L'invitation et les doutes

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Severus s’assoit donc sur le siège passager de la Jaguar de Lys après l’avoir aidé à mettre les plats pour le père Davis dans le coffre de la voiture.  Ça fait très longtemps qu’il n’est pas monté dans une voiture, mais il se rappelle au moins comment boucler sa ceinture.  Lys met la clé dans le contact et la musique de Noël se fait entendre.  Elle éteint le son, rouge d’embarras.
- Désolée, dit-elle en regardant ses angles morts pour sortir de son stationnement.  Je sais qu’il n’y a pas grand monde qui apprécie ce genre de musique en dehors du temps des fêtes.
- C’est votre voiture, Lys, dit Severus d’une voix douce.  Vous y faites ce que vous voulez.
En moins de 3 minutes, ils sont dans le stationnement de la cathédrale où le père Davis attend, la même porte que cette nuit est ouverte et il fume une cigarette. 
- Vous êtes arrivé, dit Lys en fermant le contact et en ouvrant le coffre.
Elle sort de la voiture et va voire le père Davis pour discuter un peu avec lui avant de rentrer les plats dans l’église.  Elle voit l’inquiétude dans son regard quand elle lui parle de la visite de son père et le soulagement quand elle lui explique l’arrivée inespérée de Severus chez elle. 
Il lève la tête et a un pétillement espiègle dans les yeux quand il croise ceux, noirs d’encre, du jeune homme qu’il a vue cette nuit.  Ils se sont bien trouvés, ceux-là, pense le prêtre en écoutant Lys parler de la performance d’acteur de Severus. 
- Je vous remercie beaucoup, jeune homme, pour avoir sortie ma petite Lys de cette mauvaise surprise.  Entrez, entrez, je vais vous faire visiter après avoir porter toutes ces bonnes choses dans le frigo.  Du gâteau au fromage!  Tu me gâtes, mon enfant!
Severus lève un sourcil dubitatif.  Un Dumbledore de Dieu, comme si il avait besoin de ça!  Au lieu des bonbons au citron, c’était le gâteau au fromage. 
Le prêtre, Henry Davis, leur fait une visite guidée de la cathédrale et même du musé qui se trouve au sous-sol.
- J’ai beau ne pas croire en Dieu, soupir la jeune femme en regardant partout en même temps, cet endroit est tout de même magnifique!
Le Maître des Potions ne peut qu’être d’accord.  À son grand soulagement, le père Davis ne parle pas à Lys de sa rencontre avec Severus pendant la nuit.  Quand ils retournent dehors, le père Davis se rallume une cigarette.
- Mon père, dit Lys, vous savez que ce n’est pas bon pour vous.
- Il faut bien qu’il me reste un vice quelque part, dit-il en riant doucement.
- Avec le sucre, le commérage et le café, vous ne trouvez pas que vous en avez suffisamment?  Le réprimande gentiment la jeune femme avec un doux sourire. 
- Personne n’est parfait, jeune fille, répond l’homme d’église d’un rire tonitruant. 
Lys remonte dans sa voiture après avoir dit au revoir à Severus et au père Davis.  Le prêtre propose à Severus d’entrer à l’intérieur pour discuter autour d’un café.  Severus accepte et le suit dans ses appartements. 
- Quelles sont vos intentions envers cette jeune femme?  Demande le prêtre en mettant une tasse devant lui.
- En vérité, mon père, je ne sais pas, dit honnêtement Severus.  Je l’ai vue souvent, même si je ne l’avais jamais approchée avant.  Elle me fait me sentir… entier?
- Écoutez, dit Henry en s’avançant sur sa chaise.  Vous n’avez pas l’air d’un mauvais bougre, mais je considère Lys comme ma propre fille.  Elle prend soin de moi comme j’essaye de prendre soin d’elle.  Je n’ai peut-être l’air de rien, un vieil homme bedonnant dans une soutane, mais croyez moi.  Si vous faites du mal à cette jeune femme, je vous ferez vivre l’enfer sur terre.  Elle en a assez vécu comme ça.
- Je ne cherche en aucun cas à lui faire de tord, mon père, dit doucement Severus.
