CHAPITRE UN

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Wasting my young years - London Grammar
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Je dois sortir d'ici avant de faire une énième crise de panique

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Je dois sortir d'ici avant de faire une énième crise de panique. Assise dans mon lit d'hôpital depuis des heures, je n'arrive toujours pas à réaliser ce qui se passe. Ma vie est vide, mon cerveau est anesthésié et je suis amnésique. Et pour finir : ma famille, dont je n'ai plus aucun souvenir, n'est plus de ce monde. L'accident qui a détruit ma vie cinq semaines auparavant les a tués. Rien que d'y penser, mon cœur se serre douloureusement dans ma poitrine.

Et puis les aides-soignantes qui s'occupent de venir vérifier mes constantes me rassurent en me disant que je finirai par retrouver la mémoire. Mais je me demande si j'ai envie que ce soit le cas... Des questions intrusives envahissent mon esprit : est-ce que je reverrai le visage de mes proches ? Est-ce que je finirai par me souvenir d'eux ? La crainte m'envahit et d'un coup. Je ne me sens pas prête.

Ça ne fait que trois heures que je me suis réveillée et j'ai déjà l'impression de vivre un véritable enfer. Je suis complètement perdue : je ne sais pas dans quelle ville je me trouve et en quelle année je suis, et ça m'angoisse. Et Charlie m'intrigue. Il avait vraiment l'air déçu d'apprendre que je ne me souvenais pas de lui. Enfin, je me souviens seulement de son prénom. Charlie Russell.

Alors que je me roule en boule dans mon lit et pleure doucement, bercée par cette peine qui m'écrase la poitrine, j'entends la porte s'ouvrir et se refermer. Des bruits de pas résonnent et un parfum fleuri enivre mes narines. Je ne connais pas ces effluves qui me chatouillent les narines.

Une main douce et féminine se pose sur mon épaule et me fait tressaillir. Je relève rapidement la tête et mon regard croise celui d'une femme qui m'adresse un mince sourire rassurant. Je la détaille un instant, réticente : sa blouse blanche contraste avec son teint hâlé, les traits de son visage sont parfaitement détendus et ses iris teintés d'un marron glacé me scrutent attentivement. Ses longs cheveux d'un brun foncé tirant vers le noir sont attachés en un chignon dont quelques mèches s'échappent et viennent effleurer son arcade sourcilière.

— Callie, c'est bien ça ? me demande-t-elle prudemment. Je suis le docteur Elli Callahan. Je suis chargée de prendre soin de toi jusqu'à ce que tu sortes de l'hôpital.

En me redressant, je renifle et opine du chef. Ma gorge me fait toujours mal. En me voyant déglutir péniblement, la dénommée Elli me sert un verre d'eau et me le tend gentiment. Voyant mon hésitation, son sourire s'étire un peu plus.

— Prends-le, tu en as besoin, me conseille-t-elle. Ta gorge est irritée à cause des nombreux tuyaux qui te maintenaient en vie pendant ce laps de temps.

Après quelques secondes d'hésitation, je finis par prendre le verre et le vide d'une traite. Gorgées après gorgées, je pousse un soupir de contentement : c'est vrai que ça fait un bien fou. Je la remercie timidement.

J'essuie mes joues après avoir reniflé. Mes yeux doivent être gonflés et mon état doit faire de la peine. La femme me regarde un instant avant de venir s'asseoir auprès de moi, à la place où Charlie se tenait quelques heures plus tôt.

5 Weeks ApartOù les histoires vivent. Découvrez maintenant