V

414 69 16
                                        

 ❄Can't hold me close, baby

Izuku hocha la tête. Il avait toujours été très attentif à l'égard de Shoto. Il le voyait tout de suite, quand il était moins en forme que d'habitude, quand il lui lançait moins de pique, quand il regardait ailleurs parce qu'il était embarrassé. Si Shoto lui disait qu'il allait bien, alors il le croyait. Il avait appris à le connaître, depuis le temps. Quand Shoto mentait, il avait tendance à se pincer les lèvres.

Il recula tout de même d'un pas. Il n'était pas malade, mais il ne voulait pas risquer de refiler ses microbes à cet ange fait de sucre et de glace. Il jeta un coup d'oeil par dessus l'épaule de Shoto, vers les fenêtres qui donnaient sur le jardin. Heureusement que les rideaux étaient fermés. Si sa mère avait surpris son fils dans le jardin, qui plus est en sa compagnie, il n'aurait pas donné cher de sa peau.

Il avait fini par la rencontrer, au bout d'un certain temps. Izuku s'en souvenait très bien. C'était lors d'un après-midi d'automne. Shoto n'était pas très bavard, et ce même avec sa mère. Mais au dîner, les rares fois qu'il ouvrait la bouche, c'était pour lui parler d'Izuku, "un garçon bizarre" qui venait lui rendre visite en semaine. Alors un jour, elle avait pris l'initiative de débarquer à l'improviste dans sa chambre pour rencontrer son mystérieux ami.

Ils avaient été chanceux. Sa mère était entrée quelques secondes après avoir vu Izuku arriver en vélo, et Shoto n'avait donc pas eu le temps d'ouvrir la fenêtre. Le cœur d'Izuku avait fait un sacré bond dans sa poitrine en découvrant cette femme tout aussi belle que son ange dans le dos de Shoto. Ses longs cheveux blancs angéliques descendaient en cascade dans son dos, ils semblaient tout aussi soyeux que ceux de son chérubin.

La fenêtre étant close, Izuku s'était incliné pour la saluer. La maman de l'ange l'avait alors gratifié d'un sourire, et avait quitté la chambre. Le soir, elle avait dit à son fils qu'elle était contente qu'il se soit trouvé un ami aussi poli. C'était tout. Le fait qu'ils se voient tous les jours ne lui posait pas de problème, tant que Shoto respectait la seule règle qu'elle lui avait imposé: ne pas ouvrir la fenêtre. Tout comme la mère d'Izuku, elle avait rapidement appris à son fils à être autonome, alors elle lui faisait confiance. Elle savait qu'il ne prenait pas sa maladie à la légère.

 — On marche un peu ? demanda Shoto, ce qui sembla ramener Izuku à la réalité.

Encore une fois, il hocha la tête. Ils marchaient lentement, Izuku ne voulait pas que Shoto se fatigue. Leurs épaules se frôlaient, et tous deux savaient que c'était fait exprès. Ils cherchaient le contact, silencieusement. Mais Izuku ne voulait pas le toucher davantage. Enfin si, il voulait; mais il ne voulait pas risquer de contaminer Shoto.

— Si ta mère nous choppe, on risque de passer un sale quart d'heure.

— À cette heure-là, elle se repose devant la télé. Ça devrait aller.

— Ça fait longtemps que tu n'es pas sorti dans ton jardin ?

— Tellement longtemps que je ne me souviens même pas y avoir déjà mis les pieds.

— Tu veux que je t'apprenne à siffler avec un brin d'herbe ?

Shoto lui jeta un regard étonné. Izuku balbutia quelque chose d'incompréhensible en se triturant les doigts. Il avait parlé sans réfléchir. C'était la première fois que Shoto se tenait debout, à ses cotés. Cette proximité le perturbait. Le rire cristallin de son ange résonna alors.

— Oui, pourquoi pas.

Izuku laissa échapper un soupir, soulagé. Il avait eu peur de recevoir une critique moqueuse. Après tout, lui lancer des piques, c'était la spécialité de Shoto.

Izuku lui fit alors signe de s'asseoir. Il arracha un brin d'herbe assez épais, en glissa un entre ses mains qu'il avait jointes, et souffla dessus. Cela produisit un bruit aiguë, qui ressemblait étrangement au bruit que faisait les langues de belles-mères qu'utilisait parfois sa mère pour célébrer son anniversaire.

Shoto ne tomba pas malade, ce jour-là. Ni la fois d'après, quand Izuku l'avait emmené dans le champs de fleur. Il avait pédalé comme un dératé, avec Shoto assis sur le porte bagage de son vélo. Ils avaient beaucoup ri. L'ange avait adoré sentir le vent dans ses cheveux, avoir le coeur qui battait à vive allure en se cramponnant au vélo, et pouvoir s'appuyer sur le dos d'Izuku en prétextant d'être fatigué. Il n'était pas non plus tombé malade la fois d'après, quand il était remonté sur le porte bagage et qu'Izuku l'avait emmené en forêt pour lui montrer la parure automnale dont s'était revêtue les arbres.

Il avait savouré le bruit de ses pas qui faisaient craquer les feuilles mortes, les couleurs chaudes qui s'étendaient au dessus de leurs têtes tandis qu'ils s'enfonçaient dans le bois. Il n'était pas non plus tombé malade quand ils avaient été observer des libellules près de l'étang, quand ils avaient été cueillir des cerises — il n'y avait qu'Izuku qui était grimpé, il ne voulait pas que Shoto se blesse. Izuku restait toujours très prudent. Il veillait à ce qu'il ne touche pas de potentiels nids à microbes, et lui avait même acheté un paquet de masques jetables pour être sûr de limiter au maximum le risque de contagion.

Mais à force de jouer avec le feu, Shoto finit par se faire mal. Et par un après-midi hivernal, Shoto céda à la tentation, et s'y brûla les lèvres.

SnowmanOù les histoires vivent. Découvrez maintenant