Chapitre 3 : trois mois plus tard

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En face de moi, toujours ce mur blanc, cependant maintenant je suis assise dans mon fauteuil. Je ne suis plus alitée et branchée. J'ai retrouvé mon intégrité physique, toutes mes plaies ont cicatrisées sauf mon esprit.

Mon esprit est toujours tiraillé par ces voix et ces douleurs inexplicables. Les docteurs enfin les psychiatres ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre l'origine de mes douleurs ils ont préféré me catégoriser schizophrène. La schizophrénie est une psychose caractérisée par une grave division de la personnalité et la perte du contact avec la réalité. Cependant moi je sais que je ne suis pas schizophrène et encore moins folle, tout ce que je vois est vraie. Je me tue à leur expliquer mais ils ne m'écoutent pas, ils ont trop peur de voir la vérité en face, la vérité que ce que je vois puisse être réel.

Je suis internée dans cet asile depuis maintenant trois mois, ils refusent de me laisser sortir, je serai trop dangereuse pour moi-même et pour les autres. Mes parents ont peur de moi, ils ne viennent pas souvent me voir. Ce serait tellement dégradant de venir dans un asile voir leur fille pour une famille si noble. En effet, mon père est le maire de notre grande ville et il ne souhaiterait pas être mal vu par ces électeurs, juste à cause de sa fille.

Je me sens tellement prise au piège ici. J'ai l'impression que je serai enfermée toute ma vie, j'aimerai tellement pouvoir être libre mais en y pensant, même à l'extérieur de cet asile, je serai encore prise au piège par ces ombres.

Je passe mes journées à regarder dans le vide, mes seuls moments de détentes sont quand l'infirmière de jour m'amène dans le petit salon. A l'intérieur de cette pièce, il y a une grande fenêtre ou un paysage à perte de vue se dessine sous mes yeux. C'est un des rares moments où je me sens sereine, calme. En regardant ce paysage, je pourrai presque entendre le bruit du vent dans mes cheveux. Il glisserait sur chaque parcelle de mon corps, je serai libre. Je reste devant la fenêtre jusqu'à ce que la nuit tombe. Le charme de la nuit m'attire irrésistiblement. Cette nuit tellement mystérieuse. Cependant, la nuit me fait aussi terriblement peur car je vois les ombres se levés dans la nuit, une à une.

Ce jour-là, j'étais resté très tard devant la fenêtre, l'infirmière avait certainement dû m'oublier, je ne pouvais pas lui en vouloir, elle avait tellement de patient dont elle devait s'occuper. Et pourtant, c'était le jour à pas m'oublier dans le noir, seule, sans les médicaments pour m'abrutir.

Ces ombres se levèrent à leur habitude vers 19H00 du soir, il faisait encore humide à l'extérieur. D'habitude je les voyais loin de la fenêtre mais étrangement aujourd'hui, elles se rapprochaient dangereusement de la fenêtre. Petit à petit, elles s'agglutinaient devant la fenêtre, je ne pouvais plus voir le paysage. Je les voyais vouloir forcer la fenêtre, elles voulaient rentrer dans la pièce, elles voulaient encore me posséder pour que je vienne vers elles. Pourquoi autant d'acharnement, je ne savais pas, la seule chose que je savais est que j'avais peur. J'ai crié de toute mes forces pour que quelqu'un vienne mais aucune réponse.

Je me recroquevillée sur moi-même pour ne pas être capable de les voir. J'essayais de me boucher les oreilles pour ne pas entendre leur voix roques. Je priais à l'intérieur de moi pour que quelqu'un vienne, peu importe qui il était.

Puis étrangement une lumière intense se dirigea vers la fenêtre. Elle provenait de derrière moi. Je me suis retournée vers la lumière et cette flamme blanche me traversa, c'était doux et d'une chaleur infinie, j'avais moins peur. Les ombres quant à elles semblaient souffrir, elles se tordaient sur elles même puis elles se mirent à disparaître une par une. Une fois toutes les ombres disparus, la lumière s'éteignit peu à peu, j'avais l'impression de pouvoir voir à la fin du faisceau une silhouette. Je lui dis «merci » et lui souris avec toute ma sincérité avant de tomber par terre exténuée.

AsileWhere stories live. Discover now