Le prêtre lui parle en gros de la vie de la jeune femme qu’il aime tant.  Sa vie chez ses grands-parents, les familles d’accueils horribles où elle a vécu à l’adolescence, les abus, pires les uns que les autres par des gens qui étaient mandatés et payés pour prendre soin d’elle.  Le harcèlement et la manipulation du seul petit-copain qu’elle a eu dans sa vie et l’acharnement de gens avides et cupides envers elle depuis qu’elle est plus qu’à l’aise financièrement.
- À son dernier anniversaire qu’elle a fêté avec sa grand-mère avant qu’elle ne décède, Dieu ait son âme, Nicole lui a acheté un billet de loterie.  C’est presque 6 mois plus tard que Lys s’est décidée à le faire valider.  Elle a été littéralement sur le cul quand elle a apprise qu’elle avait gagné 50 millions de dollars, dit le prêtre en riant à ce souvenir.  On se voyait souvent, sa grand-mère habitait juste à côté.  Lys ignorait, à l’époque, que j’étais prêtre.  J’étais habillé de noir avec mon col blanc.  Je rendais visite à quelques fidèles dans l’immeuble où habitait sa grand-mère.  Je fumais une cigarette devant l’entrée et elle, en sortait.  Elle m’a littéralement foncée dedans.  Elle était si mignonne, à se confondre en excuse en rougissant comme l’adolescente qu’elle était. 
- Elle avait quelle âge, la première fois que vous l’avez vu?  Demande Sev, curieux malgré lui.
- À peine 15 ans, se rappel le père Davis avec un sourire qui s’assombrit immédiatement, et déjà tellement de souffrances. 
Après encore 2 heures de discussion sur le passé de Severus, celui du curé et de Lys, Severus s’excuse en disant qu’il doit rentrer.  Satisfait de la conversation, le père Davis le reconduit vers la sortie et le voit longer la rue Caroline. 
Dans le même angle de la maison où il a pris son apparence humaine, il reprend celle de Ténébrus et entre par la fenêtre légèrement ouverte avec un bout de papier où il a griffonner un message pour Lys.  Elle est dans son bureau, concentrée à écrire sur son ordinateur portable.  Severus en profite pour laisser tomber le message sur le comptoir de la cuisine et retourne dans le bureau se percher à l’envers au bonzaï. 
- Ah!  Tu es revenu, constate la jeune femme en enlevant ses lunettes avec un sourire chaleureux.  Je me suis inquiété pour toi.  Tu as trouvé la fenêtre ouverte, c’est bien.  J’ai fait une rencontre… étrange aujourd’hui, poursuivit la jeune femme.  Un homme du nom de Severus.  Tu te rends compte?  Severus!  Je ne pensais pas qu’il y avait vraiment des gens qui avaient ce nom.  Une chance que je ne t’ai pas appelé comme ça!  Imagine si on se recroise.  Bonjour Severus, voici mon compagnon, Severus.  Pauvre gars!  Il penserait que je me paye sa tête!  Quoi qu’il en soit, il est arrivé pile au bon moment.  Je ne sais pas comment, mais mon géniteur à trouvé où j’habite et s’est pointé aujourd’hui.  C’est lui qui sonnait à la porte quand j’ai fini de cuisiner. 
Elle lui explique, en gros, ce que son père a fait dans sa vie.  Sa disparition quand sa mère lui a annoncé être enceinte, son viol à l’âge de 3 ans, son indifférence ensuite, son imposition quand elle était adolescente, à cause du travailleuse sociale incompétente, la violence que vivaient son petit frère, sa petite sœur et son ex belle-mère.  Son abandon supplémentaire quand il a compris que sa fille et sa nouvelle femme ne s’entendraient jamais.
- Et là, il revient comme une fleur parce que Josée l’a fichu à la porte!  Il manque pas de culot, celui-là!  S’emporte la jeune femme en se levant.  Excuse moi, Ténébrus.  Je ne voulais pas m’enflammer comme ça.  Tu as rien à voir là-dedans.  Bref, une chance que ce Severus était là, il m’a sauvé la vie, enfin ma santé mentale, sans le savoir.  J’espère qu’on va se revoir, dit rêveusement Lys.
