Je fus réveillée par un grattement. Du métal contre de la pierre nue. Au début, le son ne me paraissait pas si fort. C'est quand il devint carrément dérangeant que je décidai de me lever, d'enfiler mes habits et de sortir, l'arc à la main, une flèche encochée.
En refaisant le chemin que j'avais fait hier, je constatai que le bruit s'éloignait. Et qu'il venait de l'étage du dessus. La réception de l'immeuble donc.
Je montai doucement les escaliers, en essayant de faire le moins de bruit possible. Le grattement se fit de plus en plus fort. Les bruits venaient de derrière le comptoir.
Quand une patte d'insecte géant munie d'une griffe aiguisée et luisante de poison se posa sur le comptoir de la réception, je me retins de hurler et de détaler sans poser plus de questions. Au lieu de ça, mon instinct de survie (que je ne me connaissais pas non plus) me fit bander mon arc un peu plus fort.
La peur est un concept plutôt abstrait en soit. Mais les conséquences peuvent parfois nous être fatales. La panique, la paralysie, l'absence de contrôles sur les autres émotions. Le danger réside là-dedans. Chacun de ces symptômes ont pris possession de mon corps quand je vis ce qui sortit de derrière le comptoir.
Un insecte géant, monté sur 4 pattes, chacune armée de griffes luisantes de poison, une gueule pleine de dents s'ouvrant en grand devant moi. Une sorte de peau cuivrée, limite métallique, reflétant les rayons du soleil, couvrait tout son corps, lui offrant ainsi une protection sûrement impénétrable. Immédiatement, un nom me vint à l'esprit. Un Rôdeur. Je sais. Ce n'était pas le moment d'ajouter des noms dans mon bestiaire pour l'instant très vide, mais c'était la seule chose que je pouvais faire, sachant que mes membres ne répondaient plus.
Tout d'un coup, une poussée d'adrénaline me montant au cerveau me fit lâcher mes doigts de la corde de l'arc argenté, décochant ainsi la flèche, l'envoyant tout droit dans la gueule du monstre. Elle se ficha en travers de sa mâchoire supérieure et, par un miracle que je ne puis, aujourd'hui, que remercier, transperça la partie supérieure de son crâne, pile entre les deux yeux. Ne me posant pas de questions sur la puissance de l'arc ou même sur ma propre précision de tir, je ne puis que m'asseoir.
Quand un grincement de métal sur du béton me paralysa à nouveau. L'insecte n'était pas mort. Il avait l'air même bien vivant, avec sa flèche au milieu de la mâchoire. Un flot de sang noir coulait abondamment de sa gueule. Je sortis donc le couteau à lame électrique de mon sac et, esquivant un premier coup de griffe, montai sur son dos et lui enfonçai jusqu'à la garde dans la partie supérieure de l'abdomen. Mon couteau avait pénétré sans encombre entre deux plaques de carapace, atteignant ainsi la chair et lui infligeant une décharge de plusieurs milliers de volts.
Grillé dans sa position d'attaque, le cadavre du Rôdeur faisait office de statue dans la réception. Pas très accueillant.
Tentant tant bien que mal de reprendre mes esprits, je repris ma flèche et mon couteau, abandonnant le cadavre dans le hall.
Le Rôdeur n'était pas là par hasard. La porte d'entrée était ouverte, mais je n'avais laissé aucune trace de mon passage ni dans le hall ni sur le palier. Quelqu'un l'avait lâché sur moi. J'étais donc en danger constant.
Décidant qu'il était encore temps pour partir, je repris la voiture que j'avais laissée dans le garage et quittai le siège de la CIAM.
Plus naviguant que roulant dans les rues de cette cité high-tech abandonnée, je pris la décision de partir de cette ville, trouver une forêt afin de me construire un abri avec du bois voire chasser dans les bois alentours. Mes projets furent, une nouvelle fois, anéantis.
Après deux bonnes heures de route dans la ville, j'atteignis enfin la banlieue. Là où on pouvait discerner le mur d'enceinte, haut de plusieurs mètres, infranchissables, qui avait été construit pour empêcher les habitants de rentrer chez eux. Et aux autres restés à l'intérieur, de sortir pour aller créer de nouvelles émeutes autre part.
J'étais donc condamnée à rester dans cette ville-fantôme, seule. Enfin plus ou moins. Car, pour l'instant, la seule compagnie que j'avais eue avait été un insecte démoniaque et un VSS, les deux cherchant à me tuer.
C'est à ce moment-là que je me rappelais de quelque chose. Tous les abris similaires au mien que j'avais trouvé sur le chemin étaient vides. Il y avait donc d'autres humains dans cette ville. Hostiles ou non, il fallait quand même que je les retrouve pour connaître la vérité.
En faisant demi-tour avec la voiture, je pris la direction du centre-ville. Là, où j'avais déjà failli me faire tuer deux fois.
Je ne remarquai pas tout de suite le grondement et le bruit d'eau qui me suivait. Quand je me retournai, je n'en cru pas mes yeux.
Une vague de boue et d'eau énorme, recouvrant tout sur son passage, m'arrivait à grande vitesse dessus.

VOUS LISEZ
Deep
AdventureSur une Terre inondée par la montée conséquente des eaux, une jeune rescapée de la catastrophe tente de survivre dans ce nouvel univers hostile et inconnu.