À travers les fentes ouvertes de mes yeux, une lumière blanche. Des mouvements de va-et-vient. Au loin, un son étouffé. Une sorte d'écho. Ou peut-être un bruit qui se répétait. Mon état n'était pas encore assez stable pour que je puisse en tirer une conclusion. Mon premier réflexe fut de me lever. Ou tout du moins, essayer de pousser vainement pour obtenir un résultat autre que la position horizontale. C'est à ce moment-là qu'elle se manifesta.
La douleur. Une douleur vive. Intense. Venant du bas et remontant jusque dans mon bassin, et même plus haut. M'engourdissant la jambe entière. Me paralysant la partie inférieure de mon corps. Prisonnière de cette souffrance, je me laissai retomber en arrière.
"Arya."
Cela faisait maintenant plusieurs minutes qu'Edwin répétait ce mot. L'écho étrange de sa voix avait disparu, remplacé par un son clair, fort.
Mes yeux décidèrent de s'ouvrir. Enfin. Je pouvais voir. Ou plutôt discerner en me concentrant sur ce que la lumière de la lampe torche éclairait. Un plafond arrondi, en pierre, ayant tellement pris l'humidité que le gris-brun de la roche ne se discernait qu'à certains endroits, sous la couche verdâtre de mousse et d'algues. Et le visage du garçon penché sur moi.
"Tu t'es foulé la cheville."
La nouvelle venait de tomber. Crue. Comme un couperet. Une entorse. Dans un monde post-apocalyptique. Où le danger était présent à chaque coin de rue. Dans chaque immeuble. Où le seul moyen de survivre, autre que se battre était de courir. Je n'étais même pas capable de me redresser
"Combien de temps ai-je été inconsciente ? dis-je d'une voix rauque.
- Deux jours. J'ai trouvé une sortie, vers un autre bâtiment. Nous sommes au pied de l'escalier qui mène vers la surface."
Ainsi, Edwin m'avait porté jusque-là. Tout seul. Effectivement, j'étais allongé sur une civière de fortune, faite avec les rideaux de notre dernière nuit ainsi que le rembourrage des vieux matelas. Mon pied était maintenu dans un carcan de tissu, soutenu par une branche de bois flotté. Un "merci" faiblard sortit de ma bouche, non sans difficultés. Cela avait l'air de suffire au jeune garçon.
J'essayai de me remettre sur mes deux jambes. En vain. Je ne pouvais que m'asseoir avant que la douleur ne passe le seuil du supportable. Condamnée à rester sur le brancard. C'est à ce moment là que je constatai que j'étais seule. Dans le noir quasi-complet. Quand des pas lourds résonnèrent dans l'escalier, mon coeur se mit à battre de plus en plus vite.
Je retins un soupir de soulagement quand Edwin me signala que le chemin jusqu'à ma voiture était dégagé et que nous n'aurions pas de problème à effectuer la traversée. Les requins semblaient partis. Le garçon me prit dans ses bras et me porta jusqu'en haut de l'escalier, ce qui me parut interminable, au vu de la volée de marches qui nous séparait de la surface.
La même lumière blanche qu'à la sortie de mon bunker m'éblouit dès qu'elle atteint mon visage. Obligée de fermer les yeux, je ne pus distinguer ni l'intérieur, et encore moins l'extérieur du bâtiment dans lequel nous avions atterri en suivant ces égouts.
Après quelques minutes d'acclimatation, je vis que nous nous situions dans une petite cour intérieure, ceinte de haut mur de pierre grise. Je me trouvais dans un espace de verdure, ceint de hauts murs de pierres grises. Un endroit de luxe, un privilège réservé qu'à une petite partie de la population.
Edwin me portant, nous traversâmes les différentes pièces de l'ancien heureux résident de cet endroit magnifique, et nous débouchâmes dans la rue. Des deux ailerons, aucune trace. Ma voiture était garée juste de l'autre côté de la rue, que nous ne devions traverser qu'en passant dans une eau peu profonde.
Prenant les initiatives, le garçon s'installa au volant, m'ayant préalablement assise sur le siège passager, en prenant soin de ne pas toucher à l'attelle de fortune qu'il m'avait construite.
"Quelle direction ? me demanda-t-il en démarrant la voiture d'un coup sec.
- Plein nord. Suivons juste la lueur que j'ai vue l'autre soir."
Pendant le trajet, je crois que je me suis endormi. Encore. Après deux jours d'inconscience, je tombais encore dans le sommeil. Un sommeil réparateur, lourd, qui ne vous lâche pas à la sortie.
Sauf quand vous êtes réveillés par des tirs d'un VSS.
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Deep
AdventureSur une Terre inondée par la montée conséquente des eaux, une jeune rescapée de la catastrophe tente de survivre dans ce nouvel univers hostile et inconnu.