Le rêve de Juan (OS hors concours #DEA1)

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Un samedi soir à Los Angeles.

Comment tout ceci a-t-il pu arriver ?

Cette question tourne en boucle dans mon crâne alors que je pique un dernier sprint, mettant mes poumons de fumeur, déjà fortement sollicités par la course poursuite, à la limite de l'explosion. Les clameurs du bar sont loin derrière moi mais, par-dessus mon épaule, j'aperçois le grand brun tatoué qui me talonne, un couteau bien visible à la main, alors qu'un balafré chauve le suit. Deux ? C'est tout ? Les deux autres petites frappes ne se sont pas remises de la rencontre avec mes poings ou courent moins vite. J'ai pas le temps de vérifier et ma foulée s'allonge. Un espace moins éclairé, un éclairage public bousillé, attire mon attention à quelques mètres. Un dernier virage à gauche. Une ruelle sombre, aucun passant. Parfait. Je poursuis ma course. Pas très longtemps. Un mur.

¡Mierda !

Je me hisse à la force de mes poignets sur le sommet du mur qui ferme l'impasse dans laquelle je me suis engagée.

Putain ! Comment tout ça a-t-il pu arriver ?

¡Deja de pensar, gilipollas y saca el culo de ahí!*

(*Arrête de réfléchir, connard, et bouge tes fesses de là.)

J'obéis à la voix impérieuse qui résonne dans ma tête, j'ai remarqué que globalement ses conseils sont bons à suivre.

Arrivé en haut du mur de briques nues, je jette un coup d'œil rapide derrière moi. Ils sont encore là, pas très loin.

Sans même réfléchir, je bascule avec souplesse mes jambes de l'autre côté du mur, et saute dans une autre impasse aussi puante et sombre.

Dans un container métallique.

Le bruit de ma chute explose dans l'obscurité et dérange les chats du quartier qui dînaient tranquillement.

Je suis tombé dans une putain de poubelle. Pleine. De fureur, je frappe les rebords de celle-ci, éclaboussant mon unique chemise blanche.

Vive l'Amérique ! Qui m'offre ici ce qu'elle a de mieux : les restes abondants, odorants et pourrissants d'une société de consommation sans limites.

Bien hecho Juan Luis Esteban Mendes. ¡Tu padre estaría orgullosa de ti y de tu éxito!*

(*Bravo Juan Luis Esteban Mendes. Ton père serait fier de toi et de ta réussite ! )

Ouais, parfois la voix de ma conscience est légèrement sarcastique et agaçante. Mais elle n'a pas tort, je le maintiens.

J'entend mes poursuivants derrière le mur m'agonir d'injures et me promettre une mort prochaine et douloureuse dans un langage qui ferait rougir Camilla, la putain la moins stylée du bordel de Tijuana, à qui mon cousin Carlos rend visite tous les vendredi soirs.

Quelques injures encore.

Puis des bruits de pas qui s'éloignent.

Puis le silence revient. Mon coeur et mes poumons peuvent enfin reprendre un rythme normal alors que mon cerveau reprend son interrogation éternelle :

Comment en suis-je arrivé là ?

Comment tout ça a-t-il pu arriver ?


Une demi-heure plus tôt

Tout a commencé comme prévu. La journée est placée sous le signe du bonheur : le doyen de l'UCLA a accepté ma candidature après avoir attentivement examiné mes résultats plus qu'honorables au baccalauréat et m'avoir interrogé sur mes motivations. Il a fermé les yeux sur mes papiers "officiels" qu'il a mis de côté assez rapidement. Je pense qu'il considère que tout ça n'est pas son affaire et que le mur du Président Trump peut être poreux s'il lui permet de récupérer de bons éléments, même mexicains.

💢 𝕊𝕒𝕟𝕤 𝕒𝕥𝕥𝕒𝕔𝕙𝕖𝕤 (𝘯𝘰𝘶𝘷𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴)💢Où les histoires vivent. Découvrez maintenant