Chapitre 5.

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Trois jours.
Trois jours que je passe à maronner contre Harry à cause de la manière dont il m'a parlé lundi. J'y peux quoi moi s'il sait pas faire attention à ses affaires ?! Puis en plus qu'est-ce que son carnet foutait à mon bureau ?! Il y est venu pendant que je suis parti me faire un café et son carnet est tombé de sa poche ou quoi ?! Et si c'est le cas, seigneur, mais qu'est-ce qu'il branlait à mon bureau ?! Ça m'énerve ! Je déteste ne pas comprendre, bordel !
Trois jours que je préfère rester entièrement seul, plutôt que mal accompagné. Je n'ai toujours pas décliné l'offre de Liam, et repousse à chaque fois l'échéance avec un "je suis fatigué en ce moment". Les seules interactions que j'ai avec les autres sont quand ils viennent me voir à mon bureau pour me demander un renseignement.
Enfin... En réalité je ne suis pas resté à 100% seul, puisque je devais travailler avec Niall. On a passé énormément de temps ensemble, mais il n'est pas le genre de gars à parler -et ça m'arrange- donc c'est comme si j'étais resté seul. Et ça ne m'a pas dérangé. J'ai même apprécié sa présence -que j'oubliais par moments, certes-. Les seules fois où je parlais, c'était pour lui échanger des informations, et c'est tout. Aucune banalité, aucun bavardage inutile.
Il est discret, Niall. J'aime beaucoup. Je crois que s'il avait le choix, il lirait jusqu'à la fin de sa vie sans jamais prononcer un mot. Un vrai rat de bibliothèque. Ça en fait quelqu'un de très cultivé, c'est agréable de discuter avec lui durant les pauses, ou du moins de l'écouter discuter avec quelqu'un d'autre, puisque récemment j'ai passé plus de temps à réfléchir qu'à parler.
Durant la mise en commun de ce soir, on en est venus à la conclusion qu'on avait fini notre travail ensemble et que dès demain il retournerait dans son bureau.
Depuis lundi, je reste tous les soirs très tard au travail. Je bosse sur mes dossiers à mon rythme, juste pour prendre de l'avance. Je préfère travailler ici que chez moi. D'accord, à la maison, j'ai la présence de Dobby, mais ici c'est... Etrangement plus calme. J'aime qu'aucune lumière sauf celle de mon bureau soit allumée, j'aime que la ville éclaire l'open-space, j'aime le silence que le manque de personnel apporte. C'est reposant. Je n'ose presque pas respirer de peur de déranger ce calme plat. Je sais que je ne suis pas seul ici ; qu'Harry est à son bureau, à l'opposé de la pièce. Mais il est tellement discret qu'on l'oublie facilement. Je vais peut-être même finir par me demander si ce mec a une maison. Quand j'arrive -tôt-, il est déjà là. Quand je pars -tard-, il est encore là.
Je soupire et me passe une main sur le visage avant de regarder l'heure sur l'écran de l'ordinateur. 22 heures 12. J'ai tellement bu de café récemment, que rien que l'odeur me donne envie de vomir. Alors je pense qu'un verre de jus de fruits pourrait me réveiller, une dose de sucre ne peut qu'être bénéfique à mon cerveau endormi. D'un pas lent, je rejoins la salle de repos, et alors que je pensais que j'allais me retrouver seul, une silhouette familière me fait sursauter.
Harry est de dos, une tasse de je-sais-pas-trop-quoi-et-je-m'en-fous à la main, et il s'accroche à la table comme s'il craignait que ses jambes finissent par ne plus le soutenir. Je fronce les sourcils et m'approche du mini-frigo à côté de lui. J'attrape un verre dans le placard en lui jetant quelques coups d'œil de temps en temps. Je ne sais pas pourquoi, il ne m'inspire pas confiance. Enfin, pas lui, son état ne m'inspire pas confiance. Sa respiration me paraît dure, erratique par moment. Enfin, c'est comme s'il essayait de s'empêcher de mal respirer parce que j'étais à côté. J'ai l'impression de le sentir trembler sans le toucher, comme s'il avait de la fièvre, ou qu'il allait s'écrouler. C'est super bizarre. Je n'ose pas lui demander ce qu'il se passe. Déjà parce qu'il ne me répondrait sûrement pas, puis en plus, je suis toujours en colère pour ce qu'il s'est passé lundi soir. Mais je suis pas assez un connard pour le laisser mal en point, quand même... Quoique... Si. Après la manière dont il n'arrête pas de me parler depuis que je le connais, il le mérite bien.
Après m'être servi mon verre, je remets la bouteille à sa place dans le frigo, et tourne les talons pour sortir. Après m'être réinstallé à mon bureau, j'essaie de me remettre au travail. Mais mon esprit n'y est pas. Pas du tout. Je repense à Harry, et j'ai un problème de conscience. Je n'aurais peut-être pas dû le laisser seul, alors qu'il n'allait visiblement pas bien. Oh et puis merde, c'est un grand garçon, il peut très bien se débrouiller tout seul... En théorie. Car quand, dans ma vision périphérique, je le vois sortir de la salle de repos pour arriver dans l'open-space en boitant, je regrette vraiment mon choix de l'avoir laissé en plan. Enfin, c'est pas un boitillement comme s'il avait mal quelque part, il boite comme s'il était exténué, comme un zombie. Il se retient à tout ce qu'il peut pour ne pas tomber, c'est assez effrayant. T'es en colère contre lui, Louis, n'oublie pas. T'es en colère contre lui. T'es en colère contre lui. T'es en colère contre lui. T'es en colère contre lui.
Mais lorsqu'il se met à tanguer dangereusement en plein milieu de l'open space, je saute sur mes pieds, prêt à intervenir. Je n'ai pas le temps de réagir assez vite que je le vois tomber.

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