Elle voit alors la chauve-souris s’envoler et sortir de la pièce.  Lys hausse les épaules et va se faire un chocolat chaud dans la cuisine.  Elle remarque un morceau de papier plié sur le comptoir.  Intriguée, elle le déplie pour le lire, sous le regard perçant de la chauve-souris, accrochée à une branche.
Lys,  j’aimerais beaucoup vous revoir.  Comme je n’ai pas de numéro de téléphone où me rejoindre, je vous propose donc de me rejoindre à midi, demain.  Je dîne, la plus part du temps, à la crêperie Bretonne au 349 rue Saint-Charles Ouest.  Je suis certain que vous savez où c’est.  Je vous y attendrez patiemment.  Mais n’y voyez aucune obligation.  Si vous ne venez pas, je n’ai pas l’intention d’insister.    À peut-être demain, Severus.
- Wow!  T’as vue ça?  Demande Lys à la chauve-souris avec un sourire incertain.  Je ne m’attendais pas à ça!  Qu’est-ce que je fais?  Ça ne servirait à rien d’y aller, soupir la jeune femme en s’assoyant lourdement sur un tabouret.  Je dois avouer que je le trouve… attirant?  Mais moi et les contacts physiques dans la vie, ça fait deux Bus, dit-elle en ayant trouvé un surnom à la petite bête poilue qui continue de la regarder.  J’ai essayé, une fois.  J’ai vraiment essayé.  Mais le gars avec qui je suis sorti n’étais pas du genre patient et ça a très mal tourné.  J’ai eu des expériences physiques dans ma vie… mais jamais de mon plein gré, dit-elle, la voix brisée.
Elle regarde un long moment le papier sur le comptoir et soupire en disant qu’elle allait en parler à Francine se soir, sa psy.
Pendant ce temps, Severus se débat avec sa colère.  Son âme sœur, si douce, calme et enjouée, avait vécu l’enfer d’un viol à plusieurs reprises.  Si il trouve ces monstres, ils le supplieront de les achever. 
Quand le soleil est couché depuis un moment, Lys a terminé son repas du soir et mets les couverts dans le lave-vaisselle.  Elle entend alors sonner à la porte.  Elle regarde l’heure sur l’horloge de la cuisine, il est 19h00.
- C’est Francine, Lys.  Relaxe, c’est juste Francine, essaye de se raisonner la jeune femme.
Ténébrus ne prend pas de chance et s’envole de l’arbre de la pièce pour s’accrocher à l’une des pierres de décoration que Lys a installées sur certaines poutres un peu partout dans la maison pour lui facilité la vie.  Il a une vue imprenable sur l’entrée.  Si c’est cet être immonde qui est revenu, il va lui faire sa fête!  Les deux êtres vivants de la maison se détendent en voyant une dame d’un certaine âge, les cheveux grisonnants attachés dans un chignon lâche, les lunettes qui lui mange le visage sur le nez et un sourire rassurant.  Sev trouve qu’elle a des airs de Minerva. 
- Francine!  Je t’en pris, entre, l’invite Lys en s’effaçant de l’entrée.
- Tu as l’air soulagée de me voir, constate la vieille dame.
- En effet, il faut que je te raconte ça.  Tu veux un thé?  Lui propose Lys.
- Avec plaisir.
La propriétaire des lieux met l’eau à bouillir pendant que Francine s’installe dans un fauteuil confortable du salon et sortant un bloc note, un stylo et un enregistreur pour leur séance.  Lys revient, après quelques minutes avec deux tasses et en pose une sur la table basse, devant Francine. 
- Mon Dieu, s’exclame la dame.  Lys, c’est quoi cette chose?  Dit-elle en pointant le coin du plafond.
Intriguée, Lys tourne la tête pour voir Ténébrus qui a l’air de dormir.
- Ne me dis pas que tu as une phobie des chauve-souris, sourit Lys.  Toi, tu as des chiens et moi, j’ai Ténébrus.
- Tu veux me faire croire que cette bestiole est ton animal de compagnie? 
