A l'intérieur de la salle des fêtes, la plupart des gens s'affolent et se mettent à crier. Des débris de verre partout. Certaines personnes, dont les musiciens et la moitié des invités, évacuent l'endroit motivés par une immense frayeur et par leur instinct de survie, regagnant leur chambre ou allant chercher leurs clés de voiture. Au même moment, Joshua apparaît dans le cadre de la porte, dégainant une arme à feu de son tailleur.
- Lâche-la tout de suite ! il hurle, dirigeant le canon vers elles.
- Attrape-moi si tu peux ! crache la femme d'un certain âge, sûre d'elle.
Etonnamment rapide, elle prend la fuite tout en maintenant Natasha contre elle, qui est complètement immobilisée. Les assaillants du garde réapparaissent dans la pénombre, et Joshua tire sur leur ombre à contre-jour. Mais ils ont des avantages qu'il n'a pas : ils peuvent mieux le voir, et ils sont trois. Joshua se précipite derrière un tonneau de décoration qu'on avait placé là avec mauvais goût, et heureusement pour lui : il manque de se prendre une balle dans l'épaule. Il soulève les yeux, remarque une silhouette s'avançant sur les grilles de fer croisées au-dessus de leur tête. La figure svelte de Minji. Elle atterrit par une fente dans la bâche, précisément sur le trio criminel qu'elle assomme immédiatement.
- Charge-toi des autres à l'intérieur, je rattrape Nat' ! elle ordonne autoritaire, en s'élançant à la poursuite des deux femmes.
Joshua acquiesce, et n'a pas le temps de se rendre compte que sa main s'était posée sur des éclats de verre. Il s'extirpe de la cour en vitesse, retourne dans la grande salle quasi déserte, reconnaît immédiatement les complices. Parmi eux, le décorateur d'intérieur qui ressemblait à un Van Gogh du vingtième, se tenait royalement au centre de la pièce. A cinq contre un, l'américain n'avait aucune chance.
- Ton plan était si bien parti. Mais personne ne vole d'opportunité au Chef.
- C'est Mordachov qui t'envoie ?
- Toujours à te mêler des choses qui ne te regardent pas. Ils ont raison, tu es la pire des vermines, Joshua.
- Je déteste surtout perdre mon temps.
Il se tourne vers l'homme qui avait proposé une danse à Natasha dans le rôle de madame Kachersky, le toise avec dureté. Peut-être qu'une part de jalousie trahit son expression. Il se saisit du bâton abandonné sur la table de billiard comme d'une lance, et l'envoie derrière lui, blessant grièvement un homme qui avait tenté de se faufiler pour le prendre par surprise.
Aventurant ses yeux dans la salle, il aperçoit un homme effaré, caché sous le piano à queue.
- Je meurs d'envie... d'écouter un petit Chopin pendant que je les descends tous.
- Tu regretteras ton arrogance, menace d'une voix rauque Van Gogh.
Le pianiste, terrorisé, s'exécute, et tente de faire de son mieux malgré les gouttes de sueur qui atterrissent sur l'ivoire, perlent un instant sur la blancheur immaculée des touches, avant de se faire écraser par ses doigts incontrôlables. Le Scherzo de Chopin. Il le mettait toujours rudement à l'épreuve.
Ce combat allait être l'un des plus violents de toute la carrière de Joshua, mais il le fallait bien. L'enjeu était bien plus grand, et il allait protéger Natasha et ses intérêts. Coûte que coûte.
- Qu'attendez-vous ? Messieurs, dansons si vous y tenez à ce point ! il annonce avec un grand rictus inquiétant, symbolique des plus grands déséquilibrés.
Ignorant la douleur superficielle à sa paume sanglante, il murmure dans un souffle ce qu'il se murmurait à chaque entraînement. Il les imagine tous en cibles, qu'il doit absolument atteindre, sans trop en faire. Il n'est pas une machine à tuer. Il devait compter sur la prothèse qui trônait sur son nez et son menton depuis le début de soirée pour tromper les caméras, et compter sur ses jambes plus que sur ses poings.
