Poussant le moteur de ma voiture à fond, je fis volte-face et me dirigeai droit vers l'immeuble le plus proche. Je garai la voiture de sorte qu'elle ne soit pas touchée par la vague de boue derrière le bâtiment, j'entrai dans le hall et gravis les marches le plus vite possible. Arrivée sur le toit, je constatai les dégâts de cette vague.
Des maisons recouvertes maintenant d'une teinte brune, des arbres arrachées de leur pied, leurs racines pointant tristement vers le ciel, les rues complètement nettoyées de toutes impuretés, remplacées par de la vase. Tel était le paysage qui s'offrait à moi. Comment la vague avait été formée ? Pourquoi n'y en avait-il aucune trace quand je m'étais réveillée ? Toutes ces questions restaient pour l'instant sans réponse.
C'est à ce moment-là qu'un mouvement derrière moi me sortit de mes pensées. Un bruit de tissu. Par un réflexe que j'avais acquis au cours de ces derniers jours, je sortis mon arc, encochai une flèche et le bandai en direction de l'intrus.
C'est alors qu'un garçon sortit de la pénombre. Armé d'un bâton d'or et d'étain - qu'il pointait sur moi - il portait une cape bleu roi similaire à la mienne. Le même masque à oxygène peu rassurant battait à son côté. Sur la peau mat de son avant-bras avait été dessiné un tatouage, représentant une sorte de ... corbeau-poulpe-arbre-papillon.
"Je m'appelle Edwin, furent ses premiers mots.
- Que fais-tu là ? Qui es-tu ? Comment es-tu arrivé là ? Pourquoi es-tu habillé comme moi ?
- Je me suis réveillé hier matin, dans un bunker de béton, où j'ai trouvé ces affaires et ces armes. Quand je suis sorti, j'ai pu constater que le niveau d'eau de la Terre avait largement baissé. En explorant les environs, un mur énorme m'avait barré la route. Et quand la vague s'est levée, je me suis réfugié ici. Voilà mon histoire.
- La mienne est similaire. J'ai juste eu la chance supplémentaire de trouver une voiture et une armurerie complète. Et de tomber sur un Rôdeur. Une sorte d'insecte métallique armé de griffes recouvertes de poison. "
C'est sur ces doux mots que nos récits respectifs s'achevèrent. Un autre comme moi, sorti d'un bunker. Cela faisait trop pour être une coïncidence. Quelqu'un ou quelque chose menait une sorte d'expérience vicieuse dont nous étions les sujets, Edwin et moi. Et il était de notre devoir de découvrir qui ou quoi.
Nous prîmes la décision de ressortir dans la rue balayée par la vague de boue. Nous étions tout les deux prostrés sur le trottoir, à nous demander comment accéder à cette force supérieure quand une ombre passa dans l'eau. Je ne la remarquai qu'à la deuxième ou troisième fois, mais, maintenant c'était sûr. Une sorte de corps longiligne sous la surface faisait des aller-retours, guettant sa proie. Nous. C'est quand un aileron de la taille d'un homme debout cisailla la surface de l'eau que nous comprîmes que nous étions en danger. Dégainant nos armes, les pointant sur la créature, j'ouvris le feu tandis qu'Edwin cherchait un angle de frappe et d'allonge. Le bruit et le choc des balles sur la surface de l'eau ne sembla qu'énerver un peu plus la bête. Ce qui eu pour effet une charge à toute vitesse sur le trottoir. Une énorme gueule pleine de dents s'ouvrit devant nous. Une espèce de requin géant nous chargeait donc dessus, nous exposant trois belles rangées de dents acérées, plus longues que des poignards. Il atterrit violemment juste en face de nous, brisant une partie du trottoir et y laissant une belle trace d'impact. Nous eûmes juste le temps de faire un bond en arrière, sur le perron, pour ne pas finir broyé dans ces mâchoires puissantes.
Nous nous repliâmes dans le bâtiment.
En attendant une petite heure, mon ventre commença à gargouiller. Je pris donc une ration de mon sac, l'engloutis avidement et jetai un coup d'œil dehors, pour voir si notre ennemi était toujours là. Et effectivement, c'est comme s'il cherchait une sorte de revanche pour les deux ou trois balles de plomb dans l'aileron. Il était toujours là, rodant autour du bâtiment, n'attendant qu'une seule chose : notre sortie.
J'explorai à la va-vite le rez-de-chaussée, mais ne trouvai rien d'utile à notre fuite. La voiture était toujours dehors, mais il fallait passer par le trottoir pour y accéder. Et si nous sortions, ne serait-ce qu'un orteil sous le porche, il était sûr qu'une gueule pleine de dents nous attrapait la jambe et nous finissions déchiquetés dans l'eau.
Je remontai donc à l'étage pour que nous en discutions avec Edwin. Il avait déjà installé le campement, les deux couchages, en récupérant de vieux rideaux et deux matelas, avait démarré un feu de camp et mis notre repas du soir sur une broche. Un rat tout frais. Appétissant.
Cela faisait déjà douze longues heures que nous étions retenus dans ce bâtiment par le requin. Nous avions assez de rations pour tenir encore une semaine, mais il va falloir trouver une solution rapidement pour sortir de ce piège.
La nuit tomba rapidement sur la ville.
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Deep
AdventureSur une Terre inondée par la montée conséquente des eaux, une jeune rescapée de la catastrophe tente de survivre dans ce nouvel univers hostile et inconnu.