- Ce n’est pas une bestiole, Francine.  Tu aimes Crocus et Violette comme j’aime Ténébrus, alors détends toi, respire.  Bus est insectivore, il ne va pas te vider de ton sang, dit-elle en riant de la réaction de la psychologue.  Tu n’as qu’à faire comme si il n’était pas là, lui suggère Lys.
Francine soupir en levant les yeux au ciel pendant que Lys lui raconte sa rencontre avec le mammifère volant.  Elle lui raconte ensuite le comportement étrange de Patrick la veille, la visite de son géniteur, l’arrivée opportune de Severus, sa visite au père Davis avec ce dernier, ses cauchemars et finalement, l’invitation de Severus.  Elle sort fébrilement le papier de la poche arrière de son jean et le tend à Francine qui le lit attentivement.  La psychologue est fière d’elle de s’être affirmé avec Patrick.  C’est une chose qu’elle n’aurait jamais osée faire il y a moins d’un an. 
- Lys, je suis vraiment heureuse de ce que tu as fait, même si ça a frustré ton ami.  Il faut qu’il comprenne que tu n’es pas intéressée par une relation de ce genre avec lui.  Si ce n’est pas le cas, il ne te mérite pas dans sa vie.  Et parle moi un peu plus de ce jeune homme qui a atterri chez toi aujourd’hui.
Lys sent le rouge lui monter aux joues et lui explique qu’elle est confuse dans ce qu’elle ressent le concernant.  Elle s’est senti en sécurité avec lui dans sa maison.  Il s’est débarrassé de son père sans poser de question, il l’a accompagné voir le père Davis et il était très courtois avec lui.  Il ne s’est même pas moqué d’elle avec sa musique de Noël dans la voiture.
- J’ai vraiment très envie de le revoir, avoue la jeune femme à sa psychologue, mais j’ai quand même peur.  Si je n’arrive pas à faire comme avec Patrick, si je n’arrive pas à me détendre et que je foire tout.  Si on finit par avoir le même genre de relation que j’avais avec Julien…  je ne veux pas revivre ça, Francine.  Je n’ai pas envie de refaire confiance en une personne qui pourrait encore me…
Mais la jeune femme ne termine pas sa phrase, les yeux hantés de mauvais souvenirs.  La main de Francine sur la sienne la ramène à la réalité.
- C’est normal d’avoir peur, Lily, Francine disait toujours son nom en entier dans des moments comme ceux là.  Mais il faut aussi que tu apprennes que se n’est pas tout le monde qui a de mauvaises intentions envers toi.
- C’est… c’est difficile, soupire Lys en enfouissant son visage dans ses mains.
- Je sais que c’est difficile, ma chérie.  Mais un jour, il faudra bien le faire.  Et si tu préfères, tu n’es pas obligé de te retrouver dans un endroit, seul avec ce Severus.  Apprends à le connaître dans les lieux publics, des endroits où tu te sens bien et en sécurité.  Ce restaurant, tu le connais bien, n’est-ce pas?
- Oui, les employés sont toujours gentil avec moi quand j’y vais.
- Et bien explique leur que c’est un premier rendez-vous et que tu es nerveuse à cette idée, ou propose à une amie de venir avec toi, de prendre une table à proximité.  Sa présence t’aiderait sûrement à te sentir mieux.
Lys y pense un moment et acquiesce lentement.  Elle pourrait demander à sa cousine Fanny, elle connait les grandes lignes de ses traumatismes.  Elle accepterait, probablement, si elle n’a rien de prévue.  Elle promet à Francine qu’elle va contacter sa cousine se soir pour lui proposer.  Si Fanny accepte, elle va rejoindre Severus au restaurant demain.
- Et pour les cauchemars?  Tu en as fait moins la nuit dernière, dit Francine.
- Oui, je crois que la présence de Ténébrus m’aide à me sentir en sécurité un peu plus dans ma maison.  C’est une présence rassurante et divertissante.
À la fin de l’heure, Lys remercie Francine de sa visite, lui donne son chèque et la guide vers la sortie.

Lily et TénébrusOù les histoires vivent. Découvrez maintenant