Un ange passe.
Il n'a pas eu le temps de cligner des yeux. Il voit le corps évanoui de son ami qui vacille, et tombe. Il est tétanisé. Tout s'est passé si vite. Tout paraît irréel. Un cœur qui s'arrête de battre. Il ne sait pas si c'est dans son cœur ou si c'est dans celui de son ami qu'il entend le sang cesser de pulser. Une chose est sûre, il n'y a plus qu'une personne en vie sur le haut de cette tour.
L'assassin est partie. Comme un coup de vent. Aussi subitement qu'elle est apparue. Elle n'est venue que pour tuer. Que pour se venger.
C'est trop à supporter. Trop d'un coup. C'est trop dur. Il se précipite vers le corps inerte, mais n'ose pas le toucher. Il se laisse tomber à genoux à côté du cadavre. C'est trop tôt. Il n'a pas encore eu le temps d'apaiser le venin dans ses veines, le deuil de sa sœur. Il a l'impression de reproduire, avec lui, les gestes qu'il a eus auprès d'elle.
Il s'en veut. Il n'a su protéger personne à part lui. Une larme s'échappe du coin de son œil. Il est incapable de la retenir, il n'en a pas la force. Il a le droit d'être faible, d'être fragile. Après tout, il n'est qu'un enfant qui a subi trop d'épreuves, qui a grandi trop vite. Il n'a jamais eu de répit. Et voilà que la vie s'acharne encore sur lui. Il se demande sans cesse ce qu'il a fait pour mériter pareil traitement.
Il n'arrive même pas à être en colère. Il ne ressent que du dépit. Une profonde tristesse qui grapille, à chaque seconde qui passe, un peu plus d'espace dans sa tête. Il est anéanti. Un bout de son âme a l'air de s'être enfui. Il se sent vide.
Doucement, il commence à en vouloir au monde entier. C'est injuste. Personne ne mérite ça. Son ami n'avait rien demandé, et il est mort quand même.
Il redresse son défunt collègue, et le serre dans ses bras. Comment allait-il annoncer pareil nouvelle à son entourage ? Comment allait réagir l'enfant qu'il voulait adopter dans son quotidien ? Comment allait réagir son chat ? Comment allaient réagir leurs collègues ? Putain, pourquoi tout était si compliqué ?
Ça y est, il pleure. Il ne peut même plus faire l'effort de rester fort. Il relâche toute la pression qu'il a accumulé en peu de temps. Le corps lourd dans ses bras lui renvoie des flashs qui lui font prendre conscience qu'il tient bien un cadavre. Le deuxième cadavre d'un de ses proches. Le deuxième cadavre en trop peu de temps.
Plus rien n'existe autour de lui. Il n'entend plus rien. Il ne ressent plus rien. Il est comme anesthésié. Il pourrait bien lui tomber une météorite sur la tête, il ne s'en rendrait même pas compte.
Il pleure. Il pleure pour évacuer toute la peine. Il pleure pour apaiser le feu qui immole son cœur. Il pleure pour exprimer sa douleur. Il pleure parce qu'il souffre trop. Jusqu'à ce qu'il n'arrive plus à pleurer du tout.
Pourtant, s'il avait pris la peine de ne faire attention qu'à un simple détail, il aurait su. Il aurait senti, sous ses doigts, la peau qui se rafraîchit, se durcie. Il aurait senti les muscles se raffermir sous la chair. Il aurait senti l'infime battement. Il aurait perçu l'imperceptible. Il aurait vu des yeux nouveaux s'ouvrir en grand.
VOUS LISEZ
Would you run ?
FanfictionIl était une fois.... Non, toutes les contes clichés commencent comme ça. Cette histoire n'est pas un conte. Elle raconte l'histoire d'un gars qui doit se battre pour survivre et récupérer quelque chose qui lui a été volé sept ans auparavant. Elle r...
