i. Le commencement

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« ELLIE HARRIS »

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« ELLIE HARRIS »

Si vous allumez la télévision en ce moment, impossible d'y échapper : ce virus appelé Covid-19 sature l'espace médiatique. Chaque chaîne, chaque débat, chaque conversation de comptoir, tout semble s'être réduit à ça. On ne parle plus de politique internationale, plus de météo, même plus de sport. Juste de ce mal invisible qui plane au-dessus de nos têtes. Et à chaque heure, un nouvel expert, un médecin aux cernes creusés, ou un politicien au ton faussement rassurant vient nous expliquer que nous devons rester calmes... tout en ajoutant une dose supplémentaire d'angoisse.

Les symptômes paraissent simples, presque anodins, comme une mauvaise grippe : fièvre brutale, toux sèche qui arrache la gorge, frissons glacials, douleurs musculaires comme si chaque fibre du corps se rebellait. Mais parfois, les malades témoignent d'une perte de goût, d'odorat, et c'est pire encore. Comme si leurs sens avaient été éteints d'un claquement de doigts, comme si le monde autour d'eux cessait d'exister.

Pourtant, les premiers cas graves n'ont rien eu de banal. Étourdissements violents, convulsions, gerbes de sang craché au sol, rouge épais, métallique, avant que le corps entier ne s'écroule, secoué de spasmes insoutenables. En vingt-quatre heures, une dizaine de morts, des centaines d'infectés. Les chiffres montaient comme une marée prête à tout engloutir, et personne ne savait où se trouvait la digue.

- J'ai acheté un bâtiment hautement sécurisé non loin de la route quatorze, annonce Negan, la voix grave, résonnant comme une vérité indiscutable.

Évidemment. Negan. Le gamin arrogant de mon enfance, celui avec qui j'ai grandi parce que nos pères partageaient le même empire immobilier. Sauf que lui a grandi avec plus d'argent que d'âme, et qu'il a fini par se convaincre que son nombril était le centre de l'univers.

- Tu crois que les choses vont dégénérer ? demande mon père en ajustant ses lunettes, geste familier qui avait toujours eu un pouvoir rassurant sur moi.

- Elles ont déjà dégénéré, ricane Negan en avalant une gorgée de champagne. Le gouvernement planque la vérité. Ils veulent éviter la panique, mais la panique est déjà là.

- Et ton fameux bâtiment ? poursuit mon père, méfiant.

Negan se redresse, le regard brillant d'un éclat inquiétant.

- Il est opérationnel. Système de récupération des eaux de pluie, panneaux solaires, générateurs, arsenal entier, stocks de nourriture et de médicaments pour des années.

Sa voix est grave, assurée, presque fascinée par ses propres mots. Ses yeux brillent d'une intensité qui me met mal à l'aise, comme s'il savait déjà quelque chose que nous ignorons, comme si, quelque part, il se réjouissait de cette apocalypse annoncée. Et moi, je ne peux m'empêcher de penser que si le diable devait habiter un corps, ce serait forcément le sien.

- Regardez, flash spécial ! s'écrie Sam, mon petit frère.

Nos têtes se tournent vers l'écran plasma. Une journaliste, brushing impeccable, annonce avec un sourire forcé la réouverture prochaine des universités, la reprise de l'économie. Comme si tout n'était qu'une parenthèse. Je souffle un instant, rassurée, et j'échange un sourire complice avec mon frère.

Et puis, le hurlement. Strident. Inhumain.

Je sursaute, le cœur au bord des lèvres. Sur l'écran, un homme surgit, se jette sur la journaliste et la mord à l'épaule, sauvagement, comme s'il croquait dans une pomme trop mûre. Elle hurle, il s'acharne, son visage disparaît dans sa chair. Quand il relève la tête, sa bouche dégouline de sang, ses dents mâchent encore quelque chose. De la chair, rouge, humide. L'horreur me frappe si fort que mon estomac se soulève.

Je plaque ma main contre ma bouche pour étouffer un cri.

La caméra bascule dans un fracas métallique, les cris envahissent l'écran. L'image tremble, saccadée, avant de se figer dans un chaos incompréhensible.

Negan bondit pour éteindre la télévision, mais il est trop tard. L'horreur est imprimée dans mes yeux.

Je reste figée, glacée. Mes jambes flageolent, ma peau se hérisse. Je ne veux pas y croire, mais je comprends : ce n'est pas la peur. C'est la fin.

Puis le bruit sourd. Mon père, qui s'effondre brutalement.

- Edward ! hurle ma mère en se précipitant vers lui.

Je cours à la cuisine, je renverse de l'eau en tremblant, je reviens précipitamment. Mais il est déjà immobile, étendu, sans souffle.

- Papa... ? soufflé-je, la voix cassée.

Ma mère caresse ses cheveux en sanglotant. Et puis, ses yeux s'ouvrent. Des yeux morts. Une main jaillit, agrippe sa nuque. Les dents s'enfoncent dans sa gorge. Le sang jaillit, l'odeur métallique sature l'air, et le hurlement de ma mère m'écorche les tympans.

Je crie. Un cri animal, déchirant. Quelqu'un m'arrache en arrière, mes jambes refusent de suivre.

Mon père est mort... et dans la même seconde, il dévore ma mère comme une bête sauvage.

Et là, dans un éclair de lucidité glaciale, je comprends. Ce virus n'est pas seulement un virus. Pas besoin d'une morsure. Il suffit de mourir.

- Ellie ! Vite !

La voix de Negan claque comme un coup de fouet. Il fait signe à son père d'attraper Sam, et nous courons. Mes oreilles bourdonnent, mes jambes sont de coton, mais je cours.

La porte claque derrière nous, la nuit glaciale m'arrache la respiration. La Jeep de Negan démarre, rugit, crisse. La villa disparaît dans le noir.

Between Them ♱ Rick GrimesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant