t'avoir dit qu'il s'agissait de mon ex.
— J'en ai simplement déduit que...
— Comment as-tu fait pour me retrouver au juste ? finis-je par enfin lui demander, saisissant l'occasion opportune.
— Je te vois venir Nora ! dit-il avec un sourire diabolique. Une simple coïncidence, voilà tout, ajoute-t-il en haussant les épaules dans un geste désinvolte.
Je me redresse et prends appui sur un coude pour mieux le confronter.
— Tu penses réellement que je vais te croire ?
Il détourne le regard et rit nerveusement. Lorsque ses yeux se posent de nouveau sur moi, son visage devient soudainement plus sérieux.
— Trêve de plaisanterie, Nora. Tu sais que pour mes affaires... je me dois de m'informer sur les autres au préalable. Surtout si je dois m'engager à long terme. Il faut toujours avoir un coup d'avance, tu comprends ?
— Oui mais quel est le rapport ?
Il rit encore, se passe une main sur le visage puis poursuis :
— Pour ce faire, j'ai des informateurs donc...
— Ah... tu en as profité. Que sais-tu d'autre sur ma vie ?
— Pas grand-chose.
— Quoi, exactement ?
— Je sais que tu as une sœur, je sais où habitent tes parents et c'est comme ça aussi que j'ai su le prénom de ton ex, entre autres choses. Rien de bien méchant.
— Donc si tu sais où mes parents habitent, tu dois savoir où je vis également...
— Oui !
— T'es un gros malade ! Est-ce que tu m'espionnes ? Et arrête de rire, je ne trouve pas ça drôle !
— Mais non voyons ! Je n'ai pas besoin d'aller jusque-là.
— Tu n'en as pas besoin ? C'est-à-dire ?
— Tu m'as bien compris Nora, répond-t-il la mâchoire crispée.
Malgré le frisson d'effroi qui me parcourt après cette révélation, je prends tout de même le courage de lui demander :
— Es-tu en train de me confirmer que tu serais capable de le faire ?
— Oui tout à fait ! dit-il avec aplomb.
Je secoue la tête en signe de mécontentement, perdue, je ne sais comment réagir face à cet aveu.
— Nora tu n'as rien à craindre de moi, je ne suis pas fou, m'assure-t'il d'une voix douce avant de posant sa main sur la mienne.
Je m'accroche tant bien que mal à la sincérité qu'il dégage en cet instant. Il le pense réellement. J'essaie d'émettre toute ma volonté pour y croire même si je sais que ce qu'il dit est impossible. Au contraire, j'ai toutes les raisons de le craindre. C'est surréaliste pour un homme comme lui d'affirmer une chose pareille.
De toute manière qu'il le veuille ou non, il me fera de la peine parce que je serai triste à la fin. Mais c'est le jeu non ? C'est le risque d'un partenaire sexuel. Alan était mon choix, je l'ai désiré et le désire encore. Je ferme les yeux, inspire un grand coup pour me concentrer sur le moment présent et réponds à sa question de toute à l'heure :
— Daniel était et sera toujours le meilleur ami d'Emil, mon cousin. C'est comme ça que je l'ai rencontré.
***
Publié, le 26.06.2018
1. Les révélations vont elles se poursuivre ? Que risquent-ils ne nous apprendre encore ? A vos hypothèses...
2. Auteure LesAilesDeLaLouve
Aimez-vous le fantastique ? Et les loups-garous ça vous parlent ? Dans ce cas, je vous invite à lire :
" LA MEUTE ECLIPE "
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Roman d'amourEn apparence, Nora laisse paraître une personnalité prudente et pudique. En réalité son âme est celle d'une femme aventurière, passionnée, ce qui la rend dangereuse à bien des égards... L'inexplicable attraction du hasard l'amène à le rencontrer